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Nos lecteurs ont la parole

Cher Monsieur le Politicien

Par Soraya HATEM
J’ai 22 ans. Je suis une fille, je suis libanaise et voilà ce que je sais :
Je ne suis rien, je ne suis personne, personne que vous connaissez, et personne qui va vraiment changer quelque chose. Je sais que je suis née dans ce pays, que ma mère et mon père m’ont éduquée dans ce pays. Je sais que ma mère est musulmane et que mon père est chrétien, je sais que la religion n’a jamais été un problème dans ma vie.
J’ai été à l’école à Beyrouth, j’ai été a l’université à Beyrouth, j’ai fait tous mes amis à Beyrouth, je suis tombée amoureuse à Beyrouth. J’ai perdu ma mère à Beyrouth, j’ai perdu ma meilleure amie à Beyrouth, j’ai perdu mon petit cousin à Beyrouth, j’ai perdu mon oncle à Beyrouth. J’ai passé les moments les plus tristes de ma vie à Beyrouth et j’ai passé les plus beaux moments de vie à Beyrouth.
Vous voyez ? Je suis tout a fait comme vous. Beyrouth sait tout de moi. Les rues d’Achrafieh connaissent tous mes petits secrets. J’ai passé ma vie dans les ruelles d’Achrafieh, Hazmieh, Baabda, Broummana, Baabdate, Faraya, Faqra, Jbeil, Batroun, Hamra, Raouché, Verdun... Je sais bien que ce n’est pas tout le Liban, mais ce sont les rues que je connais par cœur et qui me connaissent.
Je pensais que cette guerre ne m’affectait pas. Je ne lui donnais aucune importance. Je pensais que cette guerre ne changeait rien à ma vie. Je n’aime pas la politique. Je ne la comprends pas entièrement. Mais si je vous écrit aujourd’hui, c’est parce que je me retrouve blessée et que j’ai mal.
Je veux prendre contact avec vous. Vous, les politiciens de mon pays. Est-ce que l’un de vous peut me regarder dans les yeux et me dire que je suis en sécurité ? Pouvez-vous me dire que rien ne peut m’arriver ? S’il vous plaît, regardez-moi, et dites-moi que j’ai un avenir si je reste dans mon pays. Dites-moi que vous n’avez pas peur pour vos enfants. Dites-moi que je pourrais prendre soin de mon père dans mon pays. Dites-moi que je peux avoir un travail et faire de l’argent dans mon pays. Regardez-moi dans les yeux et dites-moi que je trouverais l’homme de ma vie, que je tomberais amoureuse encore une fois et que je fonderais une famille dans mon pays. Dites-moi que mes enfants seront capable de visiter la tombe de ma mère dans mon pays. Pouvez-vous me regarder droit dans les yeux, et me le dire mes grands messieurs ? Pouvez-vous me dire que je suis en sécurité ?
Je ne suis qu’une fille, je n’ai que 22 ans et je sais que mes mots ne vous touchent probablement pas. Mais je suis supposée être l’avenir de ce pays, je suis celle qui grandit dans ce pays, je suis la prochaine génération du pays ; et j’ai peur. Je ne veux pas mourir pour mon pays. Je veux vivre dans mon pays. Traitez-moi d’ignorante mais beaucoup sont morts pour ce pays... Qu’est-ce que cela a apporté, à part plus de mal et de peur ?
Que faites-vous de mon Beyrouth ? Pourquoi est-il noir et terrifiant ? Pourquoi est-ce que mon cœur est si lourd ? Répondez-moi. Regardez-moi. Je ne suis qu’une jeune fille qui veut croire en la paix, qui veut croire que tous les hommes ne sont pas des monstres, je veux croire... Mais vous rendez cela impossible.
Je ne suis rien ni personne, mais je suis la jeunesse, je suis votre fille, je suis votre nièce. Je suis celle qui mange dans les restaurants, qui boit dans les bars, qui skie sur les pistes, qui nage dans la mer. Je suis celle qui sourit, celle qui rigole, qui fait du bruit, qui s’amuse... Je suis celle qui grandit.
Regardez-moi, je vous en prie. Donnez-moi une raison. Dites-moi pourquoi ?
Cela vous cause-t-il du souci ? Est-ce que ce que je dis vous intéresse ? Est-ce que ça vous fâche que j’aie tellement peur ? Est-ce que ça vous fend le cœur que mon espoir disparaît ?
Cher monsieur le politicien, dites-moi que vous n’allez pas détruire mes souvenirs. Dites-moi qu’il y a quelqu’un qui pense à nous. Parce que je n’en ai pas l’impression. Faites que mon Beyrouth arrête de saigner. Faites que mon cœur arrête d’avoir mal.
Je vous en prie
J’ai 22 ans. Je suis une fille, je suis libanaise et voilà ce que je sais :Je ne suis rien, je ne suis personne, personne que vous connaissez, et personne qui va vraiment changer quelque chose. Je sais que je suis née dans ce pays, que ma mère et mon père m’ont éduquée dans ce pays. Je sais que ma mère est musulmane et que mon père est chrétien, je sais que la religion n’a jamais été un problème dans ma vie.J’ai été à l’école à Beyrouth, j’ai été a l’université à Beyrouth, j’ai fait tous mes amis à Beyrouth, je suis tombée amoureuse à Beyrouth. J’ai perdu ma mère à Beyrouth, j’ai perdu ma meilleure amie à Beyrouth, j’ai perdu mon petit cousin à Beyrouth, j’ai perdu mon oncle à Beyrouth. J’ai passé les moments les plus tristes de ma vie à Beyrouth et j’ai passé les plus beaux...
commentaires (2)

