Des soldats patrouillent dans le quartier de Bab el-Tebbaneh, à Tripoli (Liban-Nord), le 7 décembre 2012. REUTERS/Omar Ibrahim
Après une matinée de calme relatif, les combats ont repris samedi après-midi sur plusieurs axes à Tripoli (Liban-Nord), faisant au moins un tué et quatre blessés, selon l'Agence nationale d'information (ANI, officielle). Les heurts qui opposent depuis mardi dernier les quartiers rivaux de Jabal Mohsen, en majorité alaouite et partisan de Damas, et Bab el-Tebbaneh, sunnite et hostile au régime, avaient fait déjà 13 morts, selon une source de sécurité.
Malgré le déploiement de l’armée, les tireurs embusqués n’ont pas chômé; des échanges de tirs intenses se sont poursuivis et des explosions d’obus de mortiers se sont fait parallèlement entendre. En soirée, les combats ont redoublé d’intensité.
Les deux quartiers s'affrontent régulièrement, surtout depuis le début de la crise syrienne. Les tensions se sont aggravées depuis la mort en Syrie de vingt-et-un jeunes sunnites libanais et palestiniens originaires de Tripoli et du Akkar qui avaient rejoint la rébellion contre Bachar el-Assad.
Une source au sein des services de sécurité libanais avait indiqué que "les jeunes gens, passés en Syrie pour combattre avec les rebelles, étaient tombés dans un traquenard et avaient été tués près de la ville de Tall Kalakh dans la province de Homs" (centre), frontalière du Liban.
Damas change d'avis
Damas avait accepté mercredi dernier de rapatrier au Liban les corps des jeunes hommes. Ce rapatriement devait s'effectuer par étapes à partir d'aujourd'hui samedi. Mais les autorités libanaises craignent que cette restitution par étapes n’enflamme à chaque fois la rue sunnite avec la charge émotionnelle qui pourrait en résulter. A cet égard, le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, s'est rendu aujourd’hui samedi en Syrie pour négocier la restitution en une seule et unique fois de toutes les dépouilles afin de réduire les risques de dérives. A son retour, des médias locaux ont rapporté qu'un accord avec les autorités syriennes a été conclu et que les corps seraient rapatriés en une seule étape. Plus tard en début de soirée, le ministre des Affaires étrangères Adnane Mansour a annoncé dans un communiqué avoir été informé par Damas que la restitution s'effectuera quand même par étapes, pour "des raisons logistiques". Trois premiers corps seront ainsi rapatriés demain dimanche en coopération entre les forces de sécurité syriennes concernées et le général Abbas Ibrahim, selon l'ANI.
En sa qualité de vice-président du Haut Conseil de défense, et après concertation avec le président de la République Michel Sleiman, le Premier ministre Nagib Mikati a pour sa part convoqué une réunion urgente du Haut Conseil de défense dimanche avant-midi à Baabda.
Par ailleurs, le ministre libanais de l’Intérieur, Marwan Charbel, a affirmé samedi déployer tous les efforts pour restaurer le calme à Tripoli. "Cette situation est liée d’une façon ou d’une autre aux développements dans la région surtout en Syrie", a déclaré M. Charbel lors d’une conférence de presse à l’issue d’une réunion sécuritaire dans la capitale du Nord. "Il est temps pour nous de privilégier l’intérêt de Tripoli, cette situation a des conséquences néfastes sur l’économie, les magasins sont en train de fermer et les habitants de quitter la ville", a-t-il dit.
"Personne ne peut sortir vainqueur de la situation, le gouvernement libanais devrait prendre des mesures décisives", a ajouté le ministre.
L'ambassade américaine à Beyrouth s'est dite vendredi "très inquiète" des violences à Tripoli, appelant dans un communiqué à "la retenue et au respect de la sécurité et de la stabilité du Liban".
La plupart des habitants de Tripoli, à majorité sunnite, soutiennent la rébellion syrienne. En revanche, le puissant parti chiite armé Hezbollah, principal allié libanais du régime de Damas, est accusé de combattre auprès des forces loyalistes en Syrie.
En outre, des accrochages quasi-quotidiens opposent dans des villages syriens frontaliers du Liban des combattants chiites proches du Hezbollah à des rebelles anti-Assad, selon des habitants et des militants.
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