Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Conflit

Les armes chimiques en Syrie, « un prétexte pour l’Occident »

Guerre aux abords de Damas, rencontre stérile Clinton-Lavrov-Brahimi à Dublin.

Un rebelle reçoit les premiers soins dans une camionnette, avant de se rendre dans un hôpital d’Alep. Odd Andersen/AFP

La chef de la diplomatie américaine Hillary Clinton a rencontré hier à Dublin son homologue russe Sergueï Lavrov et l’émissaire international pour la Syrie Lakhdar Brahimi – une réunion stérile selon les principaux intéressés. « Nous n’avons pris aucune décision sensationnelle mais je pense que nous avons convenu que la situation est mauvaise et que nous devons continuer à travailler ensemble pour voir comment nous pouvons trouver des moyens originaux de mettre les problèmes sous contrôle avant, si possible, de les résoudre », a ainsi déclaré M. Brahimi, après la rencontre. « Nous avons fait beaucoup d’efforts pour travailler avec la Russie afin d’arrêter l’effusion de sang en Syrie et de démarrer une transition politique », a déclaré, quant à elle, Mme Clinton.


Hillary Clinton et Sergueï Lavrov ont par ailleurs évoqué le rôle de Lakhdar Brahimi à l’occasion d’une rencontre bilatérale. « Ils ont tous les deux beaucoup de respect pour sa mission et souhaitent le soutenir », a rapporté un haut responsable US. Ils ont en outre évoqué « la nécessité de continuer à envoyer des messages sur la ligne rouge à ne pas franchir et le caractère inacceptable de toute utilisation ou perte de contrôle d’armes chimiques », a ajouté ce responsable.


La chef de la diplomatie américaine, qui achève sa 38e visite en Europe depuis 2009 par une étape en Irlande, a accepté cette rencontre non prévue alors que la communauté internationale redoute notamment l’utilisation par le régime du président Bachar el-Assad d’armes chimiques contre la rébellion. Un responsable américain avait affirmé lundi que Damas mélangeait les composants nécessaires à une utilisation militaire du gaz sarin, un neurotoxique mortel. La chaîne américaine NBC a de son côté indiqué mercredi soir que l’armée syrienne a chargé avec du gaz sarin des bombes destinées à être larguées par avion. À ce stade, les « bidons » chargés des précurseurs de ce neurotoxique n’ont pas été fixés sous les ailes des appareils et le président syrien n’a pas donné l’ordre d’y recourir, ajoute NBC. Selon CNN, les services de renseignements israéliens, turcs, libanais ou encore jordaniens sont actuellement en contact étroit avec leurs homologues américains pour définir la conduite à tenir.

 

(Repère : La panoplie d’agents chimiques de Damas "est assez robuste")


Quant au secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, il a souligné hier que « sans commenter en particulier les renseignements sur ces armes chimiques, il est évident que nous sommes très inquiets, très inquiets qu’à mesure de l’avancée de l’opposition, en particulier sur Damas, le régime envisage d’utiliser des armes chimiques ».

 


Pression
Ces développements ont conduit le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, à estimer que le président syrien devrait être « traduit en justice » s’il utilisait des armes chimiques. Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Fayçal Moqdad, a répondu à la chaîne libanaise al-Manar que tout cela « était une mise en scène », expliquant : « S’il y a des armes chimiques, elle ne seront pas utilisées contre notre peuple (...). Je crains qu’il s’agisse d’un complot occidental, mené de manière grossière à partir de Washington, afin de justifier une intervention militaire. »
De son côté, le Royaume-Uni, qui a reconnu l’opposition comme « seul représentant » des Syriens, a annoncé qu’il ferait pression sur ses partenaires européens pour modifier l’embargo sur les armes imposé par l’Union européenne à la Syrie, afin de permettre de livrer des armes aux rebelles.

 

(Lire aussi : Les forces spéciales françaises prêtes à intervenir en Syrie?)


Dans le même temps, le ministre équatorien des Affaires étrangères, Ricardo Patiño, a démenti que son pays avait reçu une demande d’asile du président syrien, à la suite de l’intensification des violences et des avertissements de la communauté internationale.


Toujours sur le plan diplomatique, le nouvel ambassadeur de Syrie à Bagdad, Sattam al-Jadaane, nommé par Bachar el-Assad, a présenté ses lettres de créance au chef de l’État irakien, cinq mois après la défection de son prédécesseur.

400 soldats allemands
Concernant le déploiement de Patriot en Turquie, qui a reçu l’aval de l’OTAN, le gouvernement allemand a approuvé hier l’envoi de deux batteries de missiles et prévoit de déployer jusqu’à 400 soldats de la Bundeswehr pour protéger ce pays d’éventuelles menaces syriennes. L’armée allemande étant sous contrôle de la chambre basse du Parlement (Bundestag), l’intervention, sous le commandement de l’OTAN, doit encore recevoir l’aval des députés. Mais le vote, espéré entre le 12 et le 14 décembre, ne devrait être qu’une formalité, le principal groupe d’opposition, les sociaux-démocrates du SPD, ayant déjà laissé entendre qu’ils voteraient « oui » avec la majorité de la chancelière Angela Merkel. Le ministre allemand de la Défense, Thomas de Maizière, a expliqué que « les réflexions, notamment sur les lieux où seront déployées ces batteries, ne sont pas encore tout à fait terminées ». « C’est une décision grave face à une situation grave, et c’est tout sauf une évidence », a commenté de son côté le ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle.

