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Contrer le destin

Retour à la vie normale après cet intermède festif. Il fut bon, hier matin, de trébucher sur un bouchon de champagne orphelin, relief d’une explosion joyeuse, témoin d’un moment où l’on a ri. Les rues scintillent encore de guirlandes fanées et de paillettes en déshérence. Les passants, en revanche, ont l’air moins réjouis. C’est que les jours ordinaires sont ainsi, ordinaires. La somme d’accablements individuels que nous formons n’aide pas à porter un pays qui se cherche mal et ne se trouve pas, ni d’un environnement dégradé qui n’est pas près de recouvrer son charme originel. Sans parler de l’inquiétude, ce mal collectif qui nous oblige à vivre, impuissants et désemparés, dans l’anticipation d’une tragédie.
Cela ressemble d’ailleurs à une farce de mauvais goût. Non contents de véhiculer avec complaisance des listes de personnalités ciblées par d’éventuels attentats, les médias libanais engagent, pour animer le réveillon du bon peuple, une brochette de voyants autoproclamés qu’ils payent pour entretenir l’angoisse dans les chaumières. Bien sûr, ces derniers, à moins d’être myopes de la boule, ont obligation de voir un horizon fuligineux, des explosions criminelles – comme s’il pouvait en être autrement – et quelques réjouissances annexes de la même veine. Seraient-ils crédibles autrement ? Cela dure depuis si longtemps qu’on ne se souvient plus ni d’où ça vient ni comment les choses ont commencé. Un beau jour, après une longue suite d’assassinats et son lot de victimes collatérales, les Libanais sont devenus friands de mauvaises nouvelles, leur origine fût-elle occulte. Annoncez-leur une opportunité heureuse, engagez-les à la saisir, ils auront ce sourire amer et ce geste défaitiste. Et de fait, pour leur donner raison, vous verrez tous les responsables, comme un seul homme dans ces cas-là, s’acharner à la détruire. On dira ensuite que le Liban est le pays des occasions ratées. On le dira sans regret, presque rassurés que rien ne change dans cette culture de l’échec et du malheur, sans oublier de relever au passage que les Émirats ont prospéré sur les cendres de Beyrouth. On aime bien l’idée que Dubaï nous doive cela. On se sent supérieurs et comme désintéressés.
À l’époque où je grandissais sous les bombes, nous habitions un immeuble fréquenté par des diplomates de divers pays. J’entendais les voisins entassés dans la cage d’escalier répéter que l’ambassadeur américain avait annoncé à l’un d’eux que la guerre ne finirait pas avant 25 ans. En somme, les premiers voyants de nos malheurs n’étaient autres que ces envoyés des grandes puissances. Que notre destin ait été ou non concocté dans leurs cuisines infernales, s’il a pris ce cours dramatique c’est parce que nous avons souvent été crédules. Il serait temps de croire au bonheur, cela nous rendrait plus forts et plus inventifs.
Retour à la vie normale après cet intermède festif. Il fut bon, hier matin, de trébucher sur un bouchon de champagne orphelin, relief d’une explosion joyeuse, témoin d’un moment où l’on a ri. Les rues scintillent encore de guirlandes fanées et de paillettes en déshérence. Les passants, en revanche, ont l’air moins réjouis. C’est que les jours ordinaires sont ainsi, ordinaires. La somme d’accablements individuels que nous formons n’aide pas à porter un pays qui se cherche mal et ne se trouve pas, ni d’un environnement dégradé qui n’est pas près de recouvrer son charme originel. Sans parler de l’inquiétude, ce mal collectif qui nous oblige à vivre, impuissants et désemparés, dans l’anticipation d’une tragédie. Cela ressemble d’ailleurs à une farce de mauvais goût. Non contents de véhiculer...
commentaires (2)

Les premiers voyants de nos malheurs avaient donc raison . Quinze ans de guerre ont prouvé en effet que le destin se moque des hommes. Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

09 h 44, le 03 janvier 2013

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Commentaires (2)

  • Les premiers voyants de nos malheurs avaient donc raison . Quinze ans de guerre ont prouvé en effet que le destin se moque des hommes. Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    09 h 44, le 03 janvier 2013

  • Certains 8 MALSAINS, toujours prêts à enduire de Lubrifiant les roués Retors interconfessionnels pour conserver entre eux de bons "Rapports"; que nullement l’Humanité ne leur dispute; s’y sont collé. "C’est simple, Merci Notre Confessionnalisme!" ont ils cru bon proférer, après les rétractations dans cette balade Campagnardisée qui, de tous temps, les a baladé. Et d’ajouter sans rigoler : "Ce fut bon pour ce Kottor-contrée." ! Mais de quoi fallait-il remercier ces Simili-araméanisés ? D’avoir été de ces peuplades à prose vigoureuse, versatiles de ces versants Crevassés, à opinions violentes. Girouettes mal graissées qui ne savent qu’agiter des étendards pour "purs!" Fanatisés ? Ou d’avoir reçu sur un plateau ce Mont-libanais, puis de l’avoir avec morgue rejeté après un marchandage dans lequel il ne fut question que de Confessionnalisme affligeant et de Bazardage style Soûëélhamîdïyéhhh! On se demande Why? Sans compter un paquet de Piastres pour Sous-fifres et troupeaux de Larbins de toutes sortes. Mais ce dont on aurait pu les remercier, est d’avoir montré avec impudence au Monde Entier leur véritable visage. Eux qui sont "patriotes" quand ça les arrange. Quand ils peuvent rejeter sur "L’étranger" tout ce qui fait problème, en attendant de se réfugier Piteusement dès la 1ère bourrasque dans les pans du Chérwééél usé de leur Sectarisme Béat à deux Balles Trouées….

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    06 h 57, le 03 janvier 2013

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