Une bouche de métro fermée hier à Athènes, pour cause de grève. John Kolesidis/Reuters
Les économies de 18 milliards d’euros que la Grèce a été contrainte de voter, afin de s’assurer de la poursuite des versements de prêts internationaux, ont coûté sept défections de parlementaires opposés aux nouvelles coupes dans les retraites et les salaires, à la coalition gouvernementale tripartite composée de la Nouvelle démocratie (droite), du Pasok (socialistes) et de la Gauche démocratique Dimar. Le député conservateur et les six socialistes récalcitrants ont été immédiatement radiés de leurs groupes parlementaires respectifs. Trois autres députés avaient déjà déserté pendant l’été. Du coup, de 179 après l’élection en juin, le gouvernement grec ne peut plus s’appuyer que sur une majorité de 169 (126 Nouvelle démocratie, 27 Pasok et 16 Dimar). Une majorité fragile, l’adoption du plan d’économies s’étant faite à trois voix près, avec 153 députés sur 300. Quatorze députés Dimar se sont abstenus et deux ont voté contre – après avoir prévenu – pour s’opposer aux mesures sur la dérégulation du travail.
« Les mesures sont passées, mais les difficultés commencent tant pour les citoyens qui doivent faire face à des bouleversements considérables (dans leur vie quotidienne) que pour le gouvernement », commentait le quotidien Ta Nea hier. « Le gouvernement est face à deux enjeux : le premier est de s’assurer du versement imminent de la tranche de 31,2 milliards d’euros du prêt UE-FMI et le second est de faire redémarrer l’économie. Le gouvernement ne pourrait plus tenir si les créanciers réclamaient plus d’économies », souligne Ta Nea (centre-gauche).
« Le gouvernement de coalition a atteint son principal objectif, celui de faire passer ces mesures, ce qui est évidemment un test réussi qui prouve la cohésion de la coalition », a renchéri Vassiliki Georgiadou, politologue à l’université de Panteion à Athènes. Cette coalition, qu’elle qualifie de « mariage forcé », a « prouvé qu’elle peut fonctionner malgré le manque de tradition de gouvernement de coalition dans la récente histoire politique grecque », a ajouté Mme Georgiadou. « Le test politique pour le gouvernement sera le vote dimanche du budget 2013, qui est traditionnellement un vote de confiance au gouvernement », a-t-elle dit.
Syndicats
Le dirigeant du Dimar, Fotis Kouvelis, a déjà annoncé son soutien au gouvernement sur le budget, prônant la discipline budgétaire pour sortir la Grèce de la crise et s’assurer de la poursuite des versements des prêts. Si la cohésion des alliés gouvernementaux semble assurée dans l’immédiat, la contestation dans la rue, qui a fait se rassembler à Athènes plus de 70 000 manifestants mercredi soir à l’appel des syndicats du privé GSEE et de l’Adedy, ne semble pas s’atténuer. Tout en reconnaissant « la fatigue et le désespoir » des Grecs après trois ans d’austérité et des dizaines de grèves, le président de la GSEE, Yannis Panagopoulos, estime que toutes les mobilisations depuis 2010 ont contribué « à retarder les mesures et à faire connaître dans le monde les violations du droit social » en Grèce. « Outre le recours à la justice grecque et à l’Organisation internationale du travail (OIT), nous allons recourir à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour violation de la liberté des négociations des conventions collectives et des droits sociaux », a dit M. Panagopoulos.
En coordination avec la Confédération syndicale internationale (CSI), M. Panagopoulos s’apprête à « une mobilisation internationale contre l’anticonstitutionnalité d’une série de mesures adoptées depuis 2010 compromettant les droits sociaux ».
Pression
Après l’adoption de ce nouveau paquet « douloureux » d’austérité, selon le Premier ministre conservateur Antonis Samaras, le quatrième depuis le début de la crise en 2010, la Grèce espère toujours recevoir un feu vert le 12 novembre, au cours de la réunion des ministres des Finances de la zone euro, au déblocage de la tranche vitale, dont le versement est retardé depuis juin.
« La Banque centrale européenne (BCE) salue le résultat du vote hier », a déclaré pour sa part son président Mario Draghi. « C’est un pas important franchi par le gouvernement grec et les citoyens grecs. Cela représente un réel progrès par rapport à il y a quelques mois », a-t-il ajouté. Pour autant, la BCE ne peut pas aider la Grèce à sortir de la nasse financière dans laquelle elle se trouve, a-t-il signifié, renvoyant Athènes, qui aimerait bien que l’institution monétaire renonce au remboursement des obligations grecques en sa possession, vers ses partenaires européens. « Cela s’apparenterait à du financement monétaire (...) ce que nous ne pouvons pas faire », a déclaré M. Draghi, rappelant que les statuts de la BCE lui défendent de financer les déficits publics des 17 États ayant l’euro pour monnaie commune. En revanche, a-t-il dit, ces États peuvent renoncer aux bénéfices retirés de ces obligations, et qui leur sont redistribués par la BCE, pour les offrir à la Grèce.
Or certains partenaires d’Athènes, et en particulier l’Allemagne, ne semblent pas prêts à se montrer davantage magnanimes, tout en assurant de leur volonté de maintenir la Grèce dans leurs rangs. Pour Berlin, il n’est pas question d’une solution impliquant de remettre à nouveau au pot, après les milliards d’euros déjà consentis à Athènes. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a refroidi les attentes grecques hier, en affirmant qu’il n’attendait pas d’accord entre la Grèce et ses créanciers « dans les prochaines semaines ».
Le porte-parole de la Commission européenne a lui aussi salué le vote, mais a insisté sur le vote dimanche du budget 2013 en Grèce, qui sera selon lui également « crucial pour permettre à l’Eurogroupe de lundi d’avancer dans les discussions ».
(Source : AFP)


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