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À La Une - Le Point

Barack Obama, voyageur sans bagage

Mais que diable vient-il faire dans cette galère orientale, l’étrange missionnaire yankee, précédé hier par son fidèle Sancho Pança ? Et pourquoi cette soudaine bougeotte alors que tant de problèmes l’attendent à domicile, dont la « falaise fiscale » n’est pas le moins urgent ? À ceux qui seraient incapables de résister à la tentation d’échafauder des théories sur un possible coup de pouce permettant un déblocage de la crise régionale, rappelons tout de suite deux détails : d’abord le nom de code – « Unshakable Alliance » ou « Brit Amim » en hébreu – attribué à cette minitournée incluant Ramallah et la Jordnanie ; ensuite une confidence faite la semaine dernière à des étudiants en Allemagne par le nouveau secrétaire d’État. « Le président, a dit John Kerry le 26 février dernier, ne transportera pas dans son attaché-case un plan de paix ; il vient écouter et non pas dicter la conduite à suivre. »


Les temps ont changé depuis la dernière visite à Washington de Benjamin Netanyahu. À l’époque, c’est un homme sûr de lui-même, fier comme Artaban, fort du bruyant et indéfectible soutien du Congrès et convaincu que son hôte ne bénéficierait pas d’un second mandat qui avait débarqué dans la capitale fédérale. Depuis, le chef du Likoud a dû laisser quelques plumes lors de la dernière consultation électorale, et il éprouve les plus grandes difficultés à s’entourer d’une nouvelle équipe ministérielle, même si, la rumeur circulait hier, un cabinet serait en gestation, excluant les formations ultraorthodoxes. Barack Obama quant à lui a obtenu un autre bail de quatre ans à la Maison-Blanche et n’a plus de souci à se faire, la Constitution lui interdisant de trisser.


La besace yankee demeurant désespérément vide et toute « médiation active », pour reprendre une expression à la mode, continuant de relever du domaine de la quasi-impossibilité, il reste la probabilité que les deux camps cherchent pour l’occasion à donner l’illusion du mouvement à l’heure où se multiplient les signes avant-coureurs d’une nouvelle intifada. C’est ainsi qu’au cours des dernières semaines, l’escalade de la tension a été marquée par une grève de la faim des détenus arabes et la mort sous la torture d’un prisonnier, Arafat Jaradate. À l’heure aussi où, plus que jamais, s’impose la nécessité de laisser croire que l’on se maintient à égale distance des deux camps. Aveu de Saëb Erakat, principal négociateur palestinien : « Ôter tout espoir de notre esprit, et c’est le désastre. Nous sommes déjà passés par là et pour rien au monde nous ne voudrions y revenir. »


Vu de Tel-Aviv, il n’y a pas péril en la demeure. Durant la campagne pour les dix-neuvièmes élections législatives de janvier, il a été question de la crise économique, du programme nucléaire iranien, du service militaire des étudiants religieux, du danger incarné par le Yesh Atid de Yaïr Lapid, par jeu des alliances. Mais de Palestiniens, point. À la Maison-Blanche, on a beau répéter que la situation actuelle est « insoutenable » (« unsustainable »), il leur est répondu que l’occupation de la Cisjordanie dure depuis quarante-six ans et que la rive occidentale du Jourdain ayant été conquise par les armes, « elle nous appartient désormais ». On notera au passage que l’on ne parle plus d’« Eretz Israel », soit le territoire compris entre la Méditerranée et le fleuve, et que l’on prend encore moins la Bible à témoin. La solution des deux États ? La résolution 242 du Conseil de sécurité adoptée à l’unanimité le 22 novembre 1967, au lendemain de la guerre de juin de la même année sous le chapitre VI ? Le droit au retour ? Rien n’interdit d’en rêver, mais il est évident qu’au bout du compte, la réalité est tout autre.


Depuis avril 2009, le 44e président américain a visité l’Égypte, l’Irak, l’Arabie saoudite, mais pas l’État hébreu, où il s’était rendu alors qu’il était candidat à la magistrature suprême. Sur ses onze prédécesseurs, trois seulement ont effectué le voyage à Tel-Aviv, le record étant détenu par Bill Clinton (quatre fois). Si l’on en croit l’ancien secrétaire d’État Colin Powell*, « les États-Unis sont toujours la nation nécessaire », un terme qu’il dit préférer à « indispensable » utilisé par Madeleine Albright, son prédécesseur.


On ne peut qu’approuver en ces temps où le leadership du monde paraît fractionné, donc inexistant. Il est permis toutefois de s’interroger sur le rôle de la superpuissance numéro un : catalyseur, grand frère, tuteur bienveillant ou tout cela à la fois ? La parole est au grand baratineur que le Proche-Orient attend à partir du 20 mars.

* « It Worked for Me in Life and Leadership » de Colin Powell et Tony Koltz, 283 pages.

Mais que diable vient-il faire dans cette galère orientale, l’étrange missionnaire yankee, précédé hier par son fidèle Sancho Pança ? Et pourquoi cette soudaine bougeotte alors que tant de problèmes l’attendent à domicile, dont la « falaise fiscale » n’est pas le moins urgent ? À ceux qui seraient incapables de résister à la tentation d’échafauder des théories sur un possible coup de pouce permettant un déblocage de la crise régionale, rappelons tout de suite deux détails : d’abord le nom de code – « Unshakable Alliance » ou « Brit Amim » en hébreu – attribué à cette minitournée incluant Ramallah et la Jordnanie ; ensuite une confidence faite la semaine dernière à des étudiants en Allemagne par le nouveau secrétaire d’État. « Le président, a dit John Kerry le 26 février dernier,...
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