À Tokyo, des piétons passent devant un tableau indiquant le taux du yen. Kazuhiro Nogi/AFP
Plus les monnaies étrangères sont chères, plus les revenus encaissés hors du Japon sont importants une fois convertis en yens. Du coup, les investisseurs se précipitent sur les actions des firmes faisant affaires à l’étranger. Le regain spectaculaire des valeurs a débuté un peu avant la victoire, alors déjà assurée, du Parti libéral-démocrate (PLD, droite) au scrutin législatif anticipé du 16 décembre. Depuis cette alternance, qui a remis M. Abe en selle, le volume des transactions dépasse tous les jours 3 milliards, voire 4 milliards de titres échangés sur le premier marché, ce qui est rarissime et du même ordre que lors des journées de panique qui ont suivi le séisme, le tsunami et l’accident nucléaire du 11 mars 2011 dans le nord-est de l’archipel.
La raison ? Un net recul du yen amorcé depuis des semaines et amplifié mardi et mercredi par l’annonce du départ anticipé du gouverneur de la Banque du Japon (BoJ), trois semaines avant le terme normal de son contrat le 8 avril. Masaaki Shirakawa a en effet décidé d’abréger son mandat pour faire coïncider son départ avec celui de ses deux adjoints et permettre la mise en place en une fois d’une direction entièrement nouvelle, plus en phase avec l’orientation politique actuelle. Cette annonce surprise mardi soir a immédiatement fait fléchir le yen dont l’ascension infernale depuis plus de trois ans avait été en grande partie responsable de la chute vertigineuse des actions de firmes exportatrices japonaises après la faillite de la banque Lehman Brothers à l’automne 2008.
La situation s’était encore aggravée à cause du sinistre du 11 mars, au point de pousser les autorités nippones à intervenir quatre fois sur le marché des changes entre septembre 2010 et octobre 2011, en vain. La crise d’endettement en Europe et les hoquets de l’économie américaine n’ont fait que creuser l’écart entre les monnaies en affaiblissant l’euro et le dollar.
Ce sont finalement les envolées de M. Abe déterminé à en finir avec la déflation et les pressions exercées sur la BoJ, conjuguées à une amélioration de la conjoncture occidentale, qui ont fini par avoir raison du yen enflammé. Bien que des critiques s’élèvent à l’étranger sur la politique concertée entre le gouvernement et la Banque centrale, les acteurs du marché parient que le prochain gouverneur choisi par M. Abe se pliera sans rechigner à ses desiderata pour une ouverture encore plus large des vannes monétaires. M. Abe a déjà obtenu la fixation d’un objectif d’inflation de 2 % et l’extension d’un programme de rachats d’actifs financiers, dont des obligations d’État, pour faire couler davantage de liquidités sur les marchés.
Mais le Premier ministre devra jouer finement pour faire approuver son candidat au Sénat où son parti n’a pas la majorité, afin d’éviter que le siège de gouverneur ne reste vide. Il y a cinq ans, la BoJ s’était retrouvée sans chef pendant trois semaines, au moment où le monde entrait dans une dévastatrice crise financière dont le Japon ne s’est pas totalement remis.
(Source : AFP)


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