Les installations gazières de Tigantourine, près d’In Amenas, où des jihadistes ont pris en otages une cinquantaine d’Occidentaux, réclamant la fin de l’opération Serval, entamée vendredi dernier au Mali. Statoil/Kjetil Alsvik/AFP
L’Algérie a justifié hier soir une intervention dans la journée de son armée pour mettre fin à la spectaculaire prise d’otages sur le site gazier d’In Amenas, dans le Sahara. L’opération a permis de « libérer jusqu’à présent plusieurs otages nationaux et étrangers », a déclaré le ministre algérien de la Communication, Mohamed Said. « Un nombre important de terroristes qui ont essayé de prendre la fuite vers un pays limitrophe ont été neutralisés », a-t-il ajouté, alors que l’agence algérienne APS annonçait la fin de l’assaut. Le ministre n’a pas fourni de bilan sur le tribut payé par les otages, se contentant de faire état d’un « nombre important d’otages libérés et malheureusement quelques morts et blessés ». Il a justifié le recours à la force en expliquant que les autorités avaient d’abord cherché une solution pacifique mais que les islamistes, « lourdement armés », voulaient « quitter l’Algérie en emportant avec eux les otages étrangers » pour s’en servir comme « carte de chantage ». De son côté, le ministre algérien de l’Intérieur, Dahou Ould Kablia, a déclaré à Echorouk en ligne, quotidien arabophone algérien, que « selon toutes les informations que nous avons, le groupe terroriste (...) est venu de Libye ».
L’intervention a permis la libération de 600 Algériens ainsi que d’un Français, de deux Britanniques et d’un Kényan, selon l’agence APS. Mais un porte-parole des islamistes a déclaré que l’opération avait aussi fait une cinquantaine de morts, 34 otages et 15 ravisseurs. Il a menacé de mort les otages survivants, dont sept Occidentaux. Il a précisé que le chef du commando islamiste, Abou al-Baraa, a été tué par les forces algériennes. Une source de sécurité algérienne a pour sa part indiqué que 30 otages, dont huit Algériens, deux Japonais, deux Britanniques et un Français ainsi que 11 jihadistes ont péri dans l’assaut d’hier. Un Britannique et un Algérien avaient été tués mercredi dans l’attaque du site par les islamistes.
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Plus de 24 heures après l’attaque des jihadistes, le nombre exact comme la nationalité des otages restaient imprécis. Outre les très nombreux travailleurs algériens, il y aurait eu plus d’une quarantaine d’Occidentaux, dont des Américains, Britanniques, Japonais, Français, Irlandais et Norvégiens. Une trentaine d’Algériens ont réussi à s’échapper, ont annoncé les autorités locales. D’autres Algériens avaient été libérés la veille par petits groupes. Dublin a annoncé qu’un Irlandais était sain et sauf. Quinze étrangers, dont un couple de Français, selon la chaîne privée algérienne Ennahar, ont réussi à fuir le complexe situé près de la frontière libyenne. La Norvège a dit n’avoir aucune nouvelle de neuf ressortissants.
Les Occidentaux inquiets
Les ravisseurs, eux, se présentent comme les « Signataires par le sang », nom de la katiba (unité combattante) de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, surnommé « le Borgne », ou encore « Mister Marlboro » pour ses supposés trafics de cigarettes, récemment destitué par el-Qaëda au Maghreb islamique (AQMI). Ils ont assuré réagir « à la croisade menée par les forces françaises au Mali », mais une opération aussi complexe a de toute évidence été montée de longue date, bien avant l’intervention française au Mali, selon des experts.
En Occident, plusieurs capitales, dont des ressortissants font partie des otages, n’ont pas caché leur inquiétude sur l’issue de l’assaut donné par l’armée algérienne. « Je pense que nous devons nous préparer à la possibilité de mauvaises nouvelles à venir », a averti le Premier ministre britannique David Cameron, qui a regretté de ne pas avoir été informé à l’avance par Alger et a reporté un important discours sur l’Europe prévu aujourd’hui. Le président français, François Hollande, avait noté auparavant que la crise « semblait se dénouer dans des conditions dramatiques ». La Maison-Blanche a dit « essayer obtenir des éclaircissements » du gouvernement algérien tandis que le Japon a émis « une ferme protestation ». En outre, parmi les premières mesures provoquées par la crise, le groupe pétrolier britannique BP, un des exploitants du site d’In Amenas, a annoncé qu’il évacuait « un groupe de travailleurs non essentiels » d’Algérie. La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a pour sa part demandé aux ambassades et aux entreprises américaines au Maghreb et en Afrique du Nord de revoir leurs dispositifs de sécurité.
Les combats se poursuivent au Mali
Ces développements en Algérie ont éclipsé la poursuite des combats au Mali, où un nouvel accrochage a opposé des soldats français et maliens à des islamistes armés près de Konna. La prise de la ville le 10 janvier par les jihadistes avait provoqué l’intervention française le lendemain. Plusieurs quartiers de Diabali, où des combats auraient eu lieu mercredi avec des forces spéciales françaises, restaient encore entre les mains des islamistes, selon une source sécuritaire malienne.
À Bamako, 100 soldats togolais et nigérians sont arrivés hier, premiers éléments de la force armée ouest-africaine, la Misma, dont 2 000 soldats sur un total à terme de 3 300 doivent être déployés d’ici au 26 janvier au Mali. Du côté européen, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a estimé « tout à fait possible » que des pays de l’UE puissent « mettre à disposition des soldats », alors que jusqu’à présent la France n’a reçu de ses partenaires européens qu’un appui logistique. De plus, le président socialiste de l’Assemblée nationale française, Claude Bartolone, a annoncé avoir contacté ses homologues des autres pays européens pour leur demander que l’Europe soit « rassemblée aux côtés du Mali ». En réponse, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a déclaré que « la France n’est pas seule » et a confirmé que plusieurs pays européens n’excluaient pas d’apporter un soutien militaire à la France, sans parler de troupes ou de soldats.
Enfin, la Tunisie s’est inquiétée des répercussions du conflit au Mali sur sa propre sécurité et celle de la région, et a condamné la prise d’otages en Algérie.
(Source : agences)
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