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Demain, il sera trop tard

On y est en plein, dans un véritable merdier (pardon pour le terme, mais il reflète la réalité du vécu quotidien), et toutes les assurances et autres bobards qui nous sont servis pour calmer les appréhensions légitimes n’y changeront rien.
La question n’est plus de savoir si le Liban évitera la contagion syrienne (contamination serait un terme plus approprié) mais de déterminer les moyens de s’en sortir avec le moins de dégâts possibles.
Des incursions syriennes en territoire libanais aux bombardements à travers les frontières communes, de l’affaire explosive, sans jeu de mots, de Michel Samaha à l’irruption du clan des Moqdad dans les dédales de l’intoxication collective, tout a été mis en place pour étendre le virus de la désintégration au pays du Cèdre.
Les dérapages, chaque jour plus dangereux, à Tripoli, les combats entre milices alaouites et sunnites, la volonté affichée du clan Eid de Jabal Mohsen de défendre bec et ongles l’influence baassiste au cœur d’une cité connue pour son aversion au régime syrien, tout cela s’insère dans la continuité des menaces proférées par Bachar el-Assad au début des événements : si la Syrie sombre dans l’anarchie, c’est le chaos assuré dans les pays environnants.
Pour un dictateur en situation précaire, pour ne pas dire éjectable, c’est une manière de dire, comme tous les potentats qui l’ont précédé dans le monde, « après moi le déluge ».
Un déluge qu’il s’évertue d’étendre au Liban par truands interposés, qu’il s’agisse de porteurs de valises piégées, de mafieux reconvertis en redresseurs de torts forts en gueule, de kidnappeurs d’occasion devenus des vedettes du petit écran ou d’alliés de longue date à la conscience bien accommodante.
Mais les Libanais savent ce qu’il en coûte de plonger dans la guerre civile : la mémoire des longues années de « fitna », d’une discorde sanglante attisée par le régime syrien, est loin de leur faire défaut et constitue, en quelque sorte, la meilleure des protections. Et ce n’est pas en redynamisant sa faculté de nuisance au Liban que Bachar el-Assad réussira à détourner l’attention des crimes commis à domicile, des atrocités perpétrées par ses hommes de main.
Sa hargne c’est sur ses propres villes qu’il la déverse, sur sa propre population cernée dans des quartiers et dans des banlieues misérables bombardés jour et nuit. Une hargne qui propage mort et destruction, qui attise les haines, sème les germes de l’extrémisme, d’un islamisme intolérant, qui pave la voie à des règlements de comptes interminables.
Plus vite le régime-tyran sera abattu, plus vite sera enrayée la marche vers l’ineffable ; plus vite sera réussie la transition, plus vite seront préservés les droits des minorités sur l’échiquier politique, les chrétiennes d’entre elles qui ne peuvent et ne doivent plus continuer à jouer la carte d’un pouvoir condamné à disparaître.
Il y a plus d’un siècle, voilà ce qu’avait écrit un réformiste musulman d’Alep, Abdelrahman Kawakibi (1855-1902) à propos des dictatures : « La disparition de l’État tyrannique ne touche pas les seuls tyrans. Elle englobe la destruction des terres, des hommes et des maisons. Car l’État tyrannique, dans ses dernières phases, frappe aveuglément, tel un taureau excité ou un éléphant dans un magasin de porcelaine. Il se détruit et écrase en même temps son peuple et son pays avant de se rendre à son sort. Comme si les gens payaient en fin de compte le prix de leur long silence face à l’injustice et de leur soumission à l’humiliation et à l’esclavage. »
Une citation à méditer dans l’urgence par ceux, en Syrie, qui ne se sont pas encore décidés à tourner le dos au régime oppresseur.
On y est en plein, dans un véritable merdier (pardon pour le terme, mais il reflète la réalité du vécu quotidien), et toutes les assurances et autres bobards qui nous sont servis pour calmer les appréhensions légitimes n’y changeront rien. La question n’est plus de savoir si le Liban évitera la contagion syrienne (contamination serait un terme plus approprié) mais de déterminer les moyens de s’en sortir avec le moins de dégâts possibles.Des incursions syriennes en territoire libanais aux bombardements à travers les frontières communes, de l’affaire explosive, sans jeu de mots, de Michel Samaha à l’irruption du clan des Moqdad dans les dédales de l’intoxication collective, tout a été mis en place pour étendre le virus de la désintégration au pays du Cèdre.Les dérapages, chaque jour plus dangereux, à...
commentaires (5)

