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Les dessous chics de Tyr : un temple phénicien

Archéologie Véritable paradis pour les archéologues, Tyr, qui avait apporté sa moisson de découvertes romaines, byzantines et hellénistiques, dévoile cet été ses dessous phéniciens : rien moins qu’un temple datant de la fin de l’époque perse.
May MAKAREM | OLJ
18/09/2012
Le 21 août dernier, avec l’accord de la Direction générale des antiquités, Leila Badre, directrice du Musée archéologique de l’Université américaine de Beyrouth (AUB), et son équipe décident de fouiller les ruines de Tyr jusqu’aux niveaux préclassiques. L’espace est clairement défini : il s’agit d’une parcelle située dans l’environnement immédiat du secteur d’habitations romaines découvert autrefois par l’émir Maurice Chéhab. À l’arrivée de l’équipe, cette parcelle était couverte d’une « forêt de roseaux hauts de trois à quatre mètres » qu’une centaine d’ouvriers vont débroussailler et nettoyer.

Mais à la surprise générale, les roseaux une fois arrachés laissent apparaître un ensemble de structures, « des ruines dont on ignorait l’existence », raconte Mme Badre. Elles auraient été mises au jour en 1975 par l’émir Chéhab qui, visiblement, n’aurait pas publié les résultats de ses fouilles. « Pas de plans, aucun détail n’est fourni, pas un document ou même quelques notes des fouilles qui ont été effectuées, à moins que cela n’ait été perdu, souligne-t-elle. On suppose que mis à mal par la situation politique qui se dégradait et par l’absence de stabilité, Chéhab a dû quitter le site en catastrophe. Il nous a donc fallu (re)dégager les vestiges, délimiter l’ensemble et l’étudier afin de savoir à quoi il correspondait. »

Jusqu’à la nappe phréatique
Leila Badre est catégorique et balaie de la main, avant même qu’elle ne puisse éventuellement éclater, une polémique byzantine de chercheurs : « Il s’agit d’un temple phénicien datant très probablement de la fin de l’époque perse. Les éléments architecturaux réunis sont directement lisibles et le prouvent. » Elle précise que des fouilles plus étendues ont permis de descendre jusqu’au niveau de la nappe phréatique, c’est-à-dire le sable vierge. La directrice du musée de l’AUB tient à marteler que « c’est la première fouille préclassique menée dans l’île », sans compter le sondage effectué par Patricia Bikai dans les années 70 sur une zone qui avait livré plusieurs niveaux, dont celui de l’âge du bronze.
L’archéologue rappelle que Tyr, avant qu’elle ne soit reliée au continent par Alexandre Le Grand, était une île dotée de deux ports, « le port sidonien » au nord et « le port égyptien » au sud et, « c’est là qu’est située notre parcelle : dans le centre de Tyr l’insulaire », explique Badre.


Un temple complet avec ses murs et son podium.


Rarement aussi complet...
En regardant ce temple dans le détail, on remarque tout d’abord le podium, sur lequel s’élevait l’autel. Des mensurations parfaites : 3m75x3m50 et 1m60 de hauteur. Il est constitué de trois assises superposées, composées de gros blocs en grès de 1,80 x 70 cm chacun. L’ensemble est surmonté d’une grande dalle monolithique, légèrement ondulée à sa surface. Au pied du podium, un dépôt contenant des ossements d’animaux brûlés a été exhumé. « Il ne peut s’agir, dit la spécialiste, que des restes d’offrandes associés au temple. » Le tamisage des sédiments a permis de discerner les restes d’oiseaux, de poissons et de mammifères.
Les murs, bordant autrefois le temple, se dressent sur 20m de long et 8 mètres de large. « Il est non seulement un des plus anciens édifices cultuels mis au jour à Tyr, mais c’est aussi un des rares temples complets qu’on a de cette époque. Celui d’Echmoun n’a plus ses murs ; mais son podium est nettement plus massif (70mx50m et une hauteur de 22 m). Et de la même période, le temple de Amrit en Syrie est plus petit que celui-là », précise encore Leila Badre.

De l’eau, de l’eau...
Les fouilles menées donc, il faut le répéter, jusqu’au niveau de la nappe phréatique, ont démontré que le temple a été installé dans un secteur vierge et qu’il a été construit sur du mortier à un demi-mètre au-dessus du niveau du sable. Le site est parsemé de plusieurs puits d’eau douce, « les uns contemporains du temple et d’autres datant d’une phase plus tardive, probablement de la période du siège d’Alexandre, où, selon les récits, les habitants de la cité insulaire manquant d’eau ont creusé de nombreux puits », explique l’archéologue.
Les excavations ne révèlent aucune habitation. « Une seconde campagne de fouilles serait nécessaire pour étendre notre opération », préconise la spécialiste, qui précise, pour conclure, que le chantier est ceint par des murs de l’époque romaine du IIIe siècle, construits en trois assises de calcaire blanches surmontées de blocs de grès qui font partie du secteur d’habitats romains découverts par l’émir Chéhab.

 Attendre la céramique
L’archéologue belge Éric Gubel (coauteur de Les Phéniciens : aux origines du Liban), qui officie également sur le terrain, juge lui aussi que le temple a été construit dans la deuxième partie de la période perse, mais comme aucune inscription n’a été trouvée, il préfère attendre les résultats de l’étude de la céramique...
« En fait, nous n’avons pas les noms de tous les rois de Tyr. C’est beaucoup plus compliqué qu’à Sidon : on n’a que quelques inscriptions, et des légendes qui nous aident à caser des rois dans des dynasties. Le dernier de ces rois est Ozmilh, qui a interdit l’accès du temple à Alexandre et provoqué le siège de Tyr qui s’est terminé par la destruction partielle de l’île. Mais ici, dans ce secteur, on n’a pas trace de destruction », relève-t-il.
Les fouilles prendront fin le 23 septembre. Outre Leila Badre et Éric Gubel, la mission archéologique comprend les Libanais Amale Feghali, Lorine Mouawad, Reine Mady, Riva Daniel, Rami Yassine, Samir Rebeiz et Tala el-Zein, la Belge Vanessa Boschloos, l’Allemande Anita Van Der Kloet, les Françaises Carole Roche, Emmanuelle Capet et Sarah Vilain, l’Américaine Julia Costello et l’Italienne Barbara Chitti.

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