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À La Une - Liban

Attentat de Bulgarie : Que décidera l’Union européenne ?

Après la mise en cause officielle du Hezbollah dans l’attentat de Bourgas, Beyrouth évite de prendre position, se contentant de souligner qu’il est prêt à collaborer.

La Bulgarie a accusé le Hezbollah d'implication dans l'attentat anti-israélien ayant fait six morts en juillet 2012. Photo d'archives.

L’annonce officielle par le gouvernement bulgare que le Hezbollah est impliqué dans l’attentat terroriste qui s’est produit le 18 juillet 2012 dans la localité de Bourgas, en Bulgarie, n’a pas constitué une grande surprise mais elle a suscité, comme il fallait s’y attendre, une cascade de réactions sur le double plan local et international.


Les États-Unis et Israël se sont empressés, dès la confirmation de l’implication du Hezbollah, de demander à l’Union européenne d’inscrire le parti chiite sur sa liste des organisations terroristes, comme l’a déjà fait depuis longtemps l’administration américaine. Une telle mesure fait déjà l’objet de discussions au niveau de l’UE. Dans l’immédiat, l’UE semble vouloir se donner le temps de la réflexion sur ce plan, d’autant qu’il n’y a pas encore de consensus entre les 27 à cet égard.


La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a ainsi commenté en des termes vagues la conclusion de la Bulgarie et a jugé « nécessaire de réfléchir » à une « réponse appropriée ». Dans un communiqué de presse, elle indique avoir « pris note des résultats de l’enquête », soulignant qu’elle « félicite les autorités bulgares pour les conclusions de ce processus d’investigation ardu ». « Les implications de l’enquête doivent être évaluées sérieusement car elles se rapportent à une attaque terroriste qui a eu lieu sur le territoire de l’Union européenne, et qui a tué et blessé des civils innocents, relève le communiqué. La haute représentante condamne tous les actes terroristes, où qu’ils aient lieu, et insiste sur le fait que l’UE et les États membres sont engagés dans la lutte contre le terrorisme quels que soient ceux qui l’appuient. Les terroristes qui ont planifié et exécuté l’attaque de Bourgas doivent être traduits en justice ». Et le communiqué de conclure : « La haute représentante souligne la nécessité de mener une réflexion sur les résultats de l’enquête. L’UE et les États membres discuteront de la réponse à apporter en fonction de tous les éléments identifiés par les enquêteurs. »

Réticences
Selon un diplomate à Bruxelles, la France est perçue comme le pays qui a le plus de réticences vis-à-vis de cette stigmatisation du Hezbollah. L’Italie y serait également hostile, tout comme Chypre et Malte. Les réticences de Paris et de Rome sont en partie liées à l’engagement de ces deux pays dans la Finul, selon certains experts. Pour Andrea Dessi, chercheur italo-américain à l’Institut des affaires internationales à Rome, « l’hésitation de l’Italie est liée en partie à cet engagement dans la Finul mais aussi au fait que, contrairement à d’autres, les pays du sud de l’Europe voient aussi le côté social du Hezbollah, pas seulement l’aspect militaire ».
Hier, Paris, comme Berlin, a parlé de « coordination » avec ses partenaires européens, Rome ajoutant qu’il « s’alignerait sur les positions de Mme Ashton ».
D’un tout autre avis, les Pays-Bas et la Grande Bretagne ont opté pour « un message clair » au Hezbollah, réclamé par Washington. « Nous pensons que la bonne réponse serait que l’UE classe la branche militaire du Hezbollah dans la liste de l’UE des organisations terroristes dont les avoirs doivent être gelés », selon le Foreign Office. « Nous ne voyons aucune raison qui ferait que ce classement européen puisse affecter la stabilité politique du Liban. »
Les Pays-Bas plaident depuis 2004 pour que le Hezbollah soit inclus dans la liste noire de l’UE. La Haye « considère que les conclusions bulgares sont la confirmation de la position néerlandaise ».

Le cas du Libano-Canadien
Il convient d’indiquer dans ce cadre qu’après l’annonce par la Bulgarie que l’un des deux membres du Hezbollah auteurs présumés de l’attentat de Bourgas était détenteur de la double nationalité libanaise et canadienne, le ministre canadien de l’Immigration, Jason Kenney, a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a donné des détails sur le parcours de ce Libano-Canadien. Arrivé au Canada à l’âge de 8 ans, celui-ci avait été naturalisé « trois ou quatre ans plus tard » et avait quitté le pays pour retourner avec sa famille au Liban. « Nous croyons que c’est probablement un Canado-Libanais qui n’a pas vécu ici de manière permanente depuis l’âge de 12 ans », a insisté M. Kenney qui s’est dit favorable à une proposition de loi d’un député qui veut retirer la citoyenneté canadienne aux personnes naturalisées coupables de « terrorisme ». « Nous devrions envisager la possibilité de révoquer la citoyenneté aux Canadiens binationaux (coupables) d’actes de terrorisme », a-t-il déclaré à ce sujet.

Le Hezb dénonce une « campagne israélienne »
À Beyrouth, le Hezbollah a accusé Israël de susciter une « campagne internationale de calomnies » contre lui. Le numéro deux du parti, cheikh Naïm Kassem, a dénoncé dans un discours « la campagne d’accusations, d’allégations et de calomnies menée par Israël contre le Hezbollah » sans commenter directement les accusations de Sofia. « Nous ne cèderons pas aux pressions », a-t-il affirmé. Il a assuré que ces accusations n’empêcheraient pas le Hezbollah de continuer à s’armer. « Israël mène une campagne pour diaboliser le Hezbollah (...) aux yeux des gens et des États car il n’a pas réussi à le vaincre », a affirmé cheikh Kassem.

 

 

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