Brillante analyse de M. Nagib Aoun qui dit ce QUI EST. Après un an de tragédies, après tant de morts, de blessés, de destructions, de promesses non-tenues, comment peut-il encore se trouver des gens pour croire que le tyran a encore une légitimité et qu'il s'en sortira ? Au nom de quoi ? Bachar et les baasistes savent-ils ce qui s'est passé à Tunis, à Tripoli, au Caire, au Yémen ? Savent-ils ce qu'est devenu un autre dictateur bassiste de la région, Saddam Hussein «le fort comme un lion» ? Comme disait Abdelrahman Kawakibi : « La disparition de l’État tyrannique ne touche pas les seuls tyrans. Elle englobe la destruction des terres, des hommes et des maisons...»

G.F.

08 h 56, le 27 août 2012

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Commentaires (5)

  • Brillante analyse de M. Nagib Aoun qui dit ce QUI EST. Après un an de tragédies, après tant de morts, de blessés, de destructions, de promesses non-tenues, comment peut-il encore se trouver des gens pour croire que le tyran a encore une légitimité et qu'il s'en sortira ? Au nom de quoi ? Bachar et les baasistes savent-ils ce qui s'est passé à Tunis, à Tripoli, au Caire, au Yémen ? Savent-ils ce qu'est devenu un autre dictateur bassiste de la région, Saddam Hussein «le fort comme un lion» ? Comme disait Abdelrahman Kawakibi : « La disparition de l’État tyrannique ne touche pas les seuls tyrans. Elle englobe la destruction des terres, des hommes et des maisons...»

    G.F.

    08 h 56, le 27 août 2012

  • S'agissant de ce "croissant fertile?", une pédagogie s'impose pour faire prendre davantage conscience aux indigènes de ces kottors-contrées du fait que c'est à cette dimension-là, supranationale, que se joueront demain leur statut et leur destin ; libanais et syrien. La démocratie est devenue une des préoccupations majeures de ces sociétés pour garantir leur futur enchanté. Non seulement des avant-gardes décidées, inventives et Saines ont le branle donné, mais d'ores et déjà les forces rétrogrades devront rafraîchir leur programme et le badigeonner ! La victoire de la démocratie c'est aussi celle-là, i.e. une imprégnation des deux côtés de cette région, qui fait que la Liberté parait à présent tant paniquer autant les "fakîhdiot-bossfàRiens" de ce côté-ci bâbord Anti-Libanais, que ceux assurément "baassyriens" d’à côté tribord Anti-Libanais. Et ce combat, essentiel, est à continuer pour contrer le confessionnalisme "cristiano-islamo-nusayrîsé" fanatisé, et l’autoritarisme pseudo-laïc national-social "assadisé" ! Les Sains, Syriens et Libanais, face à ces marques "Malsaines" brunes et noires indélébiles, n’en sont plus à l'inquiétude et à la lamentation, car l'électrochoc de ces Arabes Printanières semble avoir été assez fort pour que, toutes affaires cessantes, ils livrent déjà une guerre totale pour éradiquer définitivement "ces satanés" marqueurs-là bruns et noirs frelatés.

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    08 h 45, le 27 août 2012

  • Analyse objective qui prouve encore une fois que dans les pays arabes surtout ce sont les gens payent en fin de compte le prix de leur long silence face à l’injustice et de leur soumission à l’humiliation et à l’esclavage. Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    08 h 35, le 27 août 2012

  • Merveilleuse et très objective Analyse, Monsieur AOUN. On ne peut rien y ajouter, excepté : ALLAH I3IN OU YI7MI HAL BALAD !

    SAKR LEBNAN

    00 h 43, le 27 août 2012

  • Article puissant, à lire et à relire. A mettre surtout entre les main de tous nos (ir)responsables politiques afin que s'opère enfin chez eux ce sursaut salvateur que nous autres, affublés du titre peu glorieux de "majorité silencieuse" (qu'est-ce qui nous empêche d'ouvrir notre grande g...? ) attendons depuis trente cinq ans ! Normal que nous soyons aujourd'hui dans ce merdier (ne vous excusez pas M Aoun, c'est le mot exact) puisque cela fait des décades que nos édiles défèquent sans interruption.

    Paul-René Safa

    18 h 59, le 26 août 2012

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