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Nos lecteurs ont la parole

II.- Où vont la région et le Liban ?

Ibrahim TABET
Il est top tôt pour entrevoir l’avenir du printemps arabe. La région traverse en effet une période de transition qui peut aussi bien déboucher sur un hiver islamique ou une consolidation de la démocratie dans les pays qui ont connu des élections libres (Tunisie, Égypte et même Libye si elle parvient à surmonter ses divisions tribales et régionales). Tout ce qu’on peut dire, c’est que rien ne sera plus comme avant (voir L’Orient-Le Jour du mercredi 14 novembre 2012).
Cette vague de soulèvements rappelle celui des démocraties populaires et le printemps des peuples en 1848 en Europe. Contrairement à la «Nahda» restreinte à une élite et aux pronunciamientos militaires coutumiers de la région, il correspond à une lame de fond populaire traduisant de profondes mutations démographiques socio-économiques et culturelles, amplifiée par les nouveaux moyens de communication, notamment les réseaux sociaux. On peut regretter qu’en Tunisie et en Égypte, les régimes autoritaires en place aient été remplacés par des régimes islamistes. Mais ce point négatif est largement compensé par le réveil des populations qui ne sont plus disposés à subir passivement comme par le passé des pouvoir autoritaires et corrompus. Et comme les islamistes au pouvoir ne manqueront probablement pas de décevoir les attentes des électeurs, les partis laïcs et la société civile n’ont pas dit leur dernier mot.
Les autres motifs d’inquiétude ne manquent pas: crainte concernant le sort des minorités, celui des chrétiens de Syrie qui risquent de subir le destin tragique de leurs coreligionnaires irakiens, ce qui pousse nombre de chrétiens syriens et libanais, laïcs et religieux, à prôner une alliance des minorités; et, dans une moindre mesure, celui du sort des coptes d’Égypte qui ne font pas face à une menace existentielle et dont seul le statut pourrait être affecté par l’islamisation du pays. Crainte d’une frappe aérienne israélienne contre les installations nucléaires iraniennes qui aurait des conséquences dévastatrices pour le Liban, bien que le scénario d’une solution négociée favorisée par l’efficacité des sanctions contre l’Iran de doive pas être écarté. Enfin et surtout, craintes concernant la guerre civile en Syrie. À moins d’une hypothétique solution politique, et même si le régime Assad est condamné à plus ou moins long terme, celle-ci a tout l’air de s’installer dans la durée. Avec comme conséquence une division de facto du pays en zones alaouite, sunnite, kurde et peut-être druze, et mêmes en îlots contrôlés par des milices extrémistes salafistes ou mafieuses, accompagnée d’un surcroît de victimes, de chaos, de destructions et de haine vengeresse. Elle risque de plus d’avoir des répercussions sur les pays voisins : en particulier Irak et, dans une moindre mesure, la Turquie et le Liban. L’Irak parce que les sunnites, qui ont été écartés du pouvoir par les chiites après la faillite de la prétention américaine d’instaurer la démocratie par la force, ne manqueront pas de tenter de le reconquérir en cas de victoire de leurs coreligionnaires en Syrie, ce qui augure de la recrudescence de la violence dans ce pays. La Turquie à travers l’émergence probable d’une nouvelle entité autonome kurde jouxtant celle existant en Irak. Le Liban car, même si le scénario d’un nouvel embrasement généralisé est à écarter, aucune partie n’y ayant intérêt, la tension politique et les incidents sécuritaires risquent d’augmenter. D’un coté, en effet, le camp du 14 Mars mise sur un affaiblissement et même un changement à terme de régime en Syrie pour accentuer sa pression sur le Hezbollah. Et de l’autre, celui-ci pourrait être tenté de compenser la perte probable de l’appui de la Syrie qui constitue sa base arrière pour renforcer son emprise sur l’État libanais. De toute façon, au vu du rapport de force actuel, on ne voit pas pourquoi il consentirait à renoncer à son armement qui s’est transformé en outil au service de ses ambitions hégémoniques sur la scène locale, ou à son autonomie de décision militaire, sans compensations politiques. En définitive, l’issue du bras de fer entre les acteurs locaux du jeu politique libanais dépendra comme d’habitude moins d’eux que de leurs parrains étrangers et du contexte régional.

Ibrahim TABET
Il est top tôt pour entrevoir l’avenir du printemps arabe. La région traverse en effet une période de transition qui peut aussi bien déboucher sur un hiver islamique ou une consolidation de la démocratie dans les pays qui ont connu des élections libres (Tunisie, Égypte et même Libye si elle parvient à surmonter ses divisions tribales et régionales). Tout ce qu’on peut dire, c’est que rien ne sera plus comme avant (voir L’Orient-Le Jour du mercredi 14 novembre 2012). Cette vague de soulèvements rappelle celui des démocraties populaires et le printemps des peuples en 1848 en Europe. Contrairement à la «Nahda» restreinte à une élite et aux pronunciamientos militaires coutumiers de la région, il correspond à une lame de fond populaire traduisant de profondes mutations démographiques socio-économiques et...
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