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À La Une - Liban

La jouissance de la haine

May Chidiac harcelée par les partisans de Georges Ibrahim Abdallah.

Les agressions verbales d’une violence inouïe menées depuis deux jours par les supporters de Georges Ibrahim Abdallah contre la journaliste May Chidiac ne sont pas des « insultes »...


L’insulte, lorsqu’elle pointe dans le cœur d’une polémique, traduit un emportement instantané, un souffle de colère, sur lequel la raison n’a plus de prise. Dans les débats rationnels, elle est un dérapage. En d’autres termes, l’insulte, malgré toute sa laideur, reste « humaine ». Les propos tenus depuis trois jours contre May Chidiac, eux, n’ont rien à voir avec l’humanité. Ils sont l’essence même, monstrueuse, de la cruauté.


Ceux qui appuient Georges Ibrahim Abdallah au nom de la « liberté » et tentent de faire, sur les murs de la Résidence des Pins, leur pseudo-révolution (éculée, épuisée, dépassée) de 1968, n’ont pas engagé le débat avec la journaliste, lorsqu’elle avait jugé « inacceptable de lancer des pierres et des saletés sur les murs de la Résidence, après la plainte de l’ambassadeur Paoli auprès du ministre de l’Intérieur contre leurs agissements grossiers ». De même, ils n’ont pas avancé de plaidoyer clair en faveur de Abdallah, condamné pour « actes terroristes », lorsque May Chidiac a préféré qu’ils « continuent leur sit-in de manière pacifique », même si elle ne partage pas avec eux « en aucune façon la cause de ce criminel que je refuse de considérer comme un héros ».

 

Cette liberté d’opinion grâce à laquelle ils peuvent traiter la France, en lettres saillantes, de « pute américaine » sur les trottoirs de l’Institut culturel français, cette même liberté reniée dans certaines rues de Beyrouth relevant des courants de la « moumanaa », les supporters de Georges Abdallah l’ont déchirée, lacérée, anéantie, lorsqu’ils ont lâché contre May Chidiac les démons de leur propre haine. Les offenses, d’une douloureuse violence, envoyées par message Facebook à la journaliste, sont un acharnement même contre la liberté de penser. Souhaiter de tout cœur que quelqu’un réitère la tentative de son assassinat et déplorer l’échec de la première tentative, « qui est une erreur historique » ; honorer « le crachat de la gauche » et « l’urine des résistants » ; user d’images viles par leur dépravation, qui ont l’effet d’une intraveineuse, atrocement dure pour celle qui les reçoit...


En plus de Facebook, May Chidiac est harcelée par des appels téléphoniques anonymes et menaçants. Sur Whatsapp, un groupe de 25 personnes, créé sous le nom ironique des « Amoureux de May Chidiac », affiche une photo d’elle sur fond rose... Le nom du groupe a ensuite été changé en « Liberté pour Georges Abdallah », avec la même photo. Manœuvre puérile, aussi bouffonne qu’horrifiante. « Tes lettres empoisonnées qui puent le mazout saoudien... ton crayon méprisable... », ne sont que les mots d’ouverture d’un message qui lui a été adressé par une fervente supporter « des militants honorables ». Comme si l’honneur était une arme d’éradication de l’autre. Le quotidien al-Akhbar, pour sa part, a critiqué avec virulence « la vague de May Chidiac, connue pour son hostilité à la résistance, et surtout au Hezbollah ». Critiquant les « propos racistes » de la journaliste et son empathie pour la France, le quotidien ne s’est pas attardé sur les offenses des internautes, se contentant d’affirmer de passage que « certains sont durs et par moment, nuisibles ».


En réalité, le terrain fertile à ces agressions est un terrain où rien d’humain n’a sa place. Ni l’honneur, ni l’opinion, ni les erreurs, ni même les crimes perpétrés au nom d’une cause. Les attaques contre May Chidiac sont les ébauches d’un espace obscur, dans les confins de l’esprit, où la pensée est morte, piégée dans la crasse du mal à l’état brut.
L’association Journalistes contre la violence a mis en garde contre « la décadence morale continue qui présage d’une nouvelle ère de violence sans limites, puisque la méthode adoptée par ceux qui attaquent à répétition May Chidiac dépasse toute la vulgarité, les menaces et les accusations de traîtrise imaginables ». L’association a estimé que ces commentaires sont porteurs « de menaces de mort contre la journaliste », demandant aux autorités compétentes de « prendre des mesures immédiates contre les auteurs et les instigateurs de ces propos ».


Les Forces libanaises ont également appelé à mettre un terme « à ces atteintes contre May Chidiac, qui ont touché, au-delà de la diffamation, les limites du crime moral ».

Les agressions verbales d’une violence inouïe menées depuis deux jours par les supporters de Georges Ibrahim Abdallah contre la journaliste May Chidiac ne sont pas des « insultes »...
L’insulte, lorsqu’elle pointe dans le cœur d’une polémique, traduit un emportement instantané, un souffle de colère, sur lequel la raison n’a plus de prise. Dans les débats rationnels, elle est un dérapage. En d’autres termes, l’insulte, malgré toute sa laideur, reste « humaine ». Les propos tenus depuis trois jours contre May Chidiac, eux, n’ont rien à voir avec l’humanité. Ils sont l’essence même, monstrueuse, de la cruauté.
Ceux qui appuient Georges Ibrahim Abdallah au nom de la « liberté » et tentent de faire, sur les murs de la Résidence des Pins, leur pseudo-révolution (éculée, épuisée, dépassée)...
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