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Liban

À Achrafieh, « quelque chose s’est brisé »

Reportage Le maire explique aux victimes la démarche préalable à l’indemnisation.
22/10/2012

Achrafieh somnole dans une fausse indifférence et dans le dégoût. La colère de vendredi est devenue apathie. « Le calme après la tempête », estime Hoda, la cinquantaine, faisant son jogging habituel du dimanche sur le trottoir menant à la place Sassine. Les passants sont rares et les restaurants ont choisi de ne pas ouvrir leurs portes à midi. « C’est une période critique », ajoute l’habitante, exprimant dans un sourire discret les attentes qu’elle fonde sur la manifestation, place des Martyrs.


Des attentes pourtant flétries, rue Ibrahim Mounzer, où avait sévi l’attentat à la voiture piégée. Des débris de verre subsistent à l’entrée du site encerclé par l’armée. Parmi les quelque vingt personnes regroupées, Marie Mobayyed, sexagénaire, habitait l’un des immeubles les plus endommagés par l’explosion. « Je vis dans cet immeuble depuis cinquante ans... j’oubliai de dire que j’y suis née aussi », confie-t-elle, les yeux fatigués, rivés sur son patrimoine anéanti. 

Procédure 
Elle écoute en même temps les conseils du maire d’Achrafieh, Antoun Béchara Rizk, présent sur place, et qui coordonne avec les instances étatiques concernées l’indemnisation des victimes. Toutes les victimes désirant obtenir un dédommagement doivent fournir à la municipalité de Beyrouth des documents prouvant leur statut de victime, tel que l’explique Antoun Rizk à L’Orient-Le Jour. « Ceux dont le domicile a été sinistré doivent présenter une pièce d’identité ainsi qu’une copie du titre de propriété ou du contrat de bail ; ceux dont le véhicule a été endommagé doivent fournir une pièce d’identité ainsi que le certificat d’immatriculation (ou papiers du véhicule) », précise-t-il à l’adresse de toutes les personnes concernées.

 

(Lire aussi : Georgette Sarkissian, une mère de 42 ans, troisième victime de l’attentat d’Achrafieh)


Mais l’indemnisation est compliquée et difficile à obtenir, comme l’aura révélé d’ailleurs la catastrophe de l’immeuble de Fassouh dont les habitants n’ont toujours pas été indemnisés par l’État, comme le rappelle Antoun Rizk. Sortant d’une réunion la veille avec les responsables du Haut Comité de secours, il ne cache pas ses doutes sur l’obtention des indemnités, « si les politiques s’acharnent à en récupérer le crédit au point de paralyser le versement ». 

 « Des comédiens ! » 
Marie Mobayyed verse des larmes qui apaisent sa face rougie. « Comment leur fournir les documents requis lorsque ces documents sont dans l’appartement, auquel on est interdit d’accès ? » lance-t-elle d’une voix affaiblie. Leur immeuble presque clivé fait partie des quelques bâtiments du quartier auxquels l’armée interdit l’accès aux habitants, en raison du risque d’effondrement. Émile Mobayyed met alors son bras autour de l’épaule de son épouse Marie et laisse éclater sa colère. Il lance une insulte contre le 8 et le 14 Mars. « De quels responsables politiques me parlez-vous ? Ce sont des comédiens, guidés par les surenchères électorales ! Non, ce sont des moins que rien, des souliers ! » renchérit-il.

 

(Lire aussi : « La nouvelle révolution du 14 Mars sera destructrice pour les Assad... »)


Mais sa rage ne tarde pas à se refroidir. Plus rien ne semble compter, sauf cette « dignité des habitants d’Achrafieh, qui n’ont jamais demandé un sou à personne, pas même en temps de guerre ». Tristesse et colère étouffent toute envie de révolte.


Un jeune couple marié scrute, ému, le lieu de l’explosion. Joe et Michèle avaient pris part aux manifestations de 2005, mais refusent d’y participer aujourd’hui. « Je suis partisan du 14 Mars, mais ce camp manque de vision. Si des jeunes sans agenda politique appellent à la manifestation, j’y prendrai part ! lance Joe. Je me demande toujours comment on doit faire pour provoquer le changement. Mais sans réponse. Aujourd’hui, c’est de plus en plus difficile, d’autant que j’ai des enfants... Nous envisageons sérieusement de voyager. » Un désir de plier bagage également exprimé par deux adolescents, frère et sœur, venus se solidariser avec leur amie syrienne, Mariam, employée dans une boutique soufflée par l’explosion. Pour Tarek, 22 ans, gestionnaire d’un restaurant avoisinant, la décision est déjà prise. « Quelque chose s’est brisé... »

 

 

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