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À La Une - Diplomatie

Syrie : carton rouge pour le Conseil de sécurité

La Russie « très préoccupée » par le « développement dangereux » de la situation ; l’Iran accuse l’Occident d’être à l’origine de l’échec de la mission Annan.

L’Assemblée générale de l’ONU a adopté hier à une large majorité une résolution à la portée symbolique dénonçant le pilonnage des villes rebelles par l’armée syrienne et critiquant l’impuissance du Conseil de sécurité à faire pression sur Damas. La résolution, présentée par l’Arabie saoudite au nom du groupe arabe et soutenue par une soixantaine de pays dont les États-Unis et les Européens, a été adoptée par 133 voix. Douze pays ont voté contre, dont la Russie, la Chine et l’Iran, et 31 se sont abstenus, dont l’Inde et le Pakistan.


Au lendemain de la démission du médiateur Kofi Annan, qui a déploré le manque de soutien des grandes puissances à sa mission, le texte déplore que le Conseil « n’ait pu s’accorder sur des mesures qui obligeraient les autorités syriennes à respecter ses décisions ». La résolution « condamne le recours accru aux armes lourdes par les autorités syriennes », notamment le « pilonnage aveugle d’agglomérations ». Elle demande au gouvernement syrien « d’honorer immédiatement son engagement de cesser d’utiliser des armes lourdes » et de faire rentrer ses troupes dans leurs casernes, ce qui est précisément une des clauses du plan de paix proposé par M. Annan, resté lettre morte. Le texte souligne aussi l’inquiétude suscitée par les stocks d’armes chimiques syriennes et demande enfin une « transition politique » démocratique en Syrie, notamment par « la création, d’un commun accord (entre pouvoir et opposition), d’un organe de gouvernement transitoire » – ce qui entraînerait de facto le départ de Bachar el-Assad – et l’organisation d’élections libres. Le texte avait été remanié jusqu’à la dernière minute et son vote retardé d’une journée pour lui assurer davantage de soutien. Contrairement à des versions précédentes, la résolution ne demande pas explicitement le départ du pouvoir de M. Assad ni l’application de sanctions économiques similaires à celles adoptées par la Ligue arabe en novembre 2011.


L’ambassadeur français Gérard Araud, dont le pays préside la Conseil en août, s’est félicité de la « très large majorité » obtenue par le texte : « Est-ce que la Russie et la Chine vont continuer à bloquer l’action de la communauté internationale ? C’est à elles de répondre. » L’ambassadrice américaine Susan Rice a salué un « message fort » : « En dépit de l’opposition persistante d’une minorité de pays de plus en plus isolés, une majorité écrasante de pays membres de l’ONU se tient résolument aux côtés du peuple syrien. » Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, s’est quant à lui félicité du « message clair » envoyé par l’Assemblée générale au régime syrien et a appelé les membres du Conseil de sécurité à agir pour faire cesser le conflit. La Grande-Bretagne va accroître son soutien « non létal » à l’opposition syrienne, a en outre affirmé M. Hague. L’ambassadeur saoudien Abdallah al-Mouallimi a, de son côté, souhaité que le Conseil « entende le message » de l’Assemblée, évoquant « un large consensus de pays qui ne soutiennent pas la paralysie du Conseil ». L’ambassadeur syrien Bachar Jaafari a, pour sa part, critiqué « l’hypocrisie » de l’Arabie saoudite, qui comme les autres pays du Golfe soutient ouvertement l’opposition syrienne, et estimé que la résolution n’aurait « absolument aucun effet ».


Avant le vote, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon avait appelé solennellement les grandes puissances à dépasser leurs « rivalités » et à montrer qu’elles avaient « retenu les leçons de Srebrenica », site du massacre de milliers de musulmans par les forces serbes de Bosnie en juillet 1995, que des Casques bleus de l’ONU n’avaient pu empêcher. Pour M. Ban, le conflit en Syrie est désormais une « guerre par procuration » et menace de dégénérer en « guerre civile de longue durée ».


En soirée, la Russie s’est dit « très préoccupée » par le « développement dangereux » de la situation en Syrie. Dans ce contexte, « nous jugeons très important de tout faire pour mettre fin à l’effusion de sang et au meurtre de personnes innocentes », a souligné le ministère russe des Affaires étrangères. En outre, Moscou a appelé à trouver « d’urgence » un successeur à M. Annan. De son côté, le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, a accusé l’Occident, notamment les États-Unis, d’être à l’origine de l’échec de la mission de M. Annan. Il a émis l’espoir que le successeur de M. Annan travaillera de manière « indépendante » comme l’avait fait ce dernier, et averti que tout médiateur qui s’alignerait sur les Occidentaux « échouerait, car l’autre partie ne voudra pas coopérer avec lui ». