Rechercher
Rechercher

Miséricorde !

Pitié pour votre peuple, s’exclamait lundi, à l’adresse de Bachar el-Assad, un Ban Ki-moon horrifié par l’ampleur du déluge de fer et de feu qui s’abat sans répit sur la Syrie.

Le fer et le feu, les Libanais n’en ont pas manqué dans le passé, et cela ils le doivent notamment, soit dit en passant, à la même tyrannie installée, depuis près d’un demi-siècle, en Syrie. Mais Ils seraient bien tentés en revanche de reprendre à leur compte la supplique du secrétaire général de l’ONU, pour la retourner contre leurs propres dirigeants. Car il est d’autres moyens de martyriser un peuple que le fer et le feu. C’est en effet par leur médiocrité et leur inconscience, par l’indifférence, voire le mépris qu’ils affichent face aux soucis quotidiens des citoyens que les gouvernants assassinent en ceux-ci toute espérance en des lendemains meilleurs.

Gouverner, dit-on, c’est prévoir. C’est s’attendre à une imparable banqueroute de l’État quand, sourd aux cris d’alarme des organismes économiques, on décrète une majoration des traitements dans un secteur public aussi improductif que surpeuplé, alors que les coffres sont vides ; c’est aussi, pour les hauts responsables, s’attendre à une averse d’imprécations populaires quand ils se sucrent généreusement au passage. Parlant d’averse, tiens, gouverner et donc prévoir, c’est se rendre compte que l’été est fini ; c’est se souvenir, échauffement de la planète ou pas, que l’automne lui fait naturellement suite, et avec lui les premières pluies ; c’est, dès lors, songer à faire désencrasser les canaux d’écoulement des eaux pour parer – à temps, et non après coup – à l’inondation des routes et aux glissements de terrain.

Pour en rester à l’eau, c’est réaliser l’urgence qu’il y a à exploiter les ressources du Litani qui se déversent en pure perte dans la mer alors que les robinets demeurent à sec. C’est se douter qu’il ne sert à rien de multiplier inconsidérément les abonnements de téléphonie mobile si l’intendance ne suit pas et si les appels demeurent chaotiques, pour cause d’engorgement. C’est œuvrer au contraire à la multiplication des centrales électriques, au lieu de se rabattre sur de fantomatiques expédients, tels ces générateurs flottants promis pour l’été dernier qui n’en finissent pas d’arriver de Turquie. C’est se rendre compte qu’en l’absence de toute surveillance policière, les voies de circulation deviennent forcément de mortels rodéos.

Cette triste chronique de l’imprévoyance, on pourrait la poursuivre à l’infini, sans évidemment que l’incompétence au pouvoir risque d’en perdre le sommeil. Ça, c’était à prévoir.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Pitié pour votre peuple, s’exclamait lundi, à l’adresse de Bachar el-Assad, un Ban Ki-moon horrifié par l’ampleur du déluge de fer et de feu qui s’abat sans répit sur la Syrie. Le fer et le feu, les Libanais n’en ont pas manqué dans le passé, et cela ils le doivent notamment, soit dit en passant, à la même tyrannie installée, depuis près d’un demi-siècle, en Syrie. Mais Ils seraient bien tentés en revanche de reprendre à leur compte la supplique du secrétaire général de l’ONU, pour la retourner contre leurs propres dirigeants. Car il est d’autres moyens de martyriser un peuple que le fer et le feu. C’est en effet par leur médiocrité et leur inconscience, par l’indifférence, voire le mépris qu’ils affichent face aux soucis quotidiens des citoyens que les gouvernants assassinent en ceux-ci toute...