Il demande à l’huissier, comme à son habitude en pareil cas, de lui apporter un verre d’aphrodisiaque à base de quinquina, et s’empresse d’aller rejoindre la dame. Quelques instants plus tard, Le Gall, son chef de cabinet, alerté par des cris, s’enhardit à entrouvrir la porte et découvre le président inanimé, étendu sur le tapis sans autre vêtement qu’un gilet de flanelle. Félix Faure est dans le coma, les mains crispées sur la chevelure de sa maîtresse étendue entièrement nue à ses côtés. Il faut même couper quelques mèches de cheveux pour aider la belle à se dégager. Elle s’habille avec une telle hâte qu’elle en oublie son corset – que Le Gall conservera galamment en souvenir. On jette un manteau sur les épaules de la visiteuse pour la faire disparaître au plus vite, et on appelle un médecin. Prévenue du drame, Mme Félix Faure envoie également quérir l’abbé Herzog, curé de la Madeleine, pour administrer les derniers sacrements à son mari. Le bruit courra que, sans attendre son arrivée, on avait interpellé un prêtre de passage devant l’Élysée qui, en gravissant les marches du perron, aurait demandé : « Le président a-t-il encore sa connaissance ? – Oh ! non, monsieur le curé. On l’a fait partir par la petite porte », aurait répondu le planton... Ce président n’a rien accompli d’extraordinaire sauf de s’opposer à la révision du procès d’Alfred Dreyfus, d’ailleurs le fameux « J’accuse... ! » de Zola s’adresse à lui. Personne ne le regrettera beaucoup, mais il possède tout de même une belle avenue parisienne et une station de métro à son nom.
Quant aux réflexions qui suivirent son décès, elles furent cruelles. Un journal écrit : « M. Félix Faure a disparu en pleine santé, par le fait même de l’excès de sa santé. Sa mort sans souffrance a été à l’image de sa vie heureuse. » Clemenceau ajoute : « Faure est retourné au néant, il a dû se sentir chez lui. Il a voulu vivre César et il est mort Pompée. » Quant à Marguerite Steinheil, on ne sait pas ce qu’elle devint, mais cette histoire fut l’objet de multiples railleries et la pauvre femme fut longtemps surnommée « la pompe funèbre ». Et madame Faure de répondre « of corse(t) ».
Sources principales :
monsieur-biographie.com
herodote.net ; lepoint.fr

