L’ICIJ a réussi à se procurer un disque dur contenant 2,5 millions d’e-mails et des informations sur 122 000 sociétés offshore et quelque 12 000 intermédiaires : mémos internes, copies de passeports, pièces comptables ou encore documents officiels. Soit « le plus important stock d’informations venues de l’intérieur sur le système des sociétés offshore jamais obtenu par des médias », commente le Guardian, qui fait partie de la quarantaine d’organes de presse internationaux qui ont ensuite eu accès à ces données confidentielles, avec Le Monde, la BBC, le Washington Post ou encore la Süddeutsche Zeitung.
Ces informations concernent principalement les îles Vierges britanniques et représentent un volume « 160 fois supérieur aux informations confidentielles publiées par WikiLeaks sur le département d’État américain en 2010 ». Elles ont filtré à partir de deux sociétés offrant des services « offshore » à Singapour et aux îles Vierges. On y trouve les noms de « milliers de détenteurs » d’intérêts dans des paradis fiscaux, dentistes américains, « villageois grecs issus des classes moyennes », dirigeants étrangers, milliardaires et marchands d’armes, écrit le Guardian.
Parmi eux, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev qui aurait quatre sociétés
offshore aux îles Vierges à son nom ou à celui de son épouse et de ses filles. Ou l’ancien ministre des Finances de Mongolie, Bayartsogt Sangajav, qui aurait monté la société « Legend Plus Capital Ltd » quand il occupait ses fonctions ministérielles. Y figurent aussi la célèbre collectionneuse d’art espagnole Carmen Thyssen-Bornemisza, la fille aînée de l’ancien dictateur philippin Ferdinand Marcos, Maria, et Olga Chouvalova, la femme d’Igor Chouvalov, un homme d’affaires proche de Vladimir Poutine, titulaire du poste de vice-Premier ministre en Russie.
The Guardian prend aussi le soin de rappeler que « rien ne suggère que les personnes mentionnées sur ces listes aient enfreint la loi ». Mais ce « Who’s who des paradis fiscaux », comme le baptise l’ICIJ, « montre comment le secret de la finance offshore s’étend dans le monde, permettant aux riches d’éviter de payer des impôts, alimentant la corruption et les malheurs des pays riches et pauvres », souligne le consortium. Pour lui, la crise chypriote actuelle « est un des exemples de la façon dont le système offshore peut affecter la stabilité financière d’un pays ».
La Grèce a d’ailleurs immédiatement annoncé l’ouverture d’une enquête sur les comptes d’une centaine de sociétés offshore inconnues de ses services fiscaux, dont l’existence a été révélée par l’ICIJ. Ces dispositifs offshore ont constitué pendant des années un des vecteurs-clés de l’évasion fiscale endémique dans ce pays. La Commission européenne a, quant à elle, profité de l’occasion pour exhorter les États membres de l’UE à « se saisir de la question » de l’évasion fiscale qui coûte « plus de 1 000 milliards d’euros par an à l’Europe ».
Le Tax Justice Network, un réseau international de chercheurs et de militants qui lutte pour la « justice fiscale », évalue de 20 000 à 30 000 milliards de dollars le montant des sommes dissimulées dans les paradis fiscaux de par le monde.
(Source : AFP)


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