Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a refusé « cynisme » et « stigmatisation » dans la lutte contre la pauvreté. Bertrand Guay/AFP
Coup de pouce au RSA, aide pour le logement, la santé ou les jeunes en difficulté : le gouvernement français a annoncé hier son plan de lutte contre la pauvreté, qui coûtera 2 à 2,5 milliards d’euros sur cinq ans, un bon début mais à confirmer, pour les associations.
Prenant la parole devant les acteurs de la lutte contre l’exclusion (associations, travailleurs sociaux, administrations...) en clôture de la grande conférence de lutte contre la pauvreté, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a rappelé que la pauvreté était passée de 12,9 % de la population en 2002 à 14,1 % en 2010 « et sans doute plus en 2011 et 2012 ».
8,6 millions de personnes vivaient en 2010 avec moins de 964 euros par mois.
Déplorant que « notre société (soit) moins solidaire en 2012 qu’elle ne l’était il y a dix ou vingt ans », M. Ayrault a refusé « cynisme » et « stigmatisation » dans la lutte contre la pauvreté.
L’ensemble des mesures annoncées hier représentent, à l’horizon 2017, « un effort supplémentaire de 2, 2,5 milliards d’euros », a-t-il ensuite chiffré. Le financement du plan devrait être précisé en janvier, a-t-on ensuite indiqué de source gouvernementale.
Principale mesure : le RSA « socle » (qui a remplacé le RMI en 2009) sera augmenté de 10 % d’ici à 2017, en plus de l’indexation annuelle sur l’inflation. M. Ayrault a précisé qu’une première hausse de 2 % interviendrait « dès l’année 2013 », vraisemblablement en septembre.
Cette hausse représentera environ 1 milliard d’euros en 2017 pour les finances publiques, à nombre d’allocataires constant (environ 1,5 million), a précisé une source gouvernementale.
Les associations de lutte contre l’exclusion, réunies dans le collectif « Alerte », ont globalement bien accueilli la « méthode » choisie par le gouvernement et le « changement de discours », qui ne stigmatise plus les plus pauvres, mais ont relevé des insuffisances.
Le plafond de ressources pour accéder à la CMU-C, la couverture maladie universelle complémentaire, sera « révisé » à la hausse pour permettre à 500 000 personnes de plus d’en bénéficier.
« C’est une très bonne nouvelle, mais on est au milieu du gué », a réagi Thierry Brigaud, président de Médecins du monde. « Ce sont 4 millions de personnes qui ont besoin d’une complémentaire santé gratuite », a-t-il en effet souligné.
Les hausses du RSA et de la CMU-C « n’atteignent pas les niveaux escomptés », même « si un mouvement est enclenché », a déclaré Dominique Balmary, président d’Alerte, tandis que pour Bernard Thibault (Secours catholique), la revalorisation du RSA est « très insuffisante ».
Une hausse de 2 % l’an prochain, « ce sera 12 euros par mois, ce n’est pas cela qui va changer la vie des plus pauvres », a déploré M. Thibault.
M. Ayrault a également jugé « impératif de réformer » le RSA « activité » (qui vient compléter un petit salaire) et la prime pour l’emploi (PPE), s’engageant à « proposer cette réforme dès le premier trimestre 2013 ».
Un contrat d’insertion destiné à terme à 100 000 jeunes non qualifiés sera d’autre part créé à la « rentrée 2013 », a indiqué le Premier ministre.
Cette « garantie jeunes » consistera en « un contrat d’un an renouvelable signé entre le jeune (...) et le service public de l’emploi », a-t-il précisé. Le jeune « bénéficiera alors, pendant ses périodes d’inactivité, d’une garantie de ressources d’un niveau équivalent au RSA » socle, soit environ 450 euros par mois.
Le plan prévoit également la création en 2013 de 8 000 places d’hébergement pour les sans-abri et les demandeurs d’asile, des aides pour faciliter l’accès à un logement pour 9 000 ménages et la prochaine mise en œuvre d’une « garantie universelle des risques locatifs ».
« Le Premier ministre s’est prononcé sur le plan 2013, mais quid de la suite ? » s’est inquiété Christophe Robert, de la Fondation Abbé Pierre.
Pour prévenir le surendettement, Jean-Marc Ayrault a annoncé « la création d’un registre national des crédits aux particuliers à l’occasion de la prochaine loi sur la consommation ».
Une « réflexion générale sur la politique familiale » sera menée au premier trimestre 2013 pour aboutir à une « amélioration conséquente des aides aux familles monoparentales et nombreuses confrontées à la pauvreté ».
Ce plan « reste à finaliser, avant son adoption par le comité interministériel de lutte contre l’exclusion que je réunirai à cet effet le 22 janvier 2013 », a précisé le Premier ministre.
La ministre du Logement Cécile Duflot a salué un plan « d’une ampleur jamais vue », tandis que la ministre déléguée à la Lutte contre l’exclusion, Marie-Arlette Carlotti, a évoqué « un vrai choc de solidarité ».
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