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À La Une - La bonne nouvelle du lundi

Salon du livre francophone de Beyrouth : une réussite, contre vents et marées

Coupures d'électricité, crise économique, malaise social, clivages politiques accrus... Face à l'ambiance générale quelque peu délétère, L'Orient-Le Jour se lance un défi : trouver une bonne nouvelle chaque lundi.

Le Salon du Livre francophone 2012 a accueilli plus de 50 000 visiteurs, soit une fréquentation plus élevée que l'année précédente.

Ils s’attendaient au pire. Avec un attentat à la voiture piégée perpétré en plein cœur de la capitale libanaise le 19 octobre, soit quelques jours seulement avant l'ouverture du Salon du livre francophone de Beyrouth, les organisateurs se sont posés, un moment du moins, la question d'une annulation de l'événement. 

 

« Nous nous sommes tous posés des questions sur l’annulation du salon. Mais de manière collective, nous avons décidé de le maintenir. Ce n’était pas une décision évidente, se souvient Aurélien Lechevallier, directeur de l’Institut français du Liban et organisateur du salon. Aujourd’hui, nous ne le regrettons pas ». Au final, peu de désistements ont été enregistrés. Pas plus, en tout cas, que les années précédentes.

 

De fait, le salon 2012, qui a pris fin le 4 novembre dernier, est sinon le meilleur, du moins un bon cru. D'où une certaine surprise et une bonne dose de satisfaction de la part des exposants.

 

« Une auteure française a décommandé sa venue à la dernière minute. A part ça, nous sommes satisfaits et surpris de voir que les gens étaient au rendez-vous », indique Joanna el-Mir, éditrice jeunesse chez Samir Éditeur.

« Au vu de la situation, c’est un très bon salon, estime elle aussi Sabine Abi Dergham, responsable des éditions Dergham. On s’attendait à ce qu’il n’y ait personne ou que le salon soit purement et simplement annulé ».

 

Tania Hadjithomas Mehanna, directrice des éditons Tamyras, est quant à elle carrément enthousiaste : « C’était un super salon ! ». « C'était très bien ! Mieux que l’année passée !, renchérit Raymonde Daou, de la librairie Stephan. Les signatures ont attiré beaucoup de monde, surtout les auteurs jeunesse comme Zep ou Camille Dubois ».

 

« Sur le plan commercial, au niveau des ventes, nous sommes plutôt satisfaits, se réjouit également Malaké Chaoui, directrice de la librairie francophone chez Antoine. C’est un peu inattendu ! ».

« En fin de compte, le salon n’est pas si mauvais, compte tenu de la situation sécuritaire et économique. Les gens n’ont pas d'argent, c’est déjà bien qu’ils aient pu acheter quelques livres. Et nous avons même enregistré 10% de hausse par rapport aux ventes de l’année dernière ! », relève pour sa part Michel Choueiri, directeur de la librairie el-Bourj.

 

De fait, le public était au rendez-vous du Salon du livre francophone 2012. Le soir de l’inauguration, le 26 octobre au Biel, soit une semaine exactement après l’attentat qui a coûté la vie à Wissam el-Hassan, chef des renseignements de la police, plus de 500 personnes se sont déplacées. « C’est beaucoup plus élevé que l’année passée, précise Aurélien Lechevallier. Ce soir-là, on a senti une grande émotion dans le public, on a compris que ça répondait à un désir de voir l’événement maintenu malgré tout ».

 

Et le public a répondu présent tous les jours. « On a équilibré la programmation du salon pour qu’il y ait aussi des manifestations attractives en cours de semaine, comme la visite de l’Académie Goncourt, invitée d’honneur du salon, ou l’annonce du prix du choix de l’Orient qui a eu lieu un mercredi. Cela a créé une belle dynamique ».

 

Au total, plus de 50.000 personnes, dont 20.000 écoliers venus de tout le pays, ont déambulé dans les allées, assisté aux conférences, lectures, tables rondes, dédicaces...

 

Environ 20.000 écoliers venus de tout le Liban se sont rendus au Salon du Livre cette année. (Photo Michel Sayegh/OLJ)

 

Pour Tania Hadjithomas Mehanna, qui a vendu de 30 à 40% de plus que l’année dernière, ce succès montre la résilience des Libanais, qui ont fait passer un message très fort. « Les gens ont transformé l’abattement en enthousiasme en participant à cet événement culturel. Ils ont sans doute aussi fait le déplacement parce que, vu la situation actuelle, il n’y a pas beaucoup d’autres manifestations similaires ».

 

Aurélien Lechevallier abonde dans son sens : « Après l’attentat, le public a voulu se retrouver autour d’un événement fédérateur, pacifique, culturel, qui montre une autre image du Liban, une image d’ouverture sur le monde, d’échange et de partage avec les pays de la francophonie, l’image d’un pays qui croit à l’éducation, à la jeunesse, à la culture… On l’a senti dans l’état d’esprit du public et des exposants ».

 

De l’avis des exposants justement, la réussite de cette année tient aussi à la qualité des auteurs invités, la venue des membres de l’Académie Goncourt (en particulier celle de Bernard Pivot !), la remise du prix du Choix de L’Orient à Mathias Enard, présent à Beyrouth…

 

Les organisateurs avaient en effet tenu à célébrer comme il se doit le 20e anniversaire du salon. « Création d’un nouveau logo, réalisation de l’affiche par des artistes libanais, développement de partenariats avec les médias… Nous avions fait un gros effort sur la communication et le changement d’identité visuelle », explique Aurélien Lechevallier.

 

Avec un résultat qui ravit sa collègue Marielle Salloum, chargée des relations presse à l’Institut français. « Le salon a bénéficié d’une couverture médiatique inédite, beaucoup plus importante que l’année dernière. Et il n’a suscité aucune critique négative dans la presse, contrairement aux années précédentes ».

 

Pas question pour autant de se reposer sur ses lauriers. Sitôt l’édition 2012 terminée, les équipes de l’Institut français ont commencé à réfléchir sur celle de l'année prochaine. « Nous envisageons, pour le salon 2013, trois orientations importantes : accroître l'envergure internationale de l’événement, se tourner vers les nouvelles technologies (avec le numérique, les tablettes) et renforcer la dimension professionnelle du salon avec des discussions entre éditeurs et diffuseurs…, dévoile Aurélien Lechevallier. Alors, préparez-vous pour l’année prochaine ! ».

 

 

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