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Nos lecteurs ont la parole

Lincoln, les Misérables et notre époque

Georges H. MALLAT
L’histoire avance dans le tumulte, fût-il économique, social, politique ou militaire : tumulte de la guerre civile américaine décrit de manière si expressive par Steven Spielberg dans son dernier Lincoln, ou tumulte de la société française qui, dans sa quête renouvelée de liberté, fait face aux affres d’un policier, Javert, d’un autre temps, que nous rappelle la dernière sortie du film Les Misérables dans sa version musicale.
Avec Lincoln, qui se devait de faire voter un amendement constitutionnel pour donner une base juridique à sa Déclaration sur l’émancipation des esclaves faite deux ans auparavant, ce sont tous les rouages et le lobbying de la Chambre des représentants qui défilent sous nos yeux. Les réunions préparatoires, débats et interventions plongent le spectateur dans l’ambiance historique, dans toute sa force et ses faiblesses, loin de toute légende.
Toutefois, le tumulte ne s’élève pas nécessairement au rang de l’histoire. Ainsi, nous avons eu la chance, ou peut-être la malchance, d’être récemment les témoins d’un tumulte social et juridique mieux connu sous un nom de cliché, le Mariage pour tous ou Same-Sex Marriage. Il est certes légitime que les politiciens au pouvoir soient motivés par la volonté de gagner des votes et de marquer leur mandat par des mesures ou des lois s’identifiant à eux, et cela à tous les échelons de la vie politique. Mais s’il faut certes attendre pour identifier, avec le recul, le jugement de l’histoire, il n’empêche que le réalisme de toute mesure ou loi, fût-elle sociale ou même populaire, ne saurait se dissocier de sa nature, de sa finalité et de sa viabilité. Ainsi, confectionner une institution maritale en lui donnant une base législative ne saurait suffire pour accorder un caractère de pérennité à une institution dont il est douteux qu’elle verse dans le sens de la nature humaine et de la liberté intrinsèque et inaliénable qui en découle. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, et la Déclaration sur l’émancipation des esclaves sont bien loin.
Sans pour autant verser dans une rhétorique discriminatoire, qui se fait toujours entendre à l’égard de personnes ayant fait des choix de vie personnels, confectionner telle institution s’appuyant sur les avantages sociaux et fiscaux qui en découlent et qui en découleraient par décrets et arrêtés ultérieurs ne saurait assurer une éducation équilibrée, tellement nécessaire aux enfants, futurs adolescents, jeunes puis adultes, que ceux-ci devraient pouvoir puiser dans l’exemple d’un homme et d’une femme vivant ensemble.
Faudrait-il attendre deux siècles pour y porter un jugement ? Il serait dommage d’attendre et de disperser des efforts et des énergies tellement nécessaires aujourd’hui pour compléter l’œuvre des Pères fondateurs de la révolution américaine, dont Lincoln se réclamait l’héritier direct, et des penseurs de la Révolution française, œuvre actuellement en grand besoin de consolidation face à la prolifération persistante de tant de petits dictateurs, zaïms, caïds ou miliciens. D’ailleurs, le début de chaque année est l’occasion de voir consacrer le mois de janvier à la prévention de l’esclavage et de la traite des personnes, en somme une lutte contre l’esclavage des temps modernes, qu’il soit professionnel, ou même domestique. À cet effet, les Nations unies s’attèlent à combattre cette nouvelle forme d’esclavage, moins apparent que celui qui avait déclenché la guerre civile américaine, mais qui n’en demeure pas moins tout aussi dangereux puisqu’il se cache ou s’adapte souvent à des cadres « plus légitimes » et plus « socialement acceptables ».

Georges H. MALLAT
Avocat à la Cour
L’histoire avance dans le tumulte, fût-il économique, social, politique ou militaire : tumulte de la guerre civile américaine décrit de manière si expressive par Steven Spielberg dans son dernier Lincoln, ou tumulte de la société française qui, dans sa quête renouvelée de liberté, fait face aux affres d’un policier, Javert, d’un autre temps, que nous rappelle la dernière sortie du film Les Misérables dans sa version musicale.Avec Lincoln, qui se devait de faire voter un amendement constitutionnel pour donner une base juridique à sa Déclaration sur l’émancipation des esclaves faite deux ans auparavant, ce sont tous les rouages et le lobbying de la Chambre des représentants qui défilent sous nos yeux. Les réunions préparatoires, débats et interventions plongent le spectateur dans l’ambiance historique, dans...
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