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Pour les autorités, priorité maintenant à la visite du pape

Éclairage
07/09/2012

Désormais, les autorités libanaises consacrent leur temps à la préparation de la visite du pape Benoît XVI au Liban. Tous les dossiers conflictuels vont être gelés, à défaut d’être réglés – car comme d’habitude, la stratégie de l’exécutif est de reporter l’examen des sujets qui dérangent ou de les envoyer au Parlement –, et la priorité dans les milieux officiels est de faire passer la visite papale avec le moins possible de remous.


Cette visite qui commence le 14 septembre est d’ailleurs considérée comme un défi énorme dans les circonstances actuelles et elle est très importante, voire cruciale, en cette étape particulièrement délicate pour la région et en particulier pour les chrétiens d’Orient. De l’avis des organisateurs libanais de la visite, le pape fait preuve d’un grand courage en se rendant dans la région en ce moment particulier, avec la montée en puissance des mouvements islamiques et la situation de quasi-chaos qui règne en Syrie. Un évêque qui s’occupe activement des préparatifs assure d’ailleurs que le pape Benoît XVI a sciemment choisi d’entreprendre cette visite à cette période pour adresser un message global aux chrétiens mais aussi à l’ensemble des populations de la région, qui connaît actuellement des troubles dont nul ne peut prédire l’issue.


Selon l’évêque qui tient à garder l’anonymat, le pape va ainsi mettre le doigt sur la plaie qui saigne dans la région et qui consiste aux yeux de l’Église dans la diminution, volontaire ou non, de la présence chrétienne. L’Église étant la meilleure agence de presse du monde – car elle reçoit des rapports de ses paroisses dans tous les coins de la planète – sait ainsi mieux que les politiciens ou les parties en conflit combien la situation des chrétiens en Syrie est actuellement précaire.
Même si pour des raisons politiques, et aussi pour ne pas créer un climat de panique, la situation des chrétiens en Syrie est rarement évoquée dans les médias, l’évêque mentionne un rapport parvenu au Vatican sur le fait que le mohafazat de Homs a été ainsi pratiquement vidé de ses chrétiens, un peu comme l’avait été la montagne libanaise pendant la guerre de 1983 et 1984. La plupart des chrétiens de Homs se sont réfugiés dans la région de Wadi Nassara (la bien nommée Vallée des chrétiens), et les autres sont venus au Liban. Mais ce qui est plus inquiétant, précise l’évêque, c’est que la plupart des églises et des couvents ont été détruits comme pour empêcher un éventuel retour de leurs occupants. À Damas même, les chrétiens vivent dans l’inquiétude et certains reçoivent des menaces alors que des slogans injurieux sont parfois trouvés sur les murs proches des églises ou des couvents.


Certains chrétiens, dans des zones rurales, ont choisi de prendre les armes pour se défendre jusqu’au bout, mais d’autres ont préféré l’exode, alors qu’il existe en Syrie des zones où l’armée régulière n’a aucune présence.
Sans être favorables à un camp en particulier, les chrétiens de Syrie vivent donc actuellement dans l’angoisse de l’avenir, et la venue du pape Benoît XVI au Liban, d’abord le pays le plus proche de la Syrie, et ensuite parce que les chrétiens y sont encore influents, leur est aussi destinée. L’évêque maronite affirme à ce sujet que même si on ne veut pas amplifier les problèmes et faire peur aux gens, on ne peut que se poser des questions sur la prise régulière des chrétiens pour cible. Quand on sait, ajoute le dignitaire religieux, que les chrétiens sont parmi les populations de la région les plus proches de l’Occident, on comprend qu’ils constituent une cible permanente pour les Israéliens, puisqu’ils constituent une menace pour les relations privilégiées entre les Israéliens et les Occidentaux. En tout cas, le devoir de l’Église est de protéger la présence chrétienne dans cette région et de prendre au sérieux tous les scénarios. C’est pourquoi d’ailleurs le pape Benoît XVI a coordonné sa visite au Liban avec les autres Églises présentes dans la région, notamment celle des grecs-catholiques et celle des grecs-orthodoxes. Le message qui sera délivré aux fidèles chrétiens de toutes les confessions est commun et il consistera à leur demander de rester attachés à leur terre. Les Églises s’inquiètent en effet de la diminution systématique de la présence chrétienne dans la région, d’abord en Palestine, berceau du christianisme, où elle ne représente plus que 2 % de la population, puis en Irak où il y a désormais moins de 500 000 chrétiens et enfin en Syrie où l’exode commence, sans dire son nom. Le pape devrait d’ailleurs évoquer cette question avec ses interlocuteurs politiques et religieux, puisqu’il doit rencontrer aussi des représentants de toutes les communautés libanaises. L’idée directrice serait de préserver le modèle libanais car c’est à l’heure des turbulences que ce modèle reste une garantie pour toutes les minorités et il montre que dans cette région, qui a vu la naissance des trois religions dites du Livre, la coexistence est possible, et si la volonté et la conscience existent, l’avenir peut être prometteur. Faire renaître l’espoir là où il y a beaucoup de désenchantement et d’inquiétude n’est pas le moindre des défis qui attendent Benoît XVI au Liban.*

 

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