La reprise des combats intervient alors que la mission de médiation de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) a annoncé en soirée la tenue de négociations « sans délai et sans conditions » entre les belligérants à Libreville, sans être en mesure toutefois de donner une date. « L’objectif est d’arriver à des négociations le 10 janvier. La mission est arrivée hier (jeudi) soir à Bangui. Elle a commencé les discussions avec le pouvoir ici à Bangui et a envoyé une délégation à Ndélé (Nord) pour rencontrer les rebelles », avait indiqué auparavant une source auprès de la Force multinationale d’Afrique centrale (FOMAC). Cette force de pacification régionale est présente en Centrafrique depuis 2008 et compte quelques centaines d’hommes.
Parallèlement, les ministres des Affaires étrangères de la CEEAC, dont les ministres centrafricain, tchadien, gabonais, ainsi que le commandant de la FOMAC, le général Jean-Félix Akaga, étaient réunis hier soir à huis clos à Libreville pour discuter de la crise centrafricaine, selon une source au ministère gabonais des Affaires étrangères. Ils devaient rendre leurs conclusions tard dans la nuit, après les avoir présentées au président gabonais Ali Bongo. Un renforcement des forces de la FOMAC pourrait y être discuté. Les ministres devaient également évoquer l’éventuelle interposition du Tchad, qui semble moins disposé à soutenir le président Bozizé que par le passé. Le Tchad a positionné des troupes à la sortie de Bangui, mais avec l’ordre de ne pas intervenir pour l’instant.
À Bangui, la situation était calme hier. Les prix des denrées alimentaires étaient néanmoins en forte hausse sur le marché, témoin des inquiétudes des habitants devant la menace rebelle. Ces derniers jours, des dizaines de Congolais ont préféré rentrer chez eux, en traversant le fleuve Oubangui qui sépare la capitale de la République démocratique du Congo. Les Américains ont néanmoins décidé d’évacuer leur ambassade, tandis que l’ambassade de France, caillassée par des jeunes il y a deux jours, faisait l’objet d’une protection importante de l’armée française. Dans la matinée, environ 300 femmes ont manifesté pour la paix, à l’initiative d’associations proches du régime, qui appelle la communauté internationale à intervenir.
« On va tuer un Français ! »
Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault a toutefois répété hier, comme le président François Hollande la veille, que la France, ex-puissance coloniale, « n’a pas l’intention d’intervenir pour régler les affaires intérieures » de la Cenfrafrique. « Si elle intervient, c’est uniquement pour protéger ses ressortissants », a-t-il dit. Sans être généralisé, un sentiment antifrançais commençait à apparaître hier chez une partie de la population, probablement instrumentalisé par des radicaux du régime. « Vous, les Français, vous en voulez à notre pétrole, à notre sous-sol. Mais un jour, on va s’en prendre à vous, on va en tuer un ! Vous faire partir ! » a lancé un douanier à un journaliste français pris à partie à deux reprises par des Banguissois sur le même sujet.
La coalition rebelle du Séléka a pris les armes le 10 décembre pour réclamer le respect d’accords de paix signés avec le gouvernement entre 2007 et 2011, qui prévoyaient des programmes de désarmement, de démobilisation et de réinsertion. La Centrafrique, pays enclavé de cinq millions d’habitants, parmi les plus pauvres de la planète, était engagée depuis 2007 dans un processus de paix après des années d’instabilité, de multiples rébellions, mutineries militaires et putschs qui ont ravagé son tissu économique et l’ont empêchée de tirer profit de ses ressources naturelles.
(Source : AFP)


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