Après l’annonce, lors de la dernière réunion de l’Assemblée des évêques, de son refus d’un retour à la loi de 1960, le patriarcat maronite décidera-t-il quelle est l’alternative garantissant une représentation politique juste et saine des fractions populaires et la parité islamo-chrétienne? Ou bien préférera-t-il afficher une position de neutralité entre les différents leaders politiques pour ne pas être taxé de partialité, ou encore pour se cantonner au statut d’autorité de référence religieuse, qui n’a pas à s’ingérer dans les affaires politiques, surtout en cas de clivages ?
Pour l’instant, Bkerké s’est contenté de dire ce qu’il ne veut pas, sans préciser ce qu’il souhaiterait. Une position pour le moins nouvelle : autrefois, le patriarcat maronite prenait position sur des questions politiques, sécuritaires et économiques, partant de ce qu’il considérait comme étant l’intérêt national des citoyens, par-delà les partis politiques, sans prêter attention aux clivages et surtout sans chercher à consoler qui que ce soit.
Ainsi, le patriarche Hoayek a-t-il opté pour le Grand Liban contre le Petit Liban, sans se soucier des voix chrétiennes qui estimaient à l’époque que cette option conduirait à une réduction de leur rôle.
Le patriarche Arida a pris position en faveur de l’indépendance du Liban et de la fin du mandat français, transcendant le caractère affectif du rapport maronito-français lié aux relations historiques et aux garanties offertes par la France aux chrétiens dans le cadre du système des capitulations.
Le patriarche Méouchi avait appelé les chefs spirituels religieux à prier à Bkerké pour préserver l’unité nationale après la rupture entre pro et antinassériens, ce qui lui avait valu le surnom de « Mohammad Méouchi » de la part de certains radicaux chrétiens.
Le patriarche Sfeir n’a jamais hésité à prendre des positions fermes à chaque fois que le pays était confronté à une crise. Aussi, a-t-il assumé la responsabilité d’entériner l’accord de Taëf malgré toutes les failles et iniquités qu’il comportait, notamment en ce qui concerne la réduction des prérogatives du président de la République.
Malgré cela, Mgr Sfeir avait donné la priorité à la fin des combats fratricides. Il avait ensuite pris la tête de la contestation de l’occupation syrienne, après la non-application de la clause de l’accord de Taëf sur le retrait des forces syriennes. En septembre 2000, le manifeste de Bkerké avait ouvert grande la voie à la formation du Rassemblement de Kornet Chehwane sous l’égide de l’évêque Youssef Béchara et le parrainage du patriarcat.
Le même patriarche Sfeir s’était également opposé aux législatives de 1992, estimant que la loi électorale de l’époque contrevenait à l’accord de Taëf. Il avait aussitôt appelé les leaders libanais, notamment chrétiens, à boycotter les élections, et les électeurs avaient répondu à l’appel : le taux de boycottage avait atteint 85 %. Cela allait à l’encontre de la volonté du pouvoir syrien, qui avait quand même reconnu les résultats des élections et la légitimité des députés élus, quand bien même certains d’entre eux n’avaient été élus qu’avec 45 ou 135 voix.
Et c’est encore le patriarche Sfeir qui avait plaidé en faveur de l’application de la résolution 1559 du Conseil de sécurité dans son intégralité pour que le Liban puisse recouvrer sa souveraineté interne et externe. Dans la foulée, il avait soutenu la révolution du Cèdre, obtenant le retrait militaire et la fin de la tutelle politique syrienne sur le pays. Mais il avait rejeté une insurrection populaire contre le président Émile Lahoud envers et contre le 14 Mars, et s’était opposé à une élection présidentielle à la majorité absolue, estimant qu’un président élu de cette façon ne pourra jamais gouverner.
Le patriarche Béchara Raï prendra-t-il position sur les questions qui divisent les chrétiens, comme la loi électorale, surtout après le rejet de la loi de 1960 ? Pour certains, ce serait s’embarquer dans une logique de partialité. Mais n’est-il pas déjà trop tard, rétorquent d’autres, qui estiment que Bkerké devrait nécessairement se prononcer sur le palliatif, maintenant qu’il s’est déjà aventuré à se prononcer sur le projet de la loi de 1960.
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Pour le CPL, qui s'acharnait contre le Grand Cardinal et Patriarches des Patriarches SFEIR, l'accusant de s'immiscer de politique, on se tait malicieusement aujourd'hui, et on se frotte les mains, avec les déclarations de Raï : 7AKIL HABIB ZBIB, É ?
05 h 09, le 07 octobre 2012