Mais l’impossible finit toujours par se réaliser, par faire la nique à tous ceux qui s’estimaient adulés ou impunis pour l’éternité. L’effritement du bloc soviéto-communiste en avait déjà donné la preuve, la chute du mur de Berlin en avait constitué l’apothéose.
Et dans notre monde arabe, si longtemps réfractaire à la démocratie, voilà que tout est remis en question, que tous les possibles s’offrent aux hommes et femmes de bonne volonté. Ben Ali, Kadhafi, Moubarak, Ali Saleh, et demain Bachar : la décennie qui commence est, à tous les égards, celle des ruptures mais aussi des graves fractures. C’est forcément dans la souffrance, dans le tâtonnement au milieu des ténèbres que se mettent en place les outils de la révolte, celle menée contre le tyran mais aussi contre soi-même, contre les dérives des « tombeurs du roi ».
Dans une semaine, dans un mois ou plus tard, Bachar el-Assad réalisera que les massacres commis par ses sbires ne changeront pas le cours de l’histoire et que son salut réside dans l’exil ; dans une semaine, dans un mois ou plus tard, la Russie sera amenée à mettre en place les conditions de ce départ, parce que ses intérêts stratégiques et économiques l’exigent, parce que, face à la réalité de la barbarie en marche, c’est son aura de grande puissance qui est éclaboussée, qui est flétrie dans son environnement immédiat.
Alors que les événements se succèdent à un rythme effréné, balayant les idées préconçues et déblayant le terrain à un bouleversement autant structurel que mental, au Liban, le Hezbollah affiche clairement la couleur par la bouche de Hassan Nasrallah : « Merci Bachar el-Assad, merci le régime baassiste. » Autisme ou pari obstiné sur un cheval qui joue sa dernière course ? L’Iran, de toute évidence, continue de donner le la, de miser sur un allié dont la neutralisation sonnerait le glas des ambitions régionales de l’après-khomeynisme.
Mais est-il vrai qu’un grand débat agite les cercles dirigeants du Hezb, que des voix s’élèvent déjà pour réclamer un « positionnement réaliste », pour envisager une distanciation qui permettrait de limiter les dégâts ? N’est-il pas encore plus vrai que ce même débat s’est enclenché dans la rue chiite, que l’affaire des pèlerins enlevés en Syrie l’a alertée contre les retombées négatives du jusqu’au-boutisme affiché par Hassan Nasrallah ?
C’est dans ce contexte particulièrement mouvant que le chef de l’État a mis les points sur les i à l’occasion de la fête de l’Armée, assénant qu’il ne saurait y avoir de partenariat avec l’institution militaire pour ce qui est de la sécurité, de la souveraineté et du monopole de l’usage de la force. Un rappel à l’ordre qui ne pouvait que désarçonner Hassan Nasrallah, contraint aussitôt de manifester une humeur guerrière pour couvrir l’impasse à laquelle a été acculé son mouvement.
Une fuite en avant qui reprend l’antienne de la guerre de libération, alors que la population du Sud n’a pas encore surmonté le traumatisme de l’équipée de 2006.
Le débat au sein de la communauté chiite ne fait que commencer...


Les Émirats dénoncent une « dangereuse escalade » après une frappe de drone sur un site nucléaire
Ordres d’évacuation israéliens au Liban-Sud et dans la Békaa et tentative d’infiltration au-delà du Litani
Le Hezbollah et comme dans notre adage libanais sont prêts à faire mille culbutes, changer leurs alliances même contre le pouvoir syrien pourvu qu’ils ne sortent pas perdants du jeu politique. Antoine Sabbagha
04 h 23, le 06 août 2012