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Économie - Analyse

La zone euro ou le dilemme du « jeu de la poule mouillée »

Dans le jeu, le premier protagoniste à agir est gagnant, mais le fait d’avoir pris l’initiative réduit ses gains face à son adversaire.

Si les différents acteurs de la crise de la dette s’accordent sur la nécessité de nouvelles actions, chacun a intérêt à ne pas en prendre l’initiative. Photo AFP

Si les différents acteurs de la crise de la dette dans la zone euro s’accordent sur la nécessité de nouvelles actions, chacun a intérêt à ne pas en prendre l’initiative, que ce soit la Banque centrale européenne (BCE), les États susceptibles de demander une aide, ceux qui en bénéficient déjà, ou encore l’Allemagne, premier bailleur de fonds de la région. Le rapport de forces s’apparente à ce que la théorie des jeux désigne comme le « jeu de la poule mouillée », une variante du « dilemme du prisonnier » modélisée par la situation dans laquelle deux automobilistes foncent l’un vers l’autre, jusqu’à ce que l’un d’eux « craque » et s’écarte, évitant la collision de justesse.
Dans le jeu de la poule mouillée, le premier protagoniste à agir est gagnant – il ne finit pas écrasé –, mais le fait d’avoir pris l’initiative réduit ses gains face à son adversaire, qui a le bénéfice d’être apparu plus « solide ». Ici, l’Espagne et l’Italie, qui peinent à se financer sur les marchés en raison de rendements extrêmement élevés, espèrent que la BCE agira d’elle-même en leur achetant des obligations d’État pour faire baisser leurs coûts d’emprunt. La BCE, par la voix de son président Mario Draghi, a toutefois prévenu jeudi dernier qu’elle mènerait ces actions si les pays en difficulté prenaient l’initiative d’en faire la demande et acceptaient de subir des conditions strictes, en particulier une supervision européenne.
L’institution, qui doit notamment composer avec l’opposition de la Banque centrale allemande à toute monétisation de la dette, est échaudée par le souvenir de l’ex-président du Conseil italien Silvio Berlusconi qui avait renoncé à mener des réformes après que la BCE eut acheté des emprunts d’État italiens et espagnols, l’an dernier. Signe de la prudence de la BCE, celle-ci a précisé qu’elle achèterait des obligations à court terme, ce qui lui permettra de réduire la pression immédiate sur les capacités de financement des États en difficulté, tout en les maintenant sous contrainte pour mener des réformes budgétaires.
Le « jeu de la poule mouillée » existe également entre Rome et Madrid. L’Italie espère que la bonne santé de ses banques, sa situation budgétaire solide et son épargne intérieure élevée permettront à ses coûts d’emprunt de diminuer d’eux-mêmes, une fois que la BCE sera intervenue pour aider l’Espagne. Selon des diplomates, le président du Conseil italien Mario Monti a manœuvré en ce sens lorsqu’il a rencontré le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy la semaine dernière.
En Allemagne, le gouvernement, confronté à des élections législatives dans un an, a intérêt à retarder la mise en œuvre de nouveaux plans de sauvetage qui mettraient à contribution Berlin, premier bailleur des fonds de secours de la zone euro. La chancelière Angela Merkel et le ministre des Finances Wolfgang Schäuble, tous deux actuellement en vacances, ont temporisé après que les États-Unis et le Fonds monétaire international eurent demandé des actions plus concrètes face aux difficultés espagnoles et grecques.
La Grèce, enfin, qui risque de se trouver en faillite le mois prochain, peut espérer que les bailleurs de fonds internationaux soient suffisamment effrayés par la perspective d’une sortie d’Athènes de la zone euro pour lui donner plus de temps pour mettre en œuvre les conditions exigées par son actuel plan de sauvetage. Parmi tous ces acteurs, la BCE, seule à disposer d’une puissance de frappe financière illimitée sur les marchés, semble dans la position la plus favorable, à la fois pour éviter un pari des investisseurs contre l’euro, conserver la confiance allemande et assurer la suite des réformes dans les pays qui reçoivent ou pourraient recevoir une aide européenne.
Mariano Rajoy a dit dernièrement qu’il agirait « dans l’intérêt du peuple espagnol ». Ces propos marquent peut-être la prise de conscience de la position de force de la BCE par Madrid qui, en laissant la porte ouverte à une aide européenne, pourrait se rapprocher d’une défaite au « jeu de la poule mouillée ».

    (Source : Reuters)
Si les différents acteurs de la crise de la dette dans la zone euro s’accordent sur la nécessité de nouvelles actions, chacun a intérêt à ne pas en prendre l’initiative, que ce soit la Banque centrale européenne (BCE), les États susceptibles de demander une aide, ceux qui en bénéficient déjà, ou encore l’Allemagne, premier bailleur de fonds de la région. Le rapport de forces s’apparente à ce que la théorie des jeux désigne comme le « jeu de la poule mouillée », une variante du « dilemme du prisonnier » modélisée par la situation dans laquelle deux automobilistes foncent l’un vers l’autre, jusqu’à ce que l’un d’eux « craque » et s’écarte, évitant la collision de justesse.Dans le jeu de la poule mouillée, le premier protagoniste à agir est gagnant – il ne finit pas écrasé –,...
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