Il était 18h, le dernier train pour Paris partait à 20h 28. Ça commençait à faire juste, il fallait boucler la chose. Carla aimait bien Nadia C., mais en venait à espérer qu’elle lâche l’affaire, histoire de pouvoir rentrer à Paris et retrouver son petit Nicolas le plus rapidement possible. Elle lui avait demandé de l’accompagner, mais Nicolas, pour une obscure histoire de juge et d’argent, ne voulait plus foutre les pieds à Bordeaux.
Nadia C., Penelope F., Isabelle J. et Carla B.-S. étaient réunies depuis cinq heures déjà. Cinq heures de négociations, mais aussi de « vidages de sacs », entrecoupés de silences. Des silences de qualités différentes d’ailleurs. Quand Penelope F., la taiseuse galloise, la bouclait, ça ne faisait pas le même effet que quand Nadia C., l’Algérienne, ne mouftait plus.
Penelope était arrivée la première chez Isabelle, qui s’était demandé si son invitée n’avait pas attendu devant la porte que sa montre marque 13h pile pour sonner. Nadia était arrivée 15 minutes plus tard, un peu essoufflée, expliquant avoir remarqué qu’elle n’avait plus de cigarettes au dernier moment, puis avoir fait le tour du quartier pour trouver un tabac. Carla était arrivée vers 13h 45, calme et sereine.
À 14h 15, les quatre femmes étaient entrées dans le vif du sujet.
Isabelle, en médiatrice, avait pris la parole la première.
« L’heure est grave, nous en conviendrons toutes. Je ne sais pas pour vous, mais ici, Alain est devenu insupportable. Il fait la gueule, il marmonne toute la journée des choses du genre “ c’est pas permis de faire ça à mon UMP ”, et entre deux jérémiades, je l’entends crier, seul, “ ah les Charlots, ah les salauds ! ” Depuis le 18 novembre, pas un jour de break, finis les week-ends, les sorties, les dîners. Pour tout vous dire, j’ai l’impression de replonger dans le cauchemar de l’exil québécois. Il n’est plus rigide mon Alain, il est tout raide. Perso, j’en ai soupé. »
Nadia hocha la tête, Penelope ne broncha pas, Carla souriait.
« Alors s’il vous plaît, trouvons une solution aujourd’hui, et revenons à nos bonnes vieilles emmerdes ordinaires. Carla, as-tu quelque chose à proposer ? »
« Moi ? Oui, bien sûr, je suis pour l’harmonie, au sein de l’UMP et ailleurs d’ailleurs. Et ça me mine, moi aussi, de voir mon mari dans cet état-là. Il est effaré, hyperénervé, tout fripé. C’est d’un gris... Je vous en supplie, Nadia, Penelope sortons de ce bourbier. »
Sur quoi, Isabelle donna la parole à Nadia.
« Oui, bon, le truc, c’est que deux fois, on a dit que Jean-François avait gagné. Vous le connaissez mon Jeff, l’ego, l’ambition, les crocs. Sous la douche, il fredonne “ Copé président, Copé président”. En mode veille, il est déjà gonflé à bloc, alors là, autant vous dire qu’il est en orbite et je vois mal comment on pourrait le faire redescendre. Personnellement, je m’en fous un peu qu’il soit président de l’UMP, je devrais pas vous le dire, mais voilà, c’est dit. Mais ça m’arrangerait tout de même qu’on ne discute plus la victoire, parce que Zorro à la maison, j’en peux plus non plus. »
« Penelope, ton François serait-il prêt à lâcher un petit quelque chose ? » demanda alors Isabelle.
Pendant un long moment, Penelope ne dit rien. Isabelle attendait patiemment, Carla rêvassait, Nadia s’agitait dans son fauteuil.
« Fouançois peut sembler placide », finit par lâcher la Galloise. « Mais c’est un couocouodile, poursuivit Penelope, dont le “ r ” avait résisté à trente ans de pratique hexagonale. Il peut bouffer qui il veut. »
Puis elle se tut. Nadia alluma une cigarette, Carla souriait, le « couocouodile » lui avait titillé l’oreille, et elle se demandait si ça ne pourrait pas faire un bon titre pour son prochain album. Alors qu’Isabelle s’apprêtait à ouvrir la bouche, Penelope leva le doigt. Isabelle se tut.
« Mais Fouançois m’a déçue. Baptiser son nouveau mouvement le Ouamp. Le Ouaump ! »
« Le R-UMP, tu veux dire? » interrogea Isabelle après qu’un ange fut passé.
« Oui, le Ouamp ! » s’exclama Penelope.
Carla se mit à pouffer sous sa frange, Isabelle retenait un sourire, Nadia lançait des regards perdus.
Isabelle vint à sa rescousse : « Le R-UMP, ou rump, qui, en anglais, veut dire croupe, derrière, croupion. »
Nadia partit alors d’un grand rire, qu’elle étouffa net en tombant sur le regard métallique de Penelope.
« Pardon », glissa-t-elle, en allumant une énième cigarette.
Et les débats reprirent, longs, pénibles. Sans acrimonie, mais sans issue non plus.
Elles en étaient là à 18h. Carla regardait sa montre, Isabelle avait l’estomac dans les talons, Penelope sirotait un whisky pendant que Nadia fumait.
« J’aurais bien une idée », dit, au bout d’un moment, Isabelle.
« Oh oui ! » s’exclama Carla.
« La grève », reprit Isabelle.
« La grève, mais c’est un truc de gauche ça, reprit Carla. Je le sais, j’y étais avant. »
« Mais qui fait la grève, et la grève de quoi ? » enchaîna Nadia.
« La grève du sexe, la grève de nous, la grève de tout, répondit Isabelle. Nous quatre, on dégage quelque part, loin, Zanzibar tiens ! dès ce soir et jusqu’à ce qu’ils s’en sortent avec leurs histoires d’ego. »
Autour de la table, monta un soupir collectif de soulagement.
Qui se mua en découragement quand Isabelle eut googelé le plan de vol et mis le doigt sur les trois escales et vingt heures et quelque de vol. Sur quoi Carla se réveilla et dit : « Les escales, moi je peux pas. Pour l’avion, laissez-moi appeler Arnaud, c’est un ami de mon mari. »
Deux heures plus tard, quatre femmes hilares trinquaient à bord d’un jet privé, en route pour Kisauni.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve