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Le commencement du monde fini

Souvenir d’un court séjour à Amman. Impression d’une ville pudique, attachée à ses traditions, à cheval sur ses valeurs. L’une des premières cités habitées sans interruption de l’histoire humaine, Amman tire beaucoup d’orgueil de son histoire et de son patrimoine. Les racines, c’est clair, sont solides. Certains aspects de la vie sociale ne manquent pourtant pas d’étonner l’étranger. Ainsi, lors de ma visite, à une époque de l’année – au tout début de l’été, où les étudiants venaient d’obtenir leurs diplômes de fin d’études, on pouvait croiser des familles entières, grands-parents, oncles et tantes compris, dans les soirées de célébration organisées par les jeunes. En comparaison avec Beyrouth où les adolescents fêtent ces choses entre eux, c’était pousser un peu trop loin l’esprit grégaire. Dans la sphère publique, il est d’ailleurs rare de trouver un établissement servant de l’alcool. Il existe bien un bar, quelque part sur un rooftop, mais l’ambiance n’y est pas. On boit, mais personne ne danse. La musique est en sourdine et un écran de dimension respectable diffuse...les informations de CNN. Comme un malaise ? En tout cas le sentiment inconfortable d’un décalage entre la croissance affichée depuis quelques années, une accélération de la modernité et une certaine difficulté de la société à s’y adapter. Pourtant, fiers de leurs gratte-ciel en construction, des centres commerciaux flambant neufs et du luxe qui gagne leur métropole, les Jordaniens se réjouissaient à l’idée que l’antique Philadelphie se donne des airs de Dubaï.
Ce ne sont pas les révolutions qui produisent les changements, mais les changements qui déclenchent les révolutions. Beyrouth a été la première ville arabe à imploser sous l’effet de la modernisation. Dès la fin des années 50, les gens des campagnes venus dans la capitale en quête de travail se sont trouvés confrontés à un univers radicalement différent du leur, avec sa liberté, sa légèreté et ses excès. Démographes et sociologues n’hésitent pas aujourd’hui à mettre au moins l’un des facteurs de la guerre du Liban sur le compte de ce choc des civilisations. Ce siècle a bientôt 13 ans. Pas besoin de fables futuristes pour constater qu’il s’agit bien de la fin du monde connu. Les modèles traditionnels de gouvernance comme de gestion économique se révèlent inefficaces, confrontés aux changements de mœurs et de mentalités, à l’accroissement de la population mondiale, à l’épuisement des ressources, à l’appauvrissement de la classe moyenne qui entraîne dans sa chute de plus pauvres encore. Le monde entier frémit d’un mal-être qui se traduit par une colère dont l’objet est encore confus. Mardi soir à Amman, on a entendu des manifestants réclamer ouvertement le départ du roi Abdallah. C’est bien la première fois en plusieurs mois de troubles modérés qu’une telle revendication se fait jour. Hier, un journaliste du New York Times s’interrogeait à cet égard sur le sort des monarchies arabes, après la chute des pseudo-démocraties. Domino ou pas, une chose est sûre, nous vivons une époque qui exige de l’imagination. Une qualité dont dépendra la survie de tout régime dans notre partie du monde.
Souvenir d’un court séjour à Amman. Impression d’une ville pudique, attachée à ses traditions, à cheval sur ses valeurs. L’une des premières cités habitées sans interruption de l’histoire humaine, Amman tire beaucoup d’orgueil de son histoire et de son patrimoine. Les racines, c’est clair, sont solides. Certains aspects de la vie sociale ne manquent pourtant pas d’étonner l’étranger. Ainsi, lors de ma visite, à une époque de l’année – au tout début de l’été, où les étudiants venaient d’obtenir leurs diplômes de fin d’études, on pouvait croiser des familles entières, grands-parents, oncles et tantes compris, dans les soirées de célébration organisées par les jeunes. En comparaison avec Beyrouth où les adolescents fêtent ces choses entre eux, c’était pousser un peu trop loin...
commentaires (7)

Le tour de tous viendra. Chacun en son temps. C'est la règle du JEU... Démocratie partout...

SAKR LEBNAN

11 h 10, le 15 novembre 2012

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Commentaires (7)

  • Le tour de tous viendra. Chacun en son temps. C'est la règle du JEU... Démocratie partout...

    SAKR LEBNAN

    11 h 10, le 15 novembre 2012

  • Oui, sans nul doute, excellent. Mais quelle lecon pouvons-nous en tirer au Liban? Si les cadres entre les deux pays different, le fond reste le meme. Independamment du manque d'affinite entre les divers groupes sociaux qui peuplent la Jordanie a l'heure actuelle, il existe un denominateur commun entre ces groupes qui enfle et acquiert plus d'importance a mesure que le cout de la vie augmente, les inegalites sociales apparaissent au grand jour, les revenus de l'Etat sont detournes, et le manque de communication effective entre les Autorites et les citoyens prend de l'ampleur.Ce meme phenomene qui a ete a l'origine des revoltes en Tunisie, en Egypte, au Yemen, en Libye et en Syrie va-t-il se manifester a present en Jordanie? J'espere de tout coeur que ceci ne soit pas le cas.Pour nous, Libanais, et pour nos dirigeants, esperons que ceci nous serve de lecon.Seule la participation bien comprise peut nous sortir du cycle infernal dans lequel nous sommes entraines partout au Moyen-Orient.

    George Sabat

    09 h 58, le 15 novembre 2012

  • Quand l’imagination tourne au drame bonjour les dégâts et adieu démocratie ou monarchie arabe . Vraiment triste Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    08 h 44, le 15 novembre 2012

  • Ils "COMPLEXENT" pleins de "monde".... e.g. comme à Amman mahééék tel que si bien décrit ici ; ces PRINCES Sunnites ARABES du Golfe Arabique !

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    07 h 57, le 15 novembre 2012

  • La véritable révolution arabe ne commencera que quand les monarchies"démocratiques du désert" se seront évanouies dans les sables tourbillonnants du désert. Pas avant. Et le reste suivra inéluctablement.

    Jaber Kamel

    06 h 55, le 15 novembre 2012

  • Ayant vecu plus que deux ans a Amman, je peux exprimer sans hesitation que la Jordanie n'est pas un pays, que Amman n'est pas une capitale, et que le peuple Jordanien est en effet deux peuples: les bedouins d'un cote et les Palestiniens de l'autre, qui s'evitent soigneusement et se haissent avec passion. Ajouter a cela 400.000 Irakiens deplaces, que tout le monde hait, et qui ne retourneront plus chez eux... Certains habitants de la capitale se croient vivre a Manhattan, d'autres dans une extension en beton de leurs tentes ancestrales. les Islamistes radicaux gangrennent tout le monde, les services secrets sont partout, et le Roi cherche a etre le lien (bien artificiel) entre toutes ces peuplades... le domino est en place pour s'ecrouler...

    Gerard Avedissian

    05 h 55, le 15 novembre 2012

  • "Ce ne sont pas les révolutions qui produisent les changements, mais les changements qui déclenchent les révolutions. Beyrouth a été la première ville arabe à imploser sous l’effet de la modernisation. Les gens des campagnes venus dans la capitale en quête de travail se sont trouvés confrontés à un univers radicalement différent du leur, avec sa liberté et sa légèreté. Démographes et sociologues n’hésitent pas à mettre l’un des facteurs de la guerre du Liban sur le compte de ce choc des civilisations." ! Plus Clairvoyant que ça en tous points tu meurs, chez Mme. Fifi ABOU DIB dans sa Compréhension Globale de toute cette période Printanière de bouleversements actuels.... E x c e l l e n t !

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    19 h 36, le 14 novembre 2012

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