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À La Une - L’Éclairage

À la recherche du deal perdu...

Il s’en trouve un, parmi les membres du gouvernement actuel, pour dire la vérité brute : en l’occurrence, que la véritable bataille, par-delà le poker menteur, ne porte pas sur la nature de la loi électorale, mais sur la tenue même du prochain scrutin. Las des polémiques sur les découpages de circonscriptions et des modes de scrutin... tout cela n’est que comédie, que parodie, pour mieux distraire les électeurs des véritables enjeux. En réalité, certaines forces ne sont pas rassurées quant à leur possibilité de remporter une victoire fracassante qui leur permettrait de contrôler le pays en toute légitimité. D’autres craignent au contraire qu’une victoire fracassante d’un camp sur l’autre ne provoque une fracture irréparable sur la scène locale... si bien qu’elles estiment actuellement nécessaire une entente similaire à l’accord quadripartite – entre 14 Mars et 8 Mars – qui avait permis aux élections de 2005 de se dérouler, et qui inclurait cette fois le parti aouniste, contrairement à ce qui s’était produit à l’époque. Un accord qui déboucherait sur un cabinet d’entente, quels que soient les résultats du scrutin. Et pour cause : l’absence de tout accord interne ou externe expose la scène locale aux possibilités les plus folles.


Selon un ministre concerné par cette problématique, les polémiques actuelles sont donc l’arbre qui cache la forêt. La tenue des élections suppose en effet, déjà, le départ de Mikati et de son cabinet comme première condition. Ensuite, le 14 Mars a d’ores et déjà indiqué qu’en cas de victoire, il entend gouverner seul, loin de la formule cabinet d’entente et de l’hérésie du tiers de blocage. Cela signifie que le risque est grand pour le Hezbollah et le régime syrien de perdre un puissant fortin, le gouvernement, qui sert jusqu’à présent les intérêts de l’axe Damas-Téhéran sur la scène locale et internationale, à travers notamment les positions du chef de la diplomatie Adnane Mansour en faveur du régime syrien – en dépit de la « politique de dissociation » à l’égard de la crise syrienne prônée par le président de la République et le Premier ministre – et sa complicité manifeste à l’égard de l’ambassadeur du régime à Beyrouth, Ali Abdel Karim Ali. Des parlementaires du 14 Mars rappellent, dans ce cadre, que les services sécuritaires et militaires libanais ont satisfait à plusieurs reprises aux désirs baassistes syriens sur certains dossiers sensibles de nature sécuritaire, et que le pouvoir s’est montré incapable de protéger les Libanais frontaliers de la Syrie des bombardements en provenance du territoire syrien. Le 14 Mars souligne par ailleurs que la politique de dissociation en soi a été une aberration, dans la mesure où, pratiquement, le cabinet Mikati a pris fait et cause pour le régime d’Assad.


Dans ce contexte, le président Sleiman aurait souligné à plusieurs reprises devant ses hôtes qu’il est impossible d’échapper au consensualisme au Liban, et que, par conséquent, le nouveau cabinet sera inévitablement formé sous le signe du partenariat national, quel que soit le vainqueur du prochain scrutin. Comme la victoire totale est tout bonnement impossible au terme des élections, tout le monde doit donc gouverner ensemble, et, plus important, l’échéance électorale ne modifiera rien au niveau des équilibres de force... en attendant le retour à la primauté de la règle de droit sur la scène politique locale. De plus, le Hezbollah serait déterminé à s’agripper au gouvernement, qui lui offre une légitimité sans pareille, du moins jusqu’à l’émergence d’un accord politique sur l’étape à venir. Pour que les élections aient lieu, il faudrait donc qu’il y ait une entente globale sur une feuille de route portant sur les différents sujets de conflit. L’ancien Premier ministre Saad Hariri lancera dans ce cadre ce soir une initiative politique en faveur de l’application intégrale de l’accord de Taëf, notamment concernant la création du Sénat, la mise en branle de la décentralisation administrative et l’élaboration d’une loi électorale moderne. Et le président de la Chambre Nabih Berry devrait attraper la balle au bond pour inclure la présidentielle de 2014 dans l’accord, notamment après que le président Sleiman ait rejeté toute idée de renouvellement ou de prorogation de son mandat.


Il ne fait pas de doute que le Liban a aujourd’hui besoin d’une sorte de traités de Westphalie, également en deux volets, interne et externe, pour lui éviter d’être également emporté dans la tourmente régionale. Or, un accord interne dépend énormément d’un accord externe, régional et international, qui a peu de chances de voir le jour actuellement compte tenu d’une multitude de facteurs, à commencer par le retrait marqué des États-Unis et de l’Europe derrière leurs frontières au plan de la politique étrangère en raison de la crise économique et financière sans précédent, et par le bras de fer russo-américain et arabo-iranien sur la crise syrienne, et irano-occidental sur le nucléaire. À moins que la prochaine rencontre entre Vladimir Poutine et Barack Obama, prévue en mars prochain, puisse amorcer un début de solution au conflit syrien, et contribuer, partant, à trancher le nœud gordien libanais.


Il est également question d’un retour de Saad Hariri au Liban avant le 14 février prochain, retour qui ouvrirait la voie à un deal politique sur toutes les questions problématiques en suspens. Ce deal donnerait aussitôt à la scène libanaise la même immunité relative qui a permis la tenue des élections en 2005 et 2009. La seule différence étant que, faute d’aller à Doha après un 7-Mai, les leaders libanais se retrouveraient cette fois à Baabda autour d’une table de dialogue. En principe.

 

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