Le Parlement portugais a adopté hier la proposition de budget pour 2013 en dépit d’un mécontentement populaire grandissant. Francisco Leong/AFP
Les seules voix de la coalition gouvernementale ont suffi à approuver le texte en première lecture, même si l’ensemble de l’opposition, des socialistes à l’extrême gauche, a voté contre.
Des manifestations ont eu lieu dès l’issue du vote des députés, en face de l’Assemblée, à l’appel de mouvements de citoyens puis des syndicats, qui entendent dénoncer ce nouveau train de mesures de rigueur.
Afin de ramener le déficit public à 4,5 % du PIB en 2013, contre un objectif de 5 % cette année, l’exécutif prévoit un train d’austérité d’un montant de 5,3 milliards d’euros, obtenus à 80 % par une hausse généralisée des impôts.
Cet effort de redressement correspond à 3,2 % du PIB, afin notamment de tenir compte des effets d’une récession économique estimée à 1 % du PIB, après le recul de 3 % attendu cette année.
La tâche du gouvernement s’annonce donc difficile, malgré l’assouplissement de ses objectifs budgétaires négocié en septembre avec ses créanciers, l’Union européenne et le Fonds monétaire international, dans le cadre du plan d’aide de 78 milliards d’euros accordé au Portugal en mai 2011.
« Le budget est très exigeant et demande de lourds sacrifices aux Portugais », a reconnu le Premier ministre Pedro Passos Coelho. Mais « il sert l’objectif vital de mener à bon port notre programme d’ajustement », a-t-il assuré lors du débat parlementaire consacré à la loi de finances, dont la version définitive sera votée à la fin novembre.
« C’est un budget voué à l’échec », a rétorqué le secrétaire général du Parti socialiste, Antonio José Seguro, dénonçant une « austérité à outrance » et des prévisions économiques trop optimistes.
Ce rejet des socialistes porte un coup dur au consensus qui rassemblait les principales forces politiques autour du plan d’aide international, un atout maintes fois souligné par les bailleurs de fonds du pays.
« Les risques pesant sur les objectifs du programme se sont nettement accrus », et « la résistance politique et sociale à l’ajustement a augmenté », s’inquiétait le FMI la semaine dernière.
De plus en plus isolé, le gouvernement a subi les critiques de nombreux économistes et éditorialistes, y compris d’importantes personnalités de droite, selon lesquels ce budget est trop axé sur la hausse des impôts et aura des effets dévastateurs sur un plan économique et social.
Le Premier ministre a expliqué que ce déséquilibre du côté des recettes découlait du fait que les réductions des dépenses de l’État avaient atteint leur limite. Pour « éviter au Portugal de demander un second plan d’aide », M. Passos Coelho a défendu une « réforme ambitieuse » des fonctions de l’État, censée réduire de 4 milliards d’euros supplémentaires les dépenses d’ici à 2014.
« Seules des mesures d’économie durables éviteront des impôts indésirables », a abondé son partenaire de coalition et ministre des Affaires étrangères, Paulo Portas, invitant les socialistes à contribuer à cette réforme.
Dans la rue, le mécontentement devient chaque jour plus palpable face à une politique de rigueur qui entraînera l’an prochain un taux de chômage record de 16,4 %, selon les prévisions officielles.
Après avoir mobilisé plusieurs centaines de milliers de personnes à la mi-septembre, plusieurs groupes citoyens du Mouvement des indignés ont appelé à un rassemblement devant le Parlement pour dénoncer des coupes budgétaires jugées « criminelles ». La CGTP, principale confédération syndicale du pays, a également convoqué une manifestation au même endroit. La centrale a déjà lancé un appel à la grève générale pour le 14 novembre, une journée de mobilisation contre l’austérité qui s’étendra à d’autres pays européens dont l’Espagne voisine.
(Source : AFP)


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