La porte-parole du Conseil national de sécurité américain, Caitlin Hayden, a déploré cette « nouvelle déclaration provocante qui isole encore un peu plus la Corée du Nord du reste de la communauté internationale ». Peu avant cette annonce de l’armée nord-coréenne, le Pentagone avait fait état de l’envoi d’une batterie antimissile THAAD sur Guam (dans le Pacifique), d’où décollent les B-52 qui ont survolé la Corée du Sud. Ce déploiement s’ajoute à celui de deux destroyers antimissile américains dans le Pacifique occidental. Pour le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, les provocations de Pyongyang, qui multiplie les violations des résolutions votées par le Conseil de sécurité depuis un premier essai nucléaire en 2006, créent un « grave et réel danger ».
Toujours hier, le ministre sud-coréen de la Défense, Kim Kwan-jin, a annoncé que la Corée du Nord avait installé un missile de moyenne portée sur sa côte est, admettant toutefois ne pas savoir si cet engin était ou non armé. Devant la commission de la Défense du Parlement à Séoul, Kim Kwan-jin a ajouté que ce missile était susceptible de parcourir « une distance considérable », mais pas au point d’atteindre la partie continentale du territoire des États-Unis. « Il pourrait être destiné à un tir d’essai ou à des manœuvres militaires », a, prudemment, poursuivi le ministre. Il s’agit d’un missile Musudan, pour la première fois apparu publiquement à l’occasion d’un défilé militaire en octobre 2010 et qui aurait une portée théorique de 3 000 kilomètres, soit la capacité d’atteindre la Corée du Sud ou le Japon. On ignore si cet engin a déjà subi des essais par le passé.
Capable ou pas capable ?
Des sources militaires citées par l’agence sud-coréenne de presse Yonhap disent que le Nord pourrait tirer un missile le 15 avril, date anniversaire de la naissance du fondateur du régime communiste nord-coréen, Kim Il-sung, mort en 1994. Cependant, malgré l’essai considéré comme réussi d’un tir de missile en décembre, la Corée du Nord n’est pas considérée comme étant pour le moment capable de frapper directement la partie continentale du territoire des États-Unis. Mais Pyongyang a menacé de s’en prendre à Guam et à Hawaii et est en mesure d’atteindre la Corée du Sud et le Japon où sont respectivement déployés 28 500 et 50 000 militaires américains.
Dans le monde, les réactions étaient virulentes. « La menace nucléaire n’est pas un jeu, c’est très sérieux. Je pense qu’ils (les Nord-Coréens) sont allés trop loin dans leur rhétorique et je suis inquiet du fait que toute erreur de jugement dans cette situation puisse provoquer une crise aux conséquences très graves », a ainsi déclaré à Madrid le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. « J’appelle les autorités (nord-coréennes) en premier lieu à réduire les tensions. La paix et la sécurité dans la péninsule coréenne ont des implications très graves au niveau régional aussi bien que mondial », a-t-il lancé. La Russie, pour sa part, a jugé « totalement inacceptable le non-respect par Pyongyang des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU » et la Chine, seul allié de poids de la Corée du Nord, a demandé à « toutes les parties concernées de garder leur calme et de faire preuve de retenue ». Berlin et Paris ont exhorté Pékin à tenter d’amadouer le régime de Kim Jong-un, la France souhaitant que les Chinois, qui ont « du pouvoir sur la Corée du Nord », interviennent dans la crise. L’Union européenne a appelé Pyongyang à ne pas « alimenter les tensions » et à renoncer à faire redémarrer son réacteur nucléaire de la centrale de Yongbyon. « Ce serait une claire violation des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, de même que de ses engagements, pris en 2007 dans le cadre des pourparlers à Six, de fermer ces installations. »
M. Ban a par ailleurs demandé une levée rapide des mesures prises contre les travailleurs sud-coréens sur le site industriel intercoréen de Kaesong, en territoire nord-coréen. Le régime de Pyongyang a en effet empêché hier, pour la deuxième journée consécutive, des centaines d’employés sud-coréens de se rendre à Kaesong où plusieurs centaines d’entre eux travaillent pour 123 entreprises sud-coréennes. Pyongyang a même menacé de retirer ses 53 000 ouvriers du site, « si les marionnettes sud-coréennes et les médias conservateurs continuent à (nous) dénigrer ». Précieuse source de devises étrangères dont la Corée du Nord a grand besoin, le complexe de Kaesong est toujours resté ouvert depuis sa création en 2004, malgré les crises répétées sur la péninsule, à l’exception d’une seule journée, en 2009. Pyongyang en avait bloqué l’accès pour protester contre des manœuvres militaires américano-sud-coréennes.
(Source : AFP)


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