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Liban

Énième cessez-le-feu à Tripoli, mais les francs-tireurs sévissent toujours

Insécurité Devant un bilan de huit morts et 84 blessés à Tripoli, l’armée, qui a étoffé ses effectifs sur les lieux des combats, annonce qu’elle entamera un dialogue direct avec les protagonistes du conflit, notamment ceux de Bab el-Tabbaneh et de Baal Mohsen.
OLJ
23/08/2012
Les accrochages qui secouent la capitale du Liban-Nord depuis lundi ramènent les mêmes péripéties des affrontements précédents entre les deux quartiers sunnite et chiite rivaux, dont l’inimitié historique est attisée par la crise syrienne : accrochages à l’arme automatique et au lance-roquettes ; francs-tireurs en poste du côté et de l’autre de la rue de Damas, l’artère de démarcation entre les deux quartiers ; triste bilan de victimes civiles. Au total, huit personnes ont été tuées et 84 ont été blessées à Tripoli lors de ces trois jours de combats, selon des sources sécuritaire et hospitalière. Un bilan important, lié à une présence marquée des combattants dans les ruelles de la ville du Nord, et sur les deux axes de la Centrale et de Starco, et l’intensification des échanges de tirs de francs-tireurs, notamment dans les rues de Maloula et Bab el-Hadid. Hier, un enfant, Marwan al-Nabouche, a été blessé en fin d’après-midi à Kobbé par un tir de sniper ainsi que le citoyen Oussman Saïdi.
Comme il est désormais d’usage dans la gestion de ces affrontements, les différentes figures politiques et religieuses de la ville, ainsi que des responsables du quartier de Bab el-Tabbaneh se sont réunis hier dans la demeure du député Mohammad Kabbara. La Rencontre islamique nationale a abouti à l’annonce d’un cessez-le-feu qui devait entrer en vigueur à partir de 17 heures hier, parallèlement au déploiement de l’armée dans le quartier sunnite de Bab el-Tabbaneh et la colline alaouite de Baal Mohsen, c’est-à-dire une intensification de la présence d’unités militaires, déjà en poste entre les deux quartiers depuis que cette zone est devenue la boîte à résonance des développements en Syrie. Selon des informations, les notables auraient fait part de leur volonté de demander au Premier ministre, au ministre de l’Intérieur et au ministre de la Défense de faire acte de présence à Tripoli, si le cessez-le-feu n’est pas respecté.
Sur le terrain toutefois, des dizaines d’unités militaires de blindés se sont effectivement déployées hier aux environs de 18 heures dans la rue de Syrie, dans une atmosphère de soulagement parmi les habitants, comme l’ont confirmé plusieurs observateurs ; mais des tirs sporadiques continuaient de se faire entendre durant la soirée, faisant même neuf blessés parmi des habitants qui tentaient de rentrer chez eux, selon des sources sécuritaires. Auparavant dans la matinée, rapportent des sources hospitalières, deux personnes avaient été tuées et 15 ont été blessées, dont cinq soldats, malgré la présence de l’armée censée séparer les protagonistes.

Un plan militaire complet...
Quoi qu’il en soit, le déploiement de l’armée a été appuyé par un communiqué du commandement de l’armée, qui a souligné hier « la gravité de la situation ». Faisant état de « nombreux blessés parmi les militaires, dont sept dans la nuit de mercredi à jeudi », le communiqué a tenu à préciser que « les forces de l’armée ne se sont à aucun moment retirées des points chauds ni de leurs environs ». Déclarant appliquer « un plan militaire complet », le commandement de l’armée a assuré « répondre avec force et fermeté aux sources des tirs, quelles qu’elles soient ». « Néanmoins, les forces armées veillent à gérer la situation avec sagesse et clairvoyance afin d’empêcher que la ville ne devienne le terrain d’une discorde régionale », ajoute le communiqué, justifiant ainsi l’absence de mesures radicales prises par la troupe pour déloger et arrêter les combattants. En outre, l’armée a appelé « les autorités politiques, toutes appartenances confondues, à ne pas s’ingérer dans les développements de terrain, afin de ne pas attiser les tensions ». L’objectif de l’armée, précise le communiqué, est d’« avoir la situation sous contrôle et de rechercher ceux qui violent les accords et portent atteinte à la sécurité et à la stabilité ». Le commandement de l’armée a également annoncé qu’il « entamera un dialogue direct avec les protagonistes du conflit, notamment ceux de Bab el-Tabbaneh et Baal Mohsen (...) ». En outre, plusieurs responsables sécuritaires se sont réunis dans le bureau du commandant en chef de l’armée à Yarzé, parmi lesquels le directeur général des Forces de sécurité intérieure, le directeur de la Sûreté de l’État, les directeurs respectifs des services de renseignements de l’armée et des FSI.

