L’obus tiré par les rebelles sur la faculté d’architecture de Damas a atterri dans la cafétéria. HO/SANA/AFP
Des obus tirés par les rebelles ont provoqué hier un carnage à la faculté d’architecture de Damas, selon l’agence officielle SANA. « Le nombre des martyrs tués par les obus tirés par des terroristes contre la faculté d’architecture s’élève à 15 étudiants », a annoncé le président de l’Université de Damas Amer Mardili. Dans la terminologie officielle, le terme « terroriste » désigne les rebelles en guerre contre les troupes du régime de Bachar el-Assad. La télévision syrienne al-Ikhbariya a montré des flaques de sang, des chaises et des tables cassées dans ce qui semble être la cafétéria de la faculté et aussi des étudiants blessés transportés à l’hôpital. « Ce que nous avons vu aujourd’hui est un crime de guerre. L’utilisation des (obus) de mortier doit cesser immédiatement. La grande majorité des personnes tuées par ces projectiles sont des civils », a déclaré Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). « Les protagonistes doivent cesser de prendre les civils comme cible. Les universités de Damas et d’Alep, les plus importantes institutions éducatives du pays, ont été visées par des attaques sanglantes », a-t-il ajouté. Des combats faisaient également rage à la périphérie de la capitale, comme dans le reste du pays où les violences ont fait 112 morts au moins hier, selon l’OSDH.
Avion iranien abattu ?
Parallèlement, un site Internet de l’opposition annonçait que l’Armée syrienne libre (ASL) avait abattu un avion iranien transportant des armes destinées au régime en train d’atterrir à l’aéroport de Damas. L’agence officielle SANA a néanmoins démenti cette information, affirmant que tout était « normal » à l’aéroport ; une vidéo circulait par contre déjà sur les réseaux sociaux montrant un avion iranien prenant feu, sans pour autant montrer un missile quelconque atteignant l’appareil.
Dans ce contexte chaotique, un député de Deraa, berceau de la contestation en Syrie, a lancé hier un appel au président syrien pour le mettre en garde contre la situation dans cette province, affirmant notamment que les rebelles contrôlaient une partie de l’autoroute reliant Damas à cette région du Sud. « La province de Deraa est déchirée d’ouest en est après l’évacuation de plusieurs positions militaires, pour des raisons (...) que nous ne connaissons pas. En tout cas, ce sont les terroristes du Front al-Nosra qui ont pris la place », a déclaré au Parlement Walid al-Zohbi, dont les propos étaient retransmis sur la télévision officielle. Alors que ses collègues voulaient le faire taire, il a lancé : « C’est faux que l’autoroute de Deraa est sécurisée. Depuis Kherbet Ghazalé jusqu’au poste frontalier (avec la Jordanie), elle est totalement contrôlée par les hommes armés. » Rappelons que les rebelles syriens se sont récemment emparés dans le Sud d’une bande de 25 km allant de la Jordanie à la ligne de cessez-le feu avec Israël sur le plateau du Golan, ainsi que l’avait affirmé dimanche l’OSDH.
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Par ailleurs, un ancien soldat américain de 30 ans a été arrêté pour complot après avoir combattu contre le régime syrien aux côtés du Front al-Nosra, un groupe de combattants islamistes affilié selon Washington à el-Qaëda, a annoncé hier le département américain de la Justice.
Sur le plan humanitaire, le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), une agence de l’ONU, s’est déclaré profondément préoccupé après l’annonce que la Turquie a renvoyé des réfugiés syriens dans leur pays, à la suite de heurts dans le « camp d’Akçakale durant les dernières 24 heures », d’après une porte-parole du HCR, ajoutant que « des retours forcés en Syrie, s’ils ont bien eu lieu, sont contraires à la loi turque et aux règles internationales ». L’agence de l’ONU cherche à savoir plus précisément ce qui s’est passé dans le camp situé près de la frontière turco-syrienne et est en contact avec les autorités turques.
La Turquie a toutefois rejeté toute accusation de retour forcé des Syriens. « La Turquie ne renvoie pas les réfugiés syriens, ce serait contraire à notre politique générale d’accueil des Syriens », a ainsi déclaré un porte-parole du ministère turc des affaires étrangères, précisant que les Syriens qui voulaient rentrer de plein gré chez eux étaient libres de le faire. Le ministère turc a d’ailleurs publié un communiqué expliquant le départ volontaire de certains Syriens par leur implication dans des heurts avec les forces de l’ordre survenus la veille dans le camp. Quelque 200 000 réfugiés syriens vivent dans des camps en Turquie, proches de la frontière syrienne.
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« Trop d’incertitudes pour livrer des armes », juge Hollande
Pour ce qui a trait à l’aide à apporter aux rebelles à l’intérieur même du territoire syrien, le président français François Hollande a estimé hier que trop d’incertitudes subsistent en Syrie pour livrer des armes à l’opposition, alors qu’il avait pourtant plaidé récemment à Bruxelles pour que l’Europe lève son embargo qui favorise selon lui le président Assad. « Nous ne le ferons pas tant que nous n’aurons pas la certitude qu’il y a aujourd’hui un contrôle total par l’opposition de la situation », a-t-il dit durant un entretien sur la chaîne de télévision France 2, évoquant le risque que ces armes se retrouvent dans les mains de groupes jihadistes hostiles à la France.
La Russie critique...
Au niveau diplomatique, l’ambassadeur russe à l’ONU a déclaré hier que son pays « s’opposerait fermement » à toute tentative de transférer le siège occupé par la Syrie aux Nations unies aux rebelles qui combattent le régime de Bachar el-Assad. Un tel changement « saperait la réputation des Nations unies », a assuré Vitali Tchourkine, réaffirmant dans la foulée la condamnation russe de la Ligue arabe, qui a, elle, donné le siège syrien au sein de son organisation – qui était vacant en novembre 2011 – aux représentants des rebelles. Sur ce point, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a estimé hier que la Ligue arabe avait « renoncé » à un règlement pacifique de la crise syrienne en accordant le siège de Damas à l’opposition. En conséquence, le médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, ne pourra plus poursuivre sa mission, a estimé M. Lavrov, qui a jugé qu’il n’y aurait « plus aucune négociation » possible entre le pouvoir et l’opposition. Allié de Damas, Moscou soutenait jusqu’alors l’action de M. Brahimi, qui a régulièrement rencontré ces derniers mois les responsables russes et américains pour tenter de trouver une porte de sortie à un conflit qui a fait plus de 70 000 morts en deux ans, selon les chiffres de l’ONU.
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