Cela dit, la radio a toujours occupé une telle place dans nos vies que nous avons chacun une histoire personnelle avec la bête. Dans mon enfance de baby boomer, la radio siégeait à la cuisine où notre nounou écoutait à tue-tête des chansons populaires arabes. Quand nous rentrions de l’école affamés, et qu’en poussant la porte derrière laquelle Fayrouz s’époumonait à couvrir le sifflement de la cocotte, nous libérions les senteurs du confort et du réconfort, la radio concentrait à elle seule le bonheur d’être chez soi. Tout se mêlait à tout, la voix poignante de la diva sentait l’ail et la coriandre et le déjeuner avait la saveur des vieilles chansons d’amour. Ma grand-mère, en revanche, n’avait jamais renoncé au monument qui lui servait de récepteur. Ce grand meuble de bois blond, coquettement orné d’un napperon de dentelle, crachouillait un sabir où l’on distinguait parfois un vocable familier. Nous rêvions devant les noms de pays sur lesquels se déplaçait le curseur à mesure que nous tournions le bouton. Il nous semblait qu’en nous arrêtant sur « Paris » ou « Oslo », un correspondant mystérieux nous raconterait des histoires d’ailleurs. Mais rien ne venait. C’était très frustrant.
Michel Tournier raconte avec le talent qui est le sien l’omniprésence de cette radio de la dimension d’une cheminée qui siégeait à la place d’honneur dans les pièces à vivre. Il faut imaginer, dit-il, l’effet de l’appel du 18 juin 1940 dans les foyers français. La voix habitée du général de Gaulle qui tombait de nulle part, avec l’effet d’un message divin, dans l’atmosphère pesante d’un couvre-feu. En 1976 ou 77, alors que nous allions à l’école entre deux volées d’obus, notre mère nous avait équipés d’un petit transistor, gri-gri supposé nous protéger en nous indiquant les zones de combat. Premier contact avec la voix qui sauve et son grain qui cachait mal un tremblement inquiet. Ma radio était rouge et tenait au creux d’une main. Elle m’a appris à écouter.


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Douce nostalgie Fifi pour ce transistor fierté des petits et grands et qui accompagna aussi les sinistres jours noirs de la guerre civile de 1975.... De nos jours c'est le télephone portable qui fait tout . Nazira.A.Sabbagha
11 h 09, le 14 février 2013