Une vaste manifestation avait rassemblé dans le calme dans la matinée des milliers de personnes pour une marche « symbolique » de cinq kilomètres en direction de Tunis. Faouzi Dridi/AFP
En début de soirée, la police, renforcée par des blindés de la Garde nationale, procédait à des tirs de sommation et de gaz lacrymogènes. Des centaines de jeunes, qui avaient ouvert les hostilités en lançant des pierres sur un important poste de police, jetaient des cocktails Molotov et bâtissaient dans le centre-ville des barricades dont certaines étaient en feu. « Si on nous y autorise, je n’hésiterai pas à tirer avec des balles réelles », a déclaré un policier, sous couvert de l’anonymat. Aucun bilan n’a été fourni par les autorités. L’hôpital n’a pour sa part fait état que de quelques blessés légers.
Les représentants de la principale centrale syndicale, l’UGTT, ont appelé sans succès les manifestants à se disperser en début d’après-midi. Les appels au calme du gouvernement dirigé par les islamistes d’Ennahda ont aussi été ignorés. Pourtant, une vaste manifestation avait rassemblé dans le calme dans la matinée des milliers de personnes pour une marche « symbolique » de cinq kilomètres en direction de Tunis. Ils réclamaient une fois de plus le départ du gouverneur régional, la fin de la violence policière et la mise en place d’un programme d’aides à cette région économiquement sinistrée, située au sud-ouest de Tunis, où les violences ont fait plus de 300 blessés cette semaine.
La lutte contre la pauvreté et la fin de l’arbitraire policier étaient déjà les revendications phares de la révolution tunisienne. Elles reviennent en force depuis plusieurs mois dans l’intérieur du pays dont les provinces sont marginalisées depuis des décennies.
Face à la grogne populaire, le président tunisien Moncef Marzouki a appelé à la formation d’un gouvernement restreint pour répondre aux attentes des Tunisiens, indiquant craindre la multiplication des violences. « L’intérêt de la Tunisie nécessite aujourd’hui un gouvernement restreint et efficace regroupant les compétences. Il faut que les nominations se fassent sur la base de la compétence, la compétence, la compétence, et non pas sur des bases partisanes », a-t-il ajouté. « Les attentes des gens sont immenses et le rendement du gouvernement n’est pas au niveau de ces attentes », a encore déclaré le président, soulignant que la Tunisie était au carrefour entre « le chemin de la perdition et celui du salut ».
Le chef de l’État tunisien n’a cependant pas le pouvoir de remanier le gouvernement, une décision qui revient au Premier ministre, Hamadi Jebali, issu du parti islamiste Ennahda, majoritaire à l’Assemblée nationale constituante (ANC). M. Marzouki a par ailleurs condamné « cette violence inacceptable » à Siliana. Il a aussi une nouvelle fois estimé que des élections générales devaient avoir lieu avant l’été, conformément au calendrier. Ce dernier est mis en doute par la lenteur des travaux de l’ANC qui ne parvient pas à dégager de compromis sur la future Constitution tunisienne.
À l’étranger, les diplomates ont exprimé de premières inquiétudes. Le ministère français des Affaires étrangères, a fait part de sa « préoccupation » face au « nombre élevé de blessés ». Et le Haut-Commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme a diffusé un communiqué exprimant son « inquiétude face aux violents troubles » et a condamné « le recours excessif et disproportionné à la force » par les policiers.
(Source : AFP)


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