La chronique de Nagib AOUN

Le Printemps se mérite

La chronique de Nagib Aoun
03/12/2012
Bien malin, particulièrement futé serait l’analyste qui pourrait, sans risque de se tromper, dessiner la future carte politique du Moyen-Orient, d’un monde arabe en pleine convulsion qui remet en question aujourd’hui ce qu’il a laborieusement mis en place la veille.
De l’Égypte écartelée à la Libye déboussolée, de l’Irak ensanglanté à l’inquiétante Jordanie sortie d’une longue somnolence, une toile de fond extensible à souhait s’installe sur les lignes de démarcation, une toile régulièrement éclaboussée par le bain de sang qui meurtrit la Syrie.
De quoi sera fait demain ? De beaucoup de souffrances, de beaucoup de larmes au vu des événements actuels, de l’irresponsabilité des uns, de la duplicité des autres. Mais là où qu’on aille, de quel côté que se portent nos regards, le topo est le même : c’est le peuple qui prend son destin en main, c’est la rue, le cœur même de la vie citoyenne, qui impose le rythme du changement, la cadence des réformes espérées.
Le Printemps se mérite : il est naturel que l’automne le précède, que les erreurs de parcours le retardent. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs : l’image, pour facile qu’elle puisse être, reflète bien la réalité d’une situation faite de retournements dramatiques, de contradictions handicapantes.
Conclure, pour autant, comme se sont empressées de le faire les pythies de circonstance, que le printemps arabe est moribond, c’est insulter les dizaines de millions d’hommes et de femmes qui sont sortis de l’ombre, qui ont découvert, après des décennies d’humiliations et d’asservissement, qu’ils pouvaient être maîtres de leur destin, forger leur avenir sur les décombres des régimes de l’oppression.
Ce qui se passe aujourd’hui en Égypte et en Tunisie, en Libye et en Jordanie, à Bahreïn et même, quoique timidement, en Arabie saoudite, c’est l’avènement d’une ère nouvelle, celle d’une vox populi longtemps méprisée, longtemps infantilisée. Ce qui se passe aujourd’hui en Syrie, c’est l’exemple même d’une insurrection imparable, d’une révolte contre le tyran mais aussi contre soi-même, ce soi qui a accepté des décennies durant l’intolérable : l’humiliation et le mépris.
Qu’ici ou là des islamistes ou des jihadistes pointent le bout de leur nez, s’évertuent à canaliser à leur profit les bouleversements en cours, il n’y a là rien d’étonnant : eux aussi ont été brimés et embastillés, eux aussi ont connu les privations et les réclusions. Mais croire qu’aux dictatures puissent succéder des théocraties, qu’à un potentat puisse succéder un clone tout aussi despote, c’est occulter l’évidence : les révoltes ont toutes été initiées par la société civile et le mot d’ordre a toujours été liberté. Une liberté payée au prix du sang et qui ne saurait être galvaudée, les révoltes dussent-elles s’éterniser pour la bétonner.
Pour finir, un constat s’impose : pour la première fois dans le monde arabe, du Machrek au Maghreb, les rues se sont mobilisées pour une cause autre que celle liée à la Palestine ou au conflit arabo-israélien. Plus de vociférations guerrières, plus de manifestations orchestrées par des pouvoirs fantoches, mais une aspiration commune à la dignité. C’est là, ne l’oublions pas, l’essence même du printemps arabe, de la révolte en cours en Syrie, du sursaut révolutionnaire en Égypte...

