« L’histoire de l’Amérique latine depuis près de 200 ans, c’est que nous voulons prendre le bras de cette fiancée qu’on appelle démocratie », a lancé le président uruguayen, 77 ans, lors d’un dialogue animé organisé à la Bibliothèque nationale de Lima, en marge du IIIe Sommet de l’ASPA. « Nous avons progressé comme société », a estimé le président Mujica, dénonçant les « énormes inégalités » en Amérique du Sud. Mais « la grande vérité que nous avons apprise », a ajouté l’ancien leader des Tupamaro dans les années 1960-1970, « c’est que la démocratie n’est pas parfaite, mais éternellement perfectible ». « Nous avons appris que notre chère démocratie libérale était, comme le disait Churchill, “le pire des systèmes... à l’exception de tous les autres” », a poursuivi le président uruguayen, dont le langage imagé et l’humour ont conquis le public, dont de nombreuses personnalités politiques péruviennes.
Le président Moncef Marzouki, 67 ans, médecin de formation qui a longtemps vécu en France et président de la République tunisienne depuis décembre 2011, a indiqué pour sa part qu’avec le « printemps arabe », la démocratie était en marche dans les pays arabes « qui ne reviendront pas à leur situation antérieure ». « Notre révolution est entrée dans l’histoire, a-t-il martelé, parce 300 millions d’Arabes se sont débarrassés de leur peur ». Le président tunisien, qui s’exprimait en arabe traduit en espagnol, a reconnu « ne pas savoir jusqu’où ira la révolution arabe ni ce qu’il adviendra d’elle dans 50 ans ». Mais ce que je sais, a-t-il ajouté, « c’est que les systèmes totalitaires arabes sont finis » et ce « qui importe, c’est d’avoir récupéré notre dignité ». Il a estimé que « les révolutions qui ont donné le pouvoir aux islamistes ont fait un cadeau empoisonné parce que ceux-ci n’ont pas la capacité de gérer la situation et pourraient perdre leur pouvoir lors de prochaines élections ». Louant par ailleurs « l’héroïsme du peuple syrien, nous voyons qu’il nous envoie un message : nous allons en finir avec un régime despotique et nous y parviendrons tôt ou tard », a-t-il assuré.
Le Premier ministre péruvien, Juan Jiménez, qui participait au débat, a rendu hommage aux deux présidents « des combattants qui connaissent la lutte pour la liberté et ont perdu leurs peurs pour défendre la démocratie et nous montrer le chemin ». « Deux hommes qui savent ce que signifie lutter et souffrir », a-t-il conclu.
Après Brasilia en 2005 et Doha en 2009, ce troisième sommet – le premier depuis le début du printemps arabe – rassemble à Lima les pays membres de la Ligue arabe et de l’Union des nations d’Amérique latine (Unasur). Les représentants de 20 des 32 membres de l’ASPA participent à la rencontre qui culminait hier avec le Sommet des chefs d’État, mais seulement quatre chefs d’État arabes ont fait le voyage de Lima : le président libanais Michel Sleiman, le président tunisien Moncef Marzouki, l’émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, et le roi de Jordanie, Abdallah II.
(Source : AFP)


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