Le ministre français de l’Agriculture Stéphane Le Foll (à gauche) et le directeur général de la FAO, José Graziano da Silva. Andreas Solaro/AFP
Mais cette perspective apparait aux yeux de beaucoup d’experts, au sein même de la FAO, comme un « immense bond en arrière de 40 ans », selon un économiste qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat. Le directeur adjoint de la FAO chargé des marchés, David Hallam, est d’ailleurs apparu plus nuancé que M. Graziano en faisant valoir que « plus vous accroissez la taille des stocks, plus vous augmentez les problèmes de coût, d’administration et de gestion ». « Notre position, assure-t-il, est celle exposée lors du G20 en juin 2011 », lors du sommet des 20 principales économies de la planète, où la FAO avait approuvé le texte final portant sur la création de « stocks à l’échelle locale » prépositionnés dans des pays à risque et à seule visée humanitaire, en cas de crise de production due par exemple à des aléas climatiques, ou de difficultés d’importation. « Nous suivons le débat international en cours. Mais, pour le moment, la FAO ne souhaite pas aller plus loin que le G20 », a conclu David Hallam.
Le représentant américain auprès de la FAO a défendu les mêmes vues hier lors d’une table ronde de haut niveau sur la gouvernance alimentaire mondiale : « Des stocks alimentaires à grande échelle favoriseraient la corruption du système », a estimé David Lane, redoutant qu’ils ne « soient relâchés dans des conditions non transparentes, non prévisibles, sans réduire le nombre des affamés ».
L’idée de ce débat était portée par la France, qui défend l’idée de stocks stratégiques avec des pays comme le Japon, la Corée du Sud ou l’Espagne : « En cas de gros problème sur un marché, si vous n’avez pas de réserve pour compenser les pertes d’offre, vous avez une très forte augmentation des prix. Donc, plus vous êtes en capacité de compenser le manque d’offre, plus vous avez des chances de pallier la volatilité des prix », a indiqué le ministre français de l’Agriculture, Stéphane Le Foll. « Certains pays n’en ont pas envie encore, mais c’est un sujet qui doit être géré et coordonné à l’échelle mondiale », a-t-il jugé, ajoutant : « Il y a encore des pays qui croient que le marché peut s’autoréguler... moi j’y crois avec modération. Et je crois surtout qu’on a besoin d’outils. »
« La suspicion est compréhensible », a relevé pour sa part le rapporteur des Nations unies pour le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, qui se dit favorable à la constitution de ces réserves. « Dans les années 60-70, de nombreux pays entretenaient des réserves utilisées à des fins politiques ou de corruption. » « Mais il s’agit désormais de les concevoir pour répondre aux besoins : on peut imaginer que des stocks constitués au niveau local pourront être activés au plan régional si nécessaire », poursuit-il. Pour M. De Schutter, « il est temps de sortir de l’ambiguïté du G20 qui ne parlait que de stocks d’urgence, prépositionnés dans des régions qui sont en fait en crise permanente ».
(Source : AFP)


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