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Pierre Hadjigeorgiou

Tres belle analyse de Mr. Noun et O combien vraie! Il n'est pas d'omelette qui se fait sans casser les oeufs! Le temps des bassita, mare2ha, ma3lesh bte2ta3, etc... sont termines. Les peuples a majorite islamique ont besoin d'espace, d'air, de liberte, de securite et surtout de prosperite. Ce sont ces besoins qui les ont pousse a se soulever mais jamais il n'y a eu de revolution ou tout c'est passe comme un roman a l'eau de rose. Nous oublions trop vite que des dizaines d'annees d'opressions, de corruptions et d'humiliations se sont succeder avant d'en arriver a tout remettre en question, nous oublions que violence mene a la violence, extremisme a un autre extremisme et que tout est a reconstruire, re-imagine, recreer. Et en debut de democratie, tout le monde veut avoir droit au chapitre. Ce n'est pas donne et beaucoup de sacrifice vont encore avoir a etre fait. Souvent il faut repasser par l'hiver pour arriver au bon printemps. Il y a encore beaucoup de chemin a faire et pour y arriver il faut serrer les dents et continuer ce qui a ete commence. Bon courage!

M.V.

Il vaut mieux commencer par le début...juste au cas ou dieu n'existerait pas...! les saisons seraient donc, toujours au même endroit sur les calendriers....! donc tout le monde sera heureux de savoir que le primtemps n'est pas en hiver...

SAKR LEBNAN

On dit que : LA VOIX DU PEUPLE C'EST LA VOIX DE DIEU ! Mais, est-ce que, dans tous les pays des supposés printemps, les Peuples crient d'une seule voix ? Des fractions extrémistes s'y sont mêlées partout, et ont changé les printemps en hivers, et la lumière en OBSCURANTISME DES PLUS NOIRS...

GEDEON Christian

Mouais....mais les dizaines de milliers qui sont déjà tombés et qui continuent à tomber...on en fait quoi?les blessés,les destructions,l'ethnisation,la division confessionnelle,la tribalisation,on en fait quoi? on se contente de dire qu'en fait les printemps arabes étaient des automnes,et qu'en réalité le printemps viendra un jour peut-être? Bof...Le mur de la peur est peut-être tombé...mais des murs de haine se sont et sont en train de se construire aussi...et le problème ,le vrai,c'est que ce n'est pas une vox populi seulement,et M. Aoun de peut pas l'ignorer quand même...c'est aussi et beaucoup (trop) une vox dei (ou supposé tel...) Ce n'est pas la méthode Coué qui fera disparaître d'un coup de baguette magique le hideux retour en force des fondamentalismes...Et je rappelle qu'après l'automne,il y a,non pas le printemps,mais l'hiver..

Antoine-Serge KARAMAOUN

Le Vent d'Est l'emporte encore sur le Vent d'Ouest au Liban ; à l’inverse des autres kottors d’Orient à qui on leur donnait, nous Libanais prophétisant d'une façon professorale, des leçons en matière de Révolutions ! Jusqu'à quand cet orient Désœuvré, Non-industriel, Parasitaire et Crépusculaire qui nous est collé et accolé, continuera-t-il à nous assommer avec son affligeante persistante Arrogance, et ses Fatigantes leçons éculées en matière de Pseudo-résistances pathétiquement Gonflantes lâchement déversées de ces lointaines indigènes contrées Simili-exotiques remplies d'Antiquités désertées car déshéritées qui leur tiennent lieu de Réduit depuis 4 Décennies loin de Palestine ! En sus de leurs "Nains" de service Pseudo-théoriciens "Gnomes" de la lutte Pseudo-arabe, et Déguisés à la persane avec leurs Sbires de dévoués Larbins petits soldats de plomb treillis kakis à l’appui éternellement à la Déroute, dont la tâche plus que Moins qu’honorable est la défense éhontée de ce système dictatorial simili-fasciste, oligarchique, despotique, corrompu et, comble de la Mascarade, qui leur tient tout de même toujours lieu à ces Imbéciles bienheureux de paradis heureux irrémédiablement Miteux ! Eh bien, jusqu'à ce que les Sains avec de Véritables dirigeants ne les trahissant point, se soulèvent pour de bon enfin contre ce Miséréré politicien qui les étouffe déjà depuis 4 Décennies sans Fin....

Antoine-Serge KARAMAOUN

Criant de Clarté et de Vérité.....

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