Eid se défend et accuse...
C’est dans ce cadre que le chef du Parti arabe démocratique Rifaat Ali Eid a insisté sur « notre engagement aux côtés de l’armée en faveur de la sécurité de la ville ». C’est « l’autre partie qui devrait éviter de se mêler du volet sécuritaire », a-t-il ajouté sur la chaîne OTV, en référence aux notables sunnites. Il a appelé en outre le président de la République Michel Sleiman à « se soucier de Tripoli et à évoquer dans ses réunions Baal Mohsen et Bab el-Tabbaneh ». De même, le porte-parole du parti, Abdel Latif Saleh, a déclaré que son parti se conforme au cessez-le-feu, soulignant que « la troupe est présente à Baal Mohsen, où il n’y a aucune trace d’éléments armés ». Il a démenti hier encore le fait que l’armée ait encerclé la veille le domicile de Rifaat Eid, qui aurait abrité un combattant accusé d’avoir attaqué un char à la roquette RPG.
Sur une échelle réduite, les deux communautés à Tripoli reproduisent en quelque sorte le conflit qui se déroule en Syrie voisine entre des sunnites, majoritaires, et des alaouites. Les deux camps se sont accusés mutuellement de chercher l’affrontement.
Pour un combattant sunnite, qui ne veut pas donner son nom, « les gens d’en face agissent pour couvrir leur crime en Syrie et pour se venger de l’arrestation de Michel Samaha », l’ancien ministre libanais proche de Damas et accusé d’avoir fait entrer des explosifs au Liban pour commettre des attentats.
Sur l’autre colline, un responsable alaouite, Ali Fidda, déclare : « Nous ne cherchons pas à imposer nos idées à quiconque, nous sommes cependant prêts à nous défendre si nous y sommes contraints. »

Exode vers Denniyé
Les combats, qui secouent régulièrement la ville portuaire de Tripoli entre pro et anti-Assad depuis le début de la crise en Syrie, il y a 17 mois, avaient éclaté lundi par des échanges de tirs entre les deux quartiers. Des incendies se sont déclarés dans plusieurs maisons et des voitures ont été endommagées. De nombreux immeubles ont été totalement abandonnés par les civils. Selon l’Agence nationale d’information (ANI), des dizaines de familles tripolitaines ont fui les accrochages vers les régions avoisinantes, notamment Denniyé, à en voir l’intensité du trafic sur l’artère reliant les deux villes.
L’ANI a également fait état de deux morts à Baal Mohsen hier : Mouhieddine
Mahmoud, âgé de 75 ans, ainsi qu’une femme de la famille Chahine, comme l’a signalé le porte-parole du Parti arabe démocrate Abdel Latif Saleh. Par ailleurs, les obsèques du citoyen Zakaria al-Masri, tué la veille, ont eu lieu hier au milieu d’intenses tirs en l’air à Minié. En outre, Abdel Karim al-Masri a succombé hier à ses blessures.
Mardi, quatre habitants de Bab el-Tebbaneh, dont un garçon de 13 ans, et deux habitants de Jabal Mohsen ont péri. Soixante autres ont été blessés – 50 combattants et civils, dont un enfant de six ans paralysé par une balle, et 10 soldats.

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SAKR LEBNAN

LA HAINE ! Toujours la HAINE ! Depuis des décénnies la HAINE ! Vengeance pour autrui ! Apprenez : L'Amour, le Dialogue ! l'Entente...

Daniel Lange

"Sur une échelle réduite, les deux communautés à Tripoli reproduisent en quelque sorte le conflit qui se déroule en Syrie voisine entre des sunnites, majoritaires, et des alaouites".

Cette phrase de l'article est fausse, à moins de corriger et dire que "le conflit entre ces deux quartiers annonce ce qui se produira en Syrie quand la régime tombera (voire avant)".

Parce que jusqu'à nouvel ordre, en Syrie, c'est un conflit entre les "rebelles" et le "régime". Il n'est pas (encore) confessionnel. Du moins ni officiellement ni en apparence.

(Il ne faut plus copier automatiquement les phrases utilisées par les agences et/ou grands journaux étrangers qui peuvent aussi se tromper. La phrase en question a été publiée par le Figaro hier).

Sabbagha Antoine

L’armée ne devra plus entamer un dialogue entre les deux clans rivaux mais agir pour une fois en force de frappe



Antoine Sabbagha

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