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L’éternel retour

Il a beau faire une chaleur torride, quelque chose dans l’air annonce que la saison est finie. On l’avait déjà senti, à la montagne, ce dernier week-end de l’été. Le premier peuplier de la longue rangée qui fait un arc de triomphe, à l’entrée du village, ce fier commandant de l’armée feuillue préposée à l’accueil, avait déjà à son pied le petit tas suspect, or et rouille, de l’automne. Dans la fraîcheur du soir, le parfum des pinèdes était un peu plus long, plus tenace, comme suspendu dans la brume qui déjà figeait les lèvres et glaçait les mains, avant-goût des frimas à venir.
Qui pouvait se douter que cela viendrait si vite ? On venait à peine de mettre les cahiers au feu. Dans quelques jours, débordants de tendresse pour les petites bouilles si brunies de soleil qu’on croirait sentir le pain chaud en les embrassant, nous éteindrons les rêves en ouvrant les volets. Debout. La brosse à dents, l’horrible verre de lait, le klaxon du bus, la cloche, l’envie de faire pipi toujours au pire moment. Tandis qu’encore bouffis ils lutteront contre le sommeil pour accorder leurs mains, leurs yeux et leurs oreilles à la voix de la maîtresse, nous serons à nouveau dans les embouteillages. C’est parti. C’est tout.
Qu’y a-t-il de plus rassurant, au fond, que la rentrée des classes ? On voudrait que cela n’arrive jamais, puis on se rend compte qu’il y a un confort très doux dans ces journées qui se rythment, ce temps qui arrête de se diluer au soleil, ces heures remplies d’avance où la vie gagne en densité ce qu’elle perd en désinvolture. Apprendre. A-t-on plus nécessaire, plus fondamental à faire dans un parcours d’homme ?
À l’heure où l’on assiste, dans le monde en général, au Liban en particulier, à une dégradation du niveau de l’éducation sinon de l’enseignement ; à l’heure où l’on constate les dégâts que ce recul occasionne dans tous les domaines, sur les routes, dans les administrations, dans les commerces, dans les relations entre les gens, la qualité des conversations, le bon goût, la qualité de vie en général, plaidons pour une meilleure rémunération des enseignants. Ils nous sont bien plus indispensables que les militaires et fonctionnaires. Il est bien connu que les armes ni les armées ne suffisent à gagner les guerres. En négligeant l’instruction, nous nous condamnons à régresser inexorablement jusqu’à devenir une cible immobile pour le premier prédateur venu. Alors debout ! La brosse à dents, le lait, le bus, la cloche, les yeux, les oreilles...
Il a beau faire une chaleur torride, quelque chose dans l’air annonce que la saison est finie. On l’avait déjà senti, à la montagne, ce dernier week-end de l’été. Le premier peuplier de la longue rangée qui fait un arc de triomphe, à l’entrée du village, ce fier commandant de l’armée feuillue préposée à l’accueil, avait déjà à son pied le petit tas suspect, or et rouille, de l’automne. Dans la fraîcheur du soir, le parfum des pinèdes était un peu plus long, plus tenace, comme suspendu dans la brume qui déjà figeait les lèvres et glaçait les mains, avant-goût des frimas à venir. Qui pouvait se douter que cela viendrait si vite ? On venait à peine de mettre les cahiers au feu. Dans quelques jours, débordants de tendresse pour les petites bouilles si brunies de soleil qu’on croirait sentir le pain...
commentaires (4)

Prière noter que : nous alarme ! dans ce contexte = nous prévient. Merci.

SAKR LEBNAN

07 h 46, le 06 septembre 2012

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Commentaires (4)

  • Prière noter que : nous alarme ! dans ce contexte = nous prévient. Merci.

    SAKR LEBNAN

    07 h 46, le 06 septembre 2012

  • Très Romantique ! Madame Fifi Abou Dib. Pour vous, ces deux vers : __ Un Reflet ! Un Soupir ! Un Regret ! Une Larme ! __ Une Âme, dans notre âme, appelle et nous alarme !

    SAKR LEBNAN

    02 h 42, le 06 septembre 2012

  • J'ai oublie de te dire, Fifi, que le grand publicitaire David Ogilvy disait que pour etre un bon ecrivain, il faut d'abord etre un "penseur". Toi, te excelles dans les deux: le fond et la forme. Ton style est superbe et quand tu commences a faire une description, quelle qu'elle soit, je me perds entre les lignes en esperant que l'"histoire" ne va jamais finir...

    Michele Aoun

    02 h 15, le 06 septembre 2012

  • C'est toujours un plaisir de te lire Fifi. Chaque jeudi, je me sens comme une petite fille qui lit avec delectation une tres belle petite histoire en savourant tes mots et ton style inegale. La journee commence en beaute et je me sens optimiste. Merci d'etre ce que tu es.

    Michele Aoun

    02 h 02, le 06 septembre 2012

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