C’est en 1994, au gré d’une randonnée, que trois militantes de SOS Environnement, Gladys Nader, Nelly Abdallah Stéphan et Gaby Bustros, remarquent une infraction au niveau du pont naturel de Faqra, à Kfardébiane (Kesrouan) : un promoteur avait entamé la construction d’une maison à proximité du pont, ainsi qu’un amphithéâtre sur le vestige même. Elles entament donc une action dès cette date pour empêcher les travaux.
Gladys Nader, l’infatigable écologiste qui a suivi cette affaire depuis ce temps-là, rappelle que le promoteur avait intenté un premier procès auprès du Conseil d’État en 1996 pour obtenir le droit de poursuivre ses travaux, qui avaient été interrompus par un arrêté du ministère de l’Environnement (sous feu le ministre Pierre Pharaon), en 1995. La première décision du Conseil d’État date du 24 mars 2004 : elle a considéré que l’amphithéâtre est situé dans la zone protégée du pont, mais pas la maison. Théoriquement, le promoteur aurait pu poursuivre la construction de sa maison après cela, mais le ministère de l’Environnement, rappelle Gladys Nader, a quand même exercé son rôle en l’en empêchant. La pression de la société civile et des médias y a contribué.
Tous ces facteurs ont poussé le promoteur à intenter un recours contre la décision du ministère de l’Environnement en 2008, également auprès du Conseil d’État, portant le numéro 14932/2008. Dans le cadre de cette affaire, l’Association pour la protection des sites et anciennes demeures (Apsad), à laquelle les militantes de SOS Environnement se sont jointes vers la fin des années 90, a demandé à intervenir en tant que partie civile dans ce procès. « Cela a renforcé la position du ministère de l’Environnement », estime aujourd’hui Gladys Nader. La décision du Conseil d’État est tombée le 14 janvier 2013 : elle confirme le rôle du ministère dans la protection du pont, et le droit de l’Apsad d’intervenir en tant que partie civile, et rejette, par le fait même, la contestation du promoteur.
En d’autres termes, avec cette décision, il reviendra toujours au ministère de l’Environnement d’interdire toute construction à proximité du pont, et tant qu’il le fera, celui-ci sera préservé, selon Gladys Nader. Mais au-delà de cette décision ponctuelle, elle y voit une victoire de la société civile qui doit être érigée en exemple afin de combattre le découragement actuel vis-à-vis des atteintes contre l’environnement et le patrimoine. « Il me semble que c’est la première fois qu’une action aussi virulente est menée par des écologistes et des défenseurs du patrimoine contre un promoteur qui s’est trouvé acculé à intenter un procès contre le ministère de l’Environnement, dit-elle. Aujourd’hui, une décision favorable à cette cause a été prise par le Conseil d’État. »
La militante rappelle que les ONG ont depuis quelques années le droit d’intenter elles-mêmes des actions en justice dans des questions qu’elles défendent. Mais ce n’est pas le cas dans cette affaire, puisque l’Apsad a intervenu en tant que tierce partie pour renforcer la position du ministère de l’Environnement. Et elle y a réussi. « La leçon qu’on peut tirer de cette affaire est qu’un combat mené avec persévérance, sérieux et détermination peut sauver le patrimoine, conclut-elle. Il ne faut pas baisser les bras. »
Rappelons que le pont naturel de Faqra, un vestige naturel bien connu des randonneurs, est l’un des huit sites protégés par la loi du 8 juillet 1939, ainsi que par les deux décrets 434, datant du 28 mars 1942, et 9195, datant du 8 octobre 1974. Ces textes interdisent formellement toute sorte de construction ou d’aménagement sur un rayon d’environ 200 mètres à partir du milieu du pont. Mais les dispositions que ces textes mettent en œuvre restent insuffisantes et peu claires aux yeux de nombreux écologistes, qui revendiquent depuis des années déjà l’expropriation de terrains autour du pont, pour mieux préserver le site dans son intégralité.
Pour mémoire
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Gladys Nader, l’infatigable écologiste qui a suivi cette affaire depuis ce temps-là, rappelle que le promoteur avait intenté un premier procès auprès du Conseil d’État en 1996 pour obtenir le droit de poursuivre ses travaux, qui avaient été interrompus par un arrêté du ministère de l’Environnement (sous feu le ministre Pierre Pharaon), en 1995. La première décision du Conseil d’État...


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