Le célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer, ici en 2003, est décédé mercredi à l'âge de 104 ans. Ses oeuvres sont présentes à travers le monde, y compris au Liban, avec la foire internationale de Tripoli. REUTERS/Sergio Moraes/Files
Pendant son hospitalisation, il disait à sa veuve Vera Lucia Cabrera, 66 ans : « Je dois sortir, j’ai du retard dans mon travail. » Elle ajoute : « J’ai passé un mois à l’hôpital avec lui, à constater des améliorations et des aggravations de son état. Il était lucide. Il voulait manger des beignets salés et boire du café. Il lisait la revue avec moi, parlait de travail et de ses projets. Son seul désir, que je vais respecter, était d’éditer le livre que j’avais dit que nous ferions ensemble, et la revue. C’est la seule chose que je lui ai promise. Ce livre est sur certains projets d’art ou de centres culturels... »
Le Brésil a rendu hier un hommage national à Oscar Niemeyer à Brasilia, capitale futuriste surgie de la vision de cet architecte majeur du XXe siècle mort mercredi à l’âge de 104 ans.
Transportée par avion depuis Rio de Janeiro, la dépouille d’Oscar Niemeyer a traversé les larges avenues de Brasilia, sur le toit d’un camion de pompiers escorté par des motards. Le cercueil, recouvert du drapeau du Brésil, a été porté par des militaires en tenue d’apparat à l’intérieur du palais du Planalto, l’un des bâtiments emblématiques de l’architecte et siège de la présidence, où l’attendaient les plus hautes autorités de l’État.
Hommage au « père »
La présidente Dilma Rousseff, le visage fermé, a applaudi l’arrivée du cercueil, avant de s’en approcher, en tenant par le bras Mme Cabrera. Les personnalités, dont la quasi-totalité des ministres, ont défilé devant le cercueil du « poète des courbes ». De nombreux membres de la famille assistaient à la cérémonie. Le palais du Planalto a ensuite été ouvert au public, où les habitants de Brasilia ont rendu un dernier hommage au « père » de leur ville.
Dans la soirée, le corps d’Oscar Niemeyer devait être ramené par avion, un mode de transport qu’il détestait et avait évité toute sa vie, vers sa ville natale de Rio de Janeiro. L’architecte sera inhumé aujourd’hui dans l’intimité, au cimetière de Botafogo, après un ultime hommage des cariocas à l’hôtel de ville.
« Je suis triste. C’est l’âme de Brasilia qui s’en est allée. En même temps, je ne connais personne qui ait eu une vie aussi remplie. Il a travaillé pendant 70 ans et réalisé tous ses rêves », a témoigné dans la matinée une Brésilienne originaire de Brasilia, Rita Siriaka.
« Le Matisse »
Inspiré dans sa jeunesse par Le Corbusier, Niemeyer, qui a su imprimer des courbes sensuelles au béton, a reçu l’hommage des plus grands architectes actuels. Il était le « Matisse » de l’architecture, selon le Français Jean Nouvel. La Britannique d’origine irakienne Zaha Hadid a salué le « virtuose » à la « sensibilité spatiale » qui l’a « encouragée sur la voie d’une architecture d’une fluidité totale ». Son collègue Norman Foster a dit : « Il m’a appris que l’architecture est importante, mais que la vie est plus importante et, en fin de compte, il laisse son architecture en héritage. Comme l’était l’homme lui-même, elle est éternellement jeune. »
Plusieurs pays, comme l’Algérie, Cuba et la France, ont également rendu hommage à Niemeyer. Ce communiste de cœur a notamment construit le siège du Parti communiste français à Paris où il s’était exilé pendant la dictature militaire au Brésil. Le président français François Hollande a salué « l’homme engagé dont les convictions ont toujours été mises au service de son talent ». La carrière de M. Niemeyer, « figure majeure » de l’architecture, a été « exceptionnellement longue et illustre », a souligné pour sa part le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui a salué « non seulement son énergie et son talent, mais aussi son humanisme ».
L’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula Da Silva s’était dans la matinée « joint au Brésil tout entier dans le deuil. « La monumentale Brasilia, où il a laissé la marque de son art et concentré ses rêves d’une ville qui puisse abriter avec tendresse et confort pauvres et riches, hommes ordinaires ou extraordinaires, sera toujours l’expression maximale de son génie et de sa générosité », avait-il commenté.
Niemeyer répétait qu’être centenaire « était une merde » et que sa seule joie était de voir un Brésil devenu plus « égalitaire grâce à Lula ».
Bourgeoisie métissée
Né le 15 décembre 1907 à Rio, dans une famille bourgeoise d’origine allemande, portugaise et arabe, Oscar Ribeiro de Almeida de Niemeyer Soares a participé à la réalisation de plus de 600 œuvres en 70 ans de carrière, dont le siège de l’ONU à New York, ou le sambodrome à Rio de Janeiro.
C’est le président Juscelino Kubitschek, qui lui donnera « la joie » de construire ex-nihilo Brasilia, avec l’urbaniste Lucio Costa et le paysagiste Roberto Burle Marx. « On voulait faire des immeubles qui provoquent une certaine stupeur parce qu’ils étaient différents », avait-il déclaré. Inaugurée le 21 avril 1960, Brasilia, dont il a réalisé les bâtiments phares, lui a fait remporter d’innombrables prix, comme le Pritzker (le Nobel d’architecture) en 1988.
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