Rage
Pendant ce temps sur le terrain, la guerre faisait rage aux abords de la capitale syrienne, défendue avec acharnement par l’armée.
En début de soirée, une voiture piégée dans le quartier alaouite de Mazzé 86 à Damas a fait un mort et plusieurs blessés, a rapporté la télévision d’État. Des renforts militaires ont par ailleurs été envoyés pour reconquérir Daraya, à l’ouest de la capitale : « Les troupes avancent petit à petit mais l’Armée syrienne libre (ASL) se bat pied à pied pour les empêcher de progresser dans la ville », a expliqué un militant anti-régime. « Ils ont pu s’emparer de 30 % de la localité et il y a de sérieuses inquiétudes sur ce qui arrivera s’ils réussissent à la prendre complètement », a ajouté ce militant se présentant sous le nom d’Abou Kinan. L’agence officielle SANA a de son côté affirmé que l’armée poursuivait « les terroristes du Front el-Nosra, qui appartient à el-Qaëda, à Daraya » et que la ville serait « bientôt totalement nettoyée des terroristes ».


À al-Safira, près d’Alep, le Front islamiste el-Nosra s’est emparé d’une centrale électrique, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). La télévision officielle a pour sa part annoncé que les rebelles avaient fait sauter une station de gaz alimentant la centrale, entraînant une coupure de courant à Alep.

 

(Lire aussi : Mieux armés et plus disciplinés, les jihadistes montent en puissance à Alep)


Selon un bilan provisoire des opposants, les violences ont fait hier au moins 53 morts, dont une vingtaine à Damas et dans sa périphérie. Depuis plus de 20 mois, 42 000 personnes, en majorité des civils, ont perdu la vie.
Les militants hostiles au régime ont parallèlement appelé à placer les traditionnels défilés du vendredi sous le slogan « Non aux forces de maintien de la paix en Syrie », sur leur page Facebook « Syrian Revolution 2011 ». Les militants expliquent s’opposer à ces forces « car elles auront pour mission de séparer les belligérants et de maintenir notre chère patrie dans le chaos et la destruction ».

Mohammad VI
Par ailleurs, le roi Mohammad VI a condamné hier « l’agression criminelle abjecte » ayant coûté la vie au consul honoraire du Maroc à Alep et réitéré le « soutien permanent » du royaume au peuple syrien, dans un message à la famille de la victime.


Consul honoraire du Maroc à Alep depuis avril 2001, Mohammad Alaeddine Kiyali, de nationalité syrienne, a été tué mardi soir par des « hommes armés », dans une attaque qui a également fait au moins un autre mort. Dans son message de condoléances, « le souverain exprime aux membres de la famille du défunt et, à travers elle au peuple syrien, sa grande tristesse et émotion, ainsi que sa forte condamnation de cette agression criminelle abjecte », rapporte l’agence marocaine MAP. Cet acte « va à l’encontre des prescriptions de notre noble religion, de toutes les religions célestes, des valeurs humaines et des idéaux démocratiques », poursuit Mohammad VI.
Enfin, sur le plan humanitaire, la dégradation de la sécurité empêche les organisations de venir en aide à un million de Syriens directement menacés par la faim à l’approche de l’hiver, a déclaré la directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (PAM).

Lire aussi

Liban : Les violences reprennent de plus belle à Tripoli

 

Preuves à l’appui, Sakr dément toute implication militaire du courant du Futur dans la crise syrienne

La chef de la diplomatie américaine Hillary Clinton a rencontré hier à Dublin son homologue russe Sergueï Lavrov et l’émissaire international pour la Syrie Lakhdar Brahimi – une réunion stérile selon les principaux intéressés. « Nous n’avons pris aucune décision sensationnelle mais je pense que nous avons convenu que la situation est mauvaise et que nous devons continuer à travailler ensemble pour voir comment nous pouvons trouver des moyens originaux de mettre les problèmes sous contrôle avant, si possible, de les résoudre », a ainsi déclaré M. Brahimi, après la rencontre. « Nous avons fait beaucoup d’efforts pour travailler avec la Russie afin d’arrêter l’effusion de sang en Syrie et de démarrer une transition politique », a déclaré, quant à elle, Mme Clinton.
Hillary Clinton et Sergueï Lavrov...
commentaires (2)

Si l'Armee Alaouite prend le pas a Damas alors qu'elle perd Alep, et l'est de la Syrie, c'est le debut du partage. Quand je pense que le zigoto de pere croyaient pouvoir le faire de notre petit pays, voici le fils qui lui ne sait plus tres bien sur quel pied danser chez lui. Qui seme le vent recolte la tempete. J'espere que les Aounistes sauront traduire ce proverbe a leurs homologues du Hezbollah.

Pierre Hadjigeorgiou

02 h 50, le 07 décembre 2012

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • Si l'Armee Alaouite prend le pas a Damas alors qu'elle perd Alep, et l'est de la Syrie, c'est le debut du partage. Quand je pense que le zigoto de pere croyaient pouvoir le faire de notre petit pays, voici le fils qui lui ne sait plus tres bien sur quel pied danser chez lui. Qui seme le vent recolte la tempete. J'espere que les Aounistes sauront traduire ce proverbe a leurs homologues du Hezbollah.

    Pierre Hadjigeorgiou

    02 h 50, le 07 décembre 2012

  • La fuite de Makdessi dit beaucoup. Prétexte ou réalité ?

    SAKR LEBNAN

    02 h 06, le 07 décembre 2012

Retour en haut