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À La Une - Syrie

Offensive généralisée contre Homs

L’armée tente de « nettoyer » Qousseir ; au moins 165 morts hier ; la Nobel de la paix Tawakkul Karman dénonce la « paralysie » de l’ONU.

Dans le quartier de Khalidyé, à Homs, le 7 octobre 2012, après les bombardements. REUTERS/Shaam News Network/Handout

L’armée syrienne a lancé une offensive généralisée pour tenter d’annihiler d’ici à la fin de la semaine les poches de résistance à Homs, surnommée par les rebelles « capitale de la révolution ». « L’armée tente de nettoyer les derniers quartiers rebelles de Homs », a ainsi affirmé une source au sein des services de sécurité syriens, avant d’ajouter que « l’armée a également nettoyé des villages autour de Qousseir et essaie maintenant de s’emparer de la ville ». Une autre source de sécurité syrienne a affirmé que l’armée comptait prendre ces deux bastions, distants d’une trentaine de kilomètres, d’ici à la fin de la semaine. « Ensuite, nous nous concentrerons sur le nord de la Syrie », a-t-elle confié.

 

Des militants à Homs ont estimé qu’il s’agissait d’un « assaut sans précédent ». « Les destructions sont énormes, a déclaré un dissident se présentant sous le nom d’Abou Bilal. Si l’armée rentre, ce sera un massacre. »
Encerclée depuis fin 2011, Qousseir, où résidaient avant la révolution 30 000 habitants, est quasiment déserte. « L’armée tente de prendre Qousseir à partir des trois entrées de la ville », a déclaré Hadi el-Abdallah, un membre local de la Commission générale de la révolution syrienne.

Exode
Dans le nord du pays, les troupes syriennes ont à nouveau bombardé Alep, deuxième ville de Syrie et enjeu d’une bataille cruciale depuis mi-juillet, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). L’armée a visé en fin de soirée les quartiers de Tariq el-Bab, Boustane el-Qasr et Kalassé. « Les gens ont peur et ne savent plus où aller », a déclaré Khaled, un père de cinq enfants, qui a fui pendant l’été le quartier de Salaheddine, devenu un champ de bataille. « Maintenant que vient l’hiver, nous sommes encore plus tendus. La situation économique est un désastre. À part pour les fonctionnaires, il n’y a plus de gagne-pain », a expliqué cet homme de 47 ans, réfugié dans les dortoirs de l’université de la ville.


Lors d’une offensive lancée par l’armée loyaliste dans la région de Deraa, vingt personnes ont été tuées dans la ville de Karak el-Charqi, assiégée depuis trois jours par l’armée, a également indiqué l’OSDH.
À Damas, les forces loyales détruisaient des maisons dans les quartiers de Qaboun et Barzé, déclenchant un mouvement d’exode de la population, selon l’OSDH, qui se base sur un large réseau de militants et de médecins sur le terrain.


Les violences en Syrie ont fait au moins 165 morts hier, selon un bilan provisoire de l’OSDH, qui, selon un nouveau décompte, a estimé que les violences à travers le pays ont fait au moins 32 000 morts.
Dans ce contexte de chaos, les rebelles syriens ont repoussé leur menace de tuer des dizaines d’otages iraniens enlevés en Syrie depuis début août, a affirmé hier un porte-parole de l’Armée syrienne libre (ASL). « Des contacts ont été établis avec les autorités turques qui jouent les médiateurs entre l’ASL et les régimes syrien et iranien », a déclaré Ahmad el-Khatib, porte-parole du Conseil militaire de l’ASL pour Damas et sa province. « Si le régime syrien ne libère pas dans les prochaines heures trois filles et deux familles arrêtées à la Ghouta orientale (dans la périphérie ouest de Damas), le groupe qui a capturé les otages pourrait mettre à exécution son ultimatum », a cependant souligné ce porte-parole. Le 5 août, les rebelles avaient diffusé sur Internet une vidéo montrant des ressortissants iraniens enlevés à Damas, les accusant d’être membres des gardiens de la révolution, l’armée d’élite du régime iranien.

Visite surprise
Par ailleurs, Abdel Basset Sayda, le chef du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l’opposition en exil, s’est rendu hier en Syrie, dans la localité syrienne de Bab el-Hawa près de la frontière turque, pour la première fois depuis sa désignation en juin dernier, ont indiqué des responsables de la rébellion, qui ont précisé qu’il y avait rencontré plusieurs responsables de l’Armée syrienne libre (ASL), selon deux de ses leaders. Les chefs des conseils militaires de l’ASL pour les provinces d’Alep et d’Idleb participaient notamment à cette réunion, consacrée en partie à la question du financement et du soutien aux groupes rebelles de ces régions du nord-ouest du pays.

 « Scénarios du pire »
Parallèlement, à la frontière syro-turque, Ankara a riposté pour le sixième jour consécutif à un obus syrien tombé en territoire turc, dans la province de Hatay, a déclaré un responsable turc sous le couvert de l’anonymat. Depuis un bombardement mercredi dernier d’un village frontalier qui a causé la mort de cinq civils turcs, Ankara répond coup pour coup aux tirs syriens, dont l’armée régulière syrienne est tenue pour responsable. À ce sujet, le président turc Abdullah Gül a déclaré hier que « les scénarios du pire » étaient en train de se matérialiser en Syrie voisine et a invité la communauté internationale à agir. Le chef de l’État, qui s’adressait à des journalistes à Ankara, a ajouté que son pays continuerait de faire tout le nécessaire pour protéger ses frontières.

Dangereux
Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a mis en garde contre cette situation. « L’escalade du conflit à la frontière Syrie-Turquie et l’impact de la crise sur le Liban sont extrêmement dangereux », a-t-il poursuivi, avant d’appeler les donateurs à répondre « de manière plus généreuse aux besoins des populations en Syrie et de plus de 300 000 réfugiés dans les pays voisins ».


Peu après, la militante yéménite des Droits de l’homme Tawakkul Karman, prix Nobel de la paix en 2011, a exprimé son « désespoir face à la paralysie internationale » concernant la situation en Syrie, où « des milliers de personnes sont en train de mourir pour leur liberté et leur dignité ». Avant ce discours, M. Ban avait lui-même souligné que « là où les gouvernements échouent à satisfaire leurs obligations au regard du droit international, nous devons leur rappeler de le faire ».


Sur le plan diplomatique, Damas a rejeté une proposition faite par Ankara samedi, consistant en une période de transition dirigée par l’actuel vice-président syrien Farouk el-Chareh, qui remplacerait le président Assad. Cette proposition « reflète un embarras et une gêne politique et diplomatique flagrants », a estimé le ministre de l’Information Omrane el-Zohbi.

 

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