Chère Soraya, Ces mots touchants, écrits avec toute la fougue de ta jeunesse, des larmes et du sang, cela fait 35 ans et bien de générations avant toi qu’ils ont été pensés, écrits et …ignorés. On avait ton âge et même un peu plus jeune quand on a été plongé dans ce cauchemar interminable et qu’on demandait à nos politiciens de jadis, les papas, les grand papas et peut être même les arrières grand papas de ton politicien d’aujourd’hui ; si cela aller s’arrêter, si un jour on allait vivre dans une vraie paix, si on pouvait un jour espérer dans un avenir meilleur ou même dans un avenir tout court. Hélas comme tu l’as constaté, aucun ne nous encore donné de réponse. Tous s’en foutent… Mais on va continuer à vivre, rêver, travailler, rire, sourire, aimer, pleurer etc. dans notre Liban. Sans se soucier de la réponse qu’on n’aura jamais. Ce pays est notre enfant, il a beau avoir tous les défauts du monde, on le détestera parfois mais on l’aimera toute notre vie et on ne le quittera jamais, on ne se défait jamais de son propre sang. Vas y Soraya, fonce dans ta ville et dans la vie sans peur et pleine d’espoir, « ici tu es chez toi, ici tu es le roi ».

Nadine N

10 h 22, le 31 octobre 2012

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Commentaires (2)

  • Chère Soraya, Ces mots touchants, écrits avec toute la fougue de ta jeunesse, des larmes et du sang, cela fait 35 ans et bien de générations avant toi qu’ils ont été pensés, écrits et …ignorés. On avait ton âge et même un peu plus jeune quand on a été plongé dans ce cauchemar interminable et qu’on demandait à nos politiciens de jadis, les papas, les grand papas et peut être même les arrières grand papas de ton politicien d’aujourd’hui ; si cela aller s’arrêter, si un jour on allait vivre dans une vraie paix, si on pouvait un jour espérer dans un avenir meilleur ou même dans un avenir tout court. Hélas comme tu l’as constaté, aucun ne nous encore donné de réponse. Tous s’en foutent… Mais on va continuer à vivre, rêver, travailler, rire, sourire, aimer, pleurer etc. dans notre Liban. Sans se soucier de la réponse qu’on n’aura jamais. Ce pays est notre enfant, il a beau avoir tous les défauts du monde, on le détestera parfois mais on l’aimera toute notre vie et on ne le quittera jamais, on ne se défait jamais de son propre sang. Vas y Soraya, fonce dans ta ville et dans la vie sans peur et pleine d’espoir, « ici tu es chez toi, ici tu es le roi ».

    Nadine N

    10 h 22, le 31 octobre 2012

  • Je ne suis pas politicien,mais un citoyen libanais,triste,in- quiet et révolté comme vous,bien que père et grand-père. Vos paroles sont touchantes parceque sincères et vraies, elles vont droit au coeur, mais c'est à la ''Conscience citoyenne''de nos élus qu'elles devraient s'adresser, sans vouloir vous décevoir, je ne crois pas que cette expression représente grand chose pour bon nombre d'entre eux...! C'est pourquoi je vous dirai, chère Mademoiselle, que la meilleure réponse à vos questions seront celles que vous façonnerez vous-même avec tous les autres citoyens de la Nation, qui comme vous croient à ce Liban où la guerre,les séparations et la mort croisent le fer inlassablement avec une recherche continue de la paix, de la tolérance, de la joie du vivre ensemble et du partage des mêmes bonheurs et des mêmes peines, de la vitalité, de l'hospitalité, en un mot de cette appartenance à une même Histoire et à une même Géographie.Malgré tout cela, vous ne trouverez jamais meilleure identité, alors bonne route...!

    Salim Dahdah

    08 h 36, le 31 octobre 2012

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