La Chine est le premier partenaire commercial de l’Australie, un investisseur de premier ordre et un consommateur avide de charbon, de minerai de fer et de gaz naturel australiens. Or le tassement de sa croissance, actuellement à son rythme le plus faible depuis le premier trimestre 2009, a fait descendre les cours du minerai de fer sous la barre des 100 dollars la tonne pour la première fois depuis deux ans et demi, et ceux du charbon thermique à la moitié de leur niveau de 2008. « La Chine ralentit, l’Inde ralentit, le Brésil ralentit. De ce fait, les cours descendent alors que les coûts n’ont cessé d’augmenter en Australie ces dernières années », relève le directeur du cabinet Deloitte en Australie, Chris Richardson. L’avertissement le plus spectaculaire est venu du ministre des Ressources naturelles après la publication des résultats des géants anglo-australiens BHP Billiton et Rio Tinto. « Nous en avons profité – 270 milliards de dollars australiens d’investissements –, le monde entier nous envie. Mais le boom des ressources naturelles est terminé », a assuré Martin Ferguson.
BHP Billiton a annoncé cette semaine le gel de plusieurs projets de développement après un effondrement de 35 % de son bénéfice net sur l’exercice 2011-2012, directement lié au tassement de la croissance chinoise. Pour les mêmes raisons, son rival Rio Tinto avait fait état début août d’une baisse de 25 % de son bénéfice net au premier semestre. Lundi, Yancoal Australia, filiale du chinois Yanzhou, annonçait le réexamen de ses plans de développement sur sept de ses mines. Et ce vendredi, le groupe Whitehaven Coal a rendu public le retrait de l’offre de son compatriote Tinkler Group qui avait proposé d’en prendre le contrôle pour consolider ses positions dans le charbon.
Alors, l’Australie vit-elle vraiment la fin du « boom minier » ? Non, s’agissant des exportations, puisque l’extraction n’a même pas commencé sur des myriades de sites en cours d’aménagement. Peut-être, pour ce qui concerne les investissements. La Banque centrale australienne (RBA) prévoit que les dépenses relatives au secteur minier culmineront dès 2013, au mieux en 2014, en tout cas plus rapidement qu’anticipé. « Ensuite le taux d’investissement devrait décliner tandis que les exportations des matières premières, elles, augmenteront », a nuancé hier le gouverneur de la RBA, Glenn Stevens.
La Première ministre travailliste, Julia Gillard, a elle-même démenti son ministre en promettant de beaux lendemains au pays grâce à ses sous-sols. « Nous continuerons à voir cette nation gagner prospérité et richesse grâce à l’exportation des ressources naturelles (...). Le boom minier (...) est encore avec nous pendant longtemps », a-t-elle martelé. Moins optimiste, la Deutsche Bank estime de son côté que l’essoufflement minier risque carrément de précipiter le pays dans la récession en 2013. En 2011 déjà, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) mettait l’Australie en garde contre une dépendance excessive au secteur minier qui pourrait constituer un « défi économique majeur ».
Reste à savoir si Canberra a sagement thésaurisé la manne minière : une partie du magot pourrait servir à amortir les conséquences sociales d’un brusque retour de manivelle, plusieurs groupes ayant évoqué des réductions d’effectifs dans les mois qui viennent.
(Source : AFP)


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