Le leader d’Ennahda Rached Ghannouchi (gauche) et le président Moncef Marzouki se sont rencontrés hier pour tenter de trouver une issue à la crise. Fethi Belaid/AFP
Aucun candidat au poste de Premier ministre n’a émergé en Tunisie hier après des consultations entre la présidence et le parti islamiste Ennahda au lendemain de la démission de Hamadi Jebali, le pays restant englué dans sa pire crise depuis la révolution de 2011. « Pour l’instant, on n’a pas de nom », a ainsi annoncé, à l’issue d’une entrevue avec le président Moncef Marzouki, le chef d’Ennahda Rached Ghannouchi à qui il revient de désigner son candidat étant donné qu’il dispose du plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale constituante (ANC). Il a admis être « en pourparlers avec M. Jebali » pour qu’il accepte de diriger le futur gouvernement malgré sa démission mardi à la suite de l’échec de son initiative de former un cabinet de technocrates, un projet torpillé par Ennahda. M. Ghannouchi a néanmoins affirmé vouloir trouver une solution d’ici à la fin de la semaine. Le porte-parole de la présidence, Adnène Mancer, a quant à lui souligné que « l’affaire est entre les mains » des islamistes et dit « espérer » qu’un nom sera connu d’ici à aujourd’hui. Le futur Premier ministre aura quinze jours à compter de sa nomination pour former son équipe qui devra obtenir la confiance de l’ANC. Avec 89 députés, Ennahda peut construire assez facilement une coalition de 109 élus sur 217 pour faire approuver le cabinet mais les islamistes ont promis d’essayer de bâtir le consensus le plus large possible.
En attendant, si plusieurs candidats potentiels ont été évoqués dans la presse, comme celui du ministre de la Santé Abdelatif Mekki, un retour de M. Jebali est loin d’être exclu. En effet, le Premier ministre démissionnaire et n° 2 d’Ennahda s’est attiré les louanges de l’opposition laïque, des partenaires sociaux et d’une large frange de la société civile pour sa gestion de la crise déclenchée par l’assassinat de l’opposant anti-islamiste Chokri Belaïd le 6 février. Deux dirigeants de l’opposition ont encore indiqué hier, après avoir rencontré le président tunisien, être favorables à un gouvernement restreint mêlant politiques et technocrates et dirigé par M. Jebali. Samir Bettaïeb, dirigeant d’el-Massar, a par exemple déclaré avoir « confiance » en M. Jebali. « Nous le soutenons car il a acquis de la crédibilité », a encore jugé Issam Chebbi, du Parti républicain.
L’intéressé a souligné dans son discours de démission mardi qu’il ne s’inscrirait « dans aucune initiative qui ne fixe pas la date des prochaines élections » et « ne soit pas à l’abri des tiraillements politiques ». La vie politique tunisienne est de fait paralysée depuis des mois par l’incapacité de l’ANC d’achever la rédaction de la Constitution et donc de fixer un calendrier électoral. Et cette crise a été décuplée par la mort de Chokri Belaïd dont les tueurs courent toujours. M. Jebali avait lancé le jour du crime son initiative de cabinet de technocrates pour éviter le « chaos ». Son propre parti avait toutefois fait échouer le projet en insistant sur sa légitimité électorale pour gouverner.
Après sa démission, Paris, Berlin et Bruxelles ont quand même tenu à lui exprimer leur « respect ». La chef de la diplomatie de l’UE, Catherine Ashton, a loué en particulier le « grand sens de l’État » de M. Jebali. Une partie de la presse tunisienne saluait aussi le Premier ministre sortant qui aura gouverné la Tunisie pendant 14 mois, le quotidien Le Temps notant « sa cohérence et son attachement à l’intérêt suprême de la nation ». Mais La Presse s’inquiète du fait que « l’avenir du pays demeure incertain ».
Outre cette crise politique, le pays fait face aux frustrations sociales qui dégénèrent régulièrement en violences, le chômage et la misère ayant été au cœur de la révolution qui a renversé Zine el-Abidine Ben Ali en janvier 2011.
Portrait
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