Ce n’est pas ici le lieu de s’étendre sur ce que le cerveau humain, par la bouche des chercheurs et des scientifiques, est parvenu à expliquer à propos du mystère de la vie et de son but.
La seule réalité palpable, quels que soient les raisonnements des hommes au cours des siècles, est la réalité persistante de cet instinct puissant, insaisissable en lui-même et dévastateur, qu’est le sentiment d’amour. Ce besoin irrépressible est un phénomène absolu et son sens profond échappe encore à la majorité des êtres humains. Le mot « amour » a été tellement galvaudé depuis que le monde existe que son véritable message ne porte plus. L’amour en est réduit à une signification sentimentale de rapprochement entre humains, parfois idéalisé et le plus souvent ravalé à son expression la plus primitive : le plaisir charnel et l’effet procréatif qui en découle.
A-t-on jamais (à part les grands penseurs ou les grands sages) médité suffisamment sur l’origine, le sens et la portée finale de son essence ?
L’amour est le véhicule d’une volonté d’harmonie et de rassemblement fructueux. Et le monde ne serait pas monde s’il n’était mû par l’amour.
L’amour n’est pas l’exclusivité du sentiment humain. L’amour est le phénomène qui rapproche les éléments entre eux et relève d’une volonté suprême qui manifeste de la sorte sa propre existence. Avant d’être le magnétisme qui pousse indifféremment les individus les uns vers les autres, il est proprement le magnétisme qui a rapproché et rapproche toujours entre eux les éléments matériels composant l’univers.
Sans l’amour et sa puissance infinie, lui-même expression d’une volonté infinie, nous n’aurions eu ni l’existence des ions ni celle des atomes et des molécules. Ceux-là n’apparurent que suite à un rapprochement forcé entre poussières primitives et nous n’aurions pas eu le monde que nous avons si cela n’avait pas eu lieu... En d’autres termes, si l’amour n’avait pas agi !
Que nous sommes loin du sens que nos sociétés modernes, nos publicités, nos romans, nos magazines et notre réflexion superficielle donnent encore aujourd’hui à l’amour.
L’amour est un événement sacré et tous les gestes qui le reflètent à leur manière sont également sacrés. Voilà qui donne une explication et un sens à l’importance que nous lui accordons. En un mot, « l’amour est le sang par lequel l’esprit inonde la matière »... Tout est dit !
Aussi Noël vient-il toujours à point pour nous rappeler la présence de l’amour. Noël est la célébration de la nuit dont va sortir le message, clairement exprimé, de la volonté divine.
Le déroulement de la vie sur terre n’est pas une formule magique qui épate ou inquiète. Mais le fil conducteur à suivre afin que s’accomplisse, que fleurisse, que se manifeste l’harmonie générale du monde vivant, en hommage éternel au meneur du jeu.
Jésus, bébé grelottant et souriant, emmitouflé dans des langes improvisés, voit le jour dans le seul coin dénudé et inconfortable que la société des hommes ait consenti à lui consacrer.
Symbole de détachement qu’est la crèche ! Annonce muette de la valeur incommensurable de l’esprit qui ne peut s’exprimer que sous forme d’amour.
Il y en a qui versent encore des larmes devant une crèche dans le silence des églises. Il y en a qui se souviennent devant un sapin illuminé, l’espace d’un moment, de la pureté de leur enfance. Et il y en a aussi, hélas ! qui ne s’en émeuvent que par rapport à tout ce que la société de consommation aura entassé depuis des lustres en guise d’émotions frelatées, de cadeaux à recevoir, de plaisirs festifs et autres raisons fumeuses que l’on ravive, à répétition, toutes les fois que survient l’occasion de célébrer quelque chose.
Je me demande, pour ce soir-là, où en est le sérieux de l’esprit et s’il existe des valeurs à préserver ou à reconnaître.
Alors, à cause peut-être de la misère générale dans laquelle nous aura tous plongés la nouvelle religion appelée économie, j’invite le lecteur, ne serait-ce qu’en pensée, à retrouver au fond de son cœur et à quelque confession qu’il appartienne ce résidu de pureté première, cette générosité gratuite qui nous rappelle que nous sommes tous frères en humanité.
Et, aussi négligeable que cela paraisse, faisons appel durant nos réveillons mondains à cette « foi du charbonnier » qui, seule, peut ranimer la petite flamme d’origine. Flamme d’amour et donc de pardon, de bonté, d’énergie créatrice et de justice pour tous. Puissent les Libanais qui me lisent s’en inspirer un peu !
Louis INGEA

