En rejoignant l’opposition, le Premier ministre Riad Hijab (ici sur une photo datant de 2008) devient le plus haut responsable à rompre avec le régime Assad. AFP/LOUAI BESHARA
Le Premier ministre syrien Riad Hijab a fait défection hier et rejoint l’opposition, devenant le plus haut responsable à rompre avec le régime du président Bachar el-Assad depuis le début de la révolte. M. Hijab, un sunnite nommé Premier ministre il y a deux mois, a fui avec sa famille en Jordanie en raison des « crimes de guerre et de génocide » commis par le régime, a annoncé son porte-parole à Amman, Mohammad Otri. M. Hijab devrait s’installer au Qatar qui accueille déjà plusieurs hauts responsables civils ayant fait défection, selon M. Otri. Le ministre syrien de l’Information, Omrane al-Zohbi, a confirmé implicitement la défection mais en a minimisé l’impact. « La Syrie est un État d’institutions et les défections de personnalités, quel que soit leur rang, ne modifient en rien la politique de l’État », a-t-il dit, cité par l’agence SANA. Il a néanmoins démenti la défection d’autres membres du gouvernement après l’annonce de la fuite de deux ministres non identifiés par l’opposition syrienne, en Jordanie également. En appui de ce démenti, la télévision d’État, qui avait le matin affirmé que « Riad Hijab avait été démis de ses fonctions », a diffusé longuement les images d’une réunion du Conseil des ministres, montrant chacun de ses membres. La réunion était présidée par Omar Ghalawanji, vice-Premier ministre désigné pour « expédier les affaires courantes » après le départ de M. Hijab.
Dans la rue, c’est la surprise qui domine. « C’est une perte pour le pays », a estimé Rana, une employée de 45 ans rencontrée à Damas. Pour Mohammad, un commerçant à Damas, « le régime se désagrège ». « Il y aura d’autres défections », prédit-il.
Le chef du Conseil national syrien (CNS), Abdel Basset Sayda, a salué la défection de M. Hijab, signifiant que « le régime se désagrège. C’est le début de la fin ». D’après un membre du CNS, Khaled Zein el-Adibine, la défection de M. Hijab a été coordonnée par l’opposition : « L’Armée syrienne libre (ASL) les a tous aidés à passer la frontière. » En outre, le CNS a exhorté « les dignitaires du régime à faire défection » car « il n’y a plus d’excuses pour rester à bord du même bateau que ce régime criminel ». « C’est une nouvelle indication du fait qu’Assad a perdu le contrôle de la Syrie », a pour sa part déclaré le porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche. Jay Carney, porte-parole officiel de la Maison-Blanche a, lui, estimé que le régime syrien « s’effondre de l’intérieur » et a redemandé au président Assad de s’effacer et de mettre un terme aux violences qui secouent le pays. La défection de M. Hijab illustre « la fragilisation d’un régime qui choisit d’autant plus la violence armée qu’il perd la plupart de ses soutiens », a déclaré de son côté le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. « La France est convaincue que le régime de Bachar el-Assad est condamné. La multiplication des défections de responsables politiques, de militaires et de diplomates de haut rang signe l’affaiblissement du clan au pouvoir », a-t-il ajouté. Selon l’Élysée, M. Fabius se rendra en Jordanie le 15 août ainsi que dans d’autres pays de la région. « La France intensifie ses contacts avec l’opposition syrienne et les États de la Ligue arabe pour préparer les conditions d’une transition rapide en Syrie », a ajouté l’Élysée. À Berlin, le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a estimé que la défection de M. Hijab montre « à quel point l’érosion du régime Assad est avancée ».
Parallèlement à la défection de M. Hijab, un général de l’armée, accompagné de cinq officiers et d’une trentaine de soldats, est arrivé hier en Turquie pour rejoindre l’opposition, selon l’agence Anatolie, ce qui porte à 31 le nombre de généraux ayant fui en Turquie. Dimanche, trois officiers des renseignements politiques à Damas, dont deux frères issus du clan du vice-président sunnite Farouk el-Chareh, avaient trouvé refuge en Jordanie, selon Kassem Saadeddine, porte-parole de l’ASL en Syrie. D’autre part, des diplomates syriens se revendiquant de l’opposition ont appelé, hier, à une transition démocratique dans leur pays et à un transfert du pouvoir à un organe représentatif.
Attentat contre la télévision d’État
Sur le terrain, l’armée loyaliste bombardait à l’artillerie Alep, toujours en proie à des combats, alors qu’un attentat à la bombe a visé la télévision officielle à Damas, principal outil de propagande du régime, faisant des blessés légers et ne perturbant pas la poursuite des programmes. Pour autant, cette attaque a une forte portée symbolique. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), il y avait aussi des combats à Roukneddine dans le nord de Damas. Et dans la province d’Idleb, l’armée bombardait plusieurs secteurs. Les violences ont fait hier au moins 155 morts, selon la chaîne satellitaire al-Arabiya. De son côté, se disant « extrêmement inquiet », le chef de la mission de l’ONU en Syrie, le général Babacar Gaye, a appelé les protagonistes de la bataille d’Alep à protéger les civils et à respecter les lois humanitaires. En outre, le CNS a accusé l’armée d’avoir commis un « massacre » ayant fait une quarantaine de victimes dans la province de Hama.
Trois otages iraniens tués
Par ailleurs, trois des 48 Iraniens enlevés samedi en Syrie ont été tués dans un bombardement des forces du régime dans la province de Damas, a affirmé la « brigade al-Baraa » de l’ASL qui a revendiqué leur rapt. « Ils sont morts lors d’une attaque aérienne. L’une des maisons dans laquelle ils se trouvaient s’est effondrée sur eux », a précisé un porte-parole du groupe d’insurgés. « Nous tuerons les autres (prisonniers) si l’armée ne cesse pas son offensive. Ils ont une heure », a-t-il menacé. Mais en fin de soirée, aucune indication n’était donnée sur leur sort.
Plus tôt, l’Iran avait démenti que les prisonniers soient des membres des gardiens de la révolution et affirmé qu’il s’agissait de pèlerins enlevés près de Damas sur la route de l’aéroport. Il a demandé l’aide d’Ankara et de Doha, qui soutiennent l’opposition syrienne, pour obtenir leur libération. « Cette opération était planifiée à l’avance et ceux qui l’ont fait veulent faire pression sur l’Iran pour qu’il arrête de soutenir le peuple syrien », a estimé hier le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian.
Enfin, sur le plan humanitaire, le CNS a jugé l’aide française « loin d’être suffisante », en dépit de la décision du président François Hollande du « déploiement d’un groupement médico-chirurgical militaire français et l’envoi immédiat d’une équipe médicale à la frontière jordano-syrienne » pour venir en aide aux réfugiés syriens.
Revue de presse
Défection de Hijab : un coup dur pour le régime de Damas, estime la presse arabe


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