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Nos lecteurs ont la parole

La jeunesse, unique recours

Par Mario MACARON
Et voilà que tout recommence... Attentat à la voiture piégée, cible politique, victimes civiles, blessés et dégâts matériels. Nos élus accourent devant les caméras, braquées sur les scènes sanglantes. Tant qu’ils peuvent. Ceux qui s’y sont pris tard attendent leur tour pour se révolter en direct par téléphone.
Le patriotisme ressurgit ; certains accourent aux manifestations ; d’autres, pris d’un élan d’altruisme, se dédient de bonne foi au travail humanitaire qu’imposent les circonstances.
En parallèle, les réseaux sociaux s’activent ; on se console à coups de citations, poèmes et monologues lyriques ; certains expriment leur désespoir, d’autres renouvellent leur détermination. Dépendamment du camp politique, on attaque, justifie ou défend.
Les jours passent, et on reprend notre quotidien, l’esprit confus et envahi par l’instinct de survie. Attentat après attentat, deuil après deuil, déception sur déception, la société libanaise commence de plus en plus à réaliser que le changement est nécessaire. Et pourtant, comment sortir de cette bipolarisation 14 et 8 ? Abstraction faite de ceux qui ont – légitimement – perdu tout espoir, voici quelques options.
« Par les élections législatives », vous répondront les partisans incurables du duo-théisme politique. Certes, avec une loi pour les législatives faite sur – leur – mesure, une réponse pareille est plutôt machiavélique, surtout que la part totale des « indépendants » est toujours minoritaire face aux fanatiques du clientélisme politique.
« Par une révolution populaire », diront les néocommunistes. Bien que séduisant, un tel projet requiert un pourcentage plus éveillé et civilisé au sein de notre société, et notamment apte à l’autodiscipline.
« Par une révolution artistique », proposeront nos artistes. Encore faut-il qu’ils aient le temps de s’exprimer avant que la censure ne se mobilise et défigure leurs travaux.
« Par une révolution culturelle/intellectuelle », vous proposeront les universitaires. Bien qu’à première vue on s’imagine des hippies défilant à Hamra. Pourtant, si on y pense, cela pourrait représenter un sang neuf, celui de la jeunesse libanaise.
En effet, nous ne pouvons pas nier les faits : l’élite de notre société germe et se parfait dans les universités, même si ses membres, certains d’entre eux à tout le moins, s’expatrient juste après. Mais durant le processus de gestation, ils sont là ! Ensuite, s’il revient à une tranche d’âge d’inspirer la politique d’un gouvernement, c’est soit la jeunesse, soit le troisième âge. Et, comme dit le dicton : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. » Mais justement, jeunesse peut !
Les universités libanaises ont presque toutes dans leurs statuts des procédures d’élection de bureaux d’amicales, ce que l’on appelle communément les « délégués ». Des élections qui ont longtemps été le cirque annuel des sondages politiques, animé par du grabuge et applaudi par des conseils disciplinaires désenchantés. Des élections dont le fruit est souvent des organisateurs de soirées et sorties. Et pourtant, Dieu sait à quel point ces élections peuvent changer le cours des événements de notre réalité. On en est au point où le bloc des indépendants est plus puissant que jamais dans les cercles estudiantins. Par indépendant on veut dire pas neutre – luxe qu’on ne peut plus se permettre – mais non relevant des partis politiques d’une autre époque.
Si ces derniers s’organisent en comité et organisent consciencieusement des élections face au fascisme des candidats politisés, ils pourront prendre le contrôle des bureaux des amicales avec des programmes clairement définis. C’est alors que la révolution commencera. Cet agenda n’est évidement pas le leur ; mais c’est selon lui que la jeunesse instruite pourra forcer le gouvernement à agir, qu’elle mobilisera le législateur et qu’elle laïcisera le politicien. C’est ainsi que notre société retrouvera ses repères, c’est ainsi qu’elle l’avait déjà fait. Ne perdons pas de vue que le concept du 14 Mars est l’aboutissement du sacrifice des étudiants de la rue Huvelin des années durant.
Si on y pense, notre jeunesse est effectivement le principal réservoir où puiser des volontaires pour les premières décisions à l’échelle nationale, des donneurs de sang, des bénévoles pour les campagnes alimentaires, des volontaires engagés dans la défense civile; c’est l’ambassadrice du Liban aux quatre coins du monde, c’est le devenir de ce pays. Dans un jeu aussi dangereux que la démocratie, à défaut de voir cette jeune élite libanaise s’unir et prendre les choses en main, agir au lieu de réagir, exploiter son potentiel et son intellect pour ouvrir la voie à un début de changement, une renaissance, notre patrie est hélas condamnée à périr d’une vieillesse morbide.
Et voilà que tout recommence... Attentat à la voiture piégée, cible politique, victimes civiles, blessés et dégâts matériels. Nos élus accourent devant les caméras, braquées sur les scènes sanglantes. Tant qu’ils peuvent. Ceux qui s’y sont pris tard attendent leur tour pour se révolter en direct par téléphone.Le patriotisme ressurgit ; certains accourent aux manifestations ; d’autres, pris d’un élan d’altruisme, se dédient de bonne foi au travail humanitaire qu’imposent les circonstances.En parallèle, les réseaux sociaux s’activent ; on se console à coups de citations, poèmes et monologues lyriques ; certains expriment leur désespoir, d’autres renouvellent leur détermination. Dépendamment du camp politique, on attaque, justifie ou défend.Les jours passent, et on reprend notre quotidien, l’esprit...
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