Cela ressemble d’ailleurs à une farce de mauvais goût. Non contents de véhiculer avec complaisance des listes de personnalités ciblées par d’éventuels attentats, les médias libanais engagent, pour animer le réveillon du bon peuple, une brochette de voyants autoproclamés qu’ils payent pour entretenir l’angoisse dans les chaumières. Bien sûr, ces derniers, à moins d’être myopes de la boule, ont obligation de voir un horizon fuligineux, des explosions criminelles – comme s’il pouvait en être autrement – et quelques réjouissances annexes de la même veine. Seraient-ils crédibles autrement ? Cela dure depuis si longtemps qu’on ne se souvient plus ni d’où ça vient ni comment les choses ont commencé. Un beau jour, après une longue suite d’assassinats et son lot de victimes collatérales, les Libanais sont devenus friands de mauvaises nouvelles, leur origine fût-elle occulte. Annoncez-leur une opportunité heureuse, engagez-les à la saisir, ils auront ce sourire amer et ce geste défaitiste. Et de fait, pour leur donner raison, vous verrez tous les responsables, comme un seul homme dans ces cas-là, s’acharner à la détruire. On dira ensuite que le Liban est le pays des occasions ratées. On le dira sans regret, presque rassurés que rien ne change dans cette culture de l’échec et du malheur, sans oublier de relever au passage que les Émirats ont prospéré sur les cendres de Beyrouth. On aime bien l’idée que Dubaï nous doive cela. On se sent supérieurs et comme désintéressés.
À l’époque où je grandissais sous les bombes, nous habitions un immeuble fréquenté par des diplomates de divers pays. J’entendais les voisins entassés dans la cage d’escalier répéter que l’ambassadeur américain avait annoncé à l’un d’eux que la guerre ne finirait pas avant 25 ans. En somme, les premiers voyants de nos malheurs n’étaient autres que ces envoyés des grandes puissances. Que notre destin ait été ou non concocté dans leurs cuisines infernales, s’il a pris ce cours dramatique c’est parce que nous avons souvent été crédules. Il serait temps de croire au bonheur, cela nous rendrait plus forts et plus inventifs.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
Les premiers voyants de nos malheurs avaient donc raison . Quinze ans de guerre ont prouvé en effet que le destin se moque des hommes. Antoine Sabbagha
09 h 44, le 03 janvier 2013