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« Policiers » anticonfessionnels sur Facebook

Le clic
20/03/2013

« Le pays est au bord de l’abîme », « La guerre va se déplacer chez nous », « La situation va exploser d’une minute à l’autre »... Les mêmes expressions reviennent à chaque fois qu’un incident à caractère confessionnel survient au Liban. Le fait qu’un conflit de grande envergure n’ait pas encore éclaté dans les rues de Saïda, de Tripoli ou de Beyrouth relève du miracle, diront même certains. Un miracle qui n’a toutefois pas été possible sur les réseaux sociaux, où la guerre entre internautes bat son plein.


La situation, déjà grave depuis plusieurs années, a encore empiré dimanche dernier suite aux agressions qui ont visé quatre religieux sunnites dans des quartiers à majorité chiite de la capitale libanaise. De ce fait, propos haineux, sectaires et racistes se sont propagés comme une traînée de poudre sur Facebook. Et au lieu de jouer le rôle de modérateurs, les administrateurs de certaines pages, se présentant comme affiliés à tel ou tel groupe politique, ont, au contraire, jeté de l’huile sur le feu. Utilisant souvent un pseudonyme et arborant en photos de profil des portraits de personnalités politiques ou religieuses connues, les créateurs de ces pages ont encouragé leurs milliers d’« admirateurs » à propager leurs discours provocateurs. Résultat : un combat d’insultes de gros calibre sur Internet...

Face à cette réalité de plus en plus inquiétante, un groupe de jeunes militants libanais décide de passer à l’action. Le groupe lance la page « Activists Against Sectarianism » (Activistes contre le confessionnalisme) sur Facebook, invitant les internautes libanais à signaler les contenus racistes et haineux sur le réseau.
Interrogé par L’Orient-Le Jour, l’un des créateurs de cette page affirme que l’idée lui trottait dans la tête depuis longtemps, mais que la nécessité de combattre le confessionnalisme sur Facebook est devenue plus pressante après les incidents de dimanche soir à Beyrouth. « J’avais peur d’être accusé de porter atteinte à la liberté d’expression en poussant Facebook à éliminer certains contenus, même s’ils sont à caractère confessionnel », confie le militant pour la défense des droits de l’homme. « Mais la liberté d’expression ne peut justifier les appels à la violence et les discours discriminatoires, explique-t-il. Les propos racistes qui se propagent sur les réseaux sociaux alimentent les tensions confessionnelles sur le terrain et nous ne pouvons tout simplement pas rester les bras croisés. » « Nous souhaitons éliminer les discours haineux sur Facebook pour donner plus d’espace à la voix de la raison », poursuit-il.

Comment ça fonctionne exactement ? « Les grands maux exigent de grands moyens », explique le militant qui affirme que son groupe a déjà mobilisé une dizaine de « policiers » virtuels pour surveiller le contenu des pages jugées racistes ou discriminatoires. « Un badge conçu spécifiquement pour cette tâche sera visible sur le profil de ces policiers sur Facebook pour aider les internautes à les reconnaître, dit-il. Les internautes sont invités à leur envoyer les liens vers les pages qu’ils jugent offensives et dont le contenu sera ultérieurement examiné. » « Si les accusations s’avèrent exactes, nous lancerons une campagne pour inciter les Libanais à signaler ces pages en masse afin de pousser Facebook à les éliminer, puisqu’elles violent la réglementation du réseau », poursuit-il.

« Nous avons choisi le terme “policier” pour mettre en évidence le rôle des membres de notre groupe », explique encore l’activiste, connu pour ses positions critiques à l’égard des mouvements du 14 et du 8 Mars. « Nous ne représentons évidemment pas une vraie autorité policière et nous ne sommes en aucun cas affiliés à Facebook, tient-il encore à préciser. Notre but est de sensibiliser les Libanais sur la nécessité de combattre le confessionnalisme rampant sur Internet. »

Le militant affirme par ailleurs qu’aucun avertissement ne sera envoyé aux administrateurs des pages « suspectes ». « Si les administrateurs de ces pages possédaient le moindre sens de la responsabilité, ils n’auraient pas approuvé la diffusion de messages haineux en premier lieu. De plus, il existe de bonnes raisons de croire que certains de ces administrateurs sont payés pour faire le travail qu’ils font. »

En moins de 24 heures, le groupe a réussi à éliminer deux pages qui ont diffusé des propos confessionnels dimanche soir, à savoir « Les fantômes de Dahiyeh » et « Les nouvelles de Tarik Jdidé ». Mais à peine ont-ils été « censurés » par Facebook que les administrateurs de ces pages ont immédiatement créé un nouveau compte, ressuscitant ainsi leurs pages comme si de rien n’était... « Nous continuerons à les surveiller, assure le militant. La guerre n’est pas encore finie... »

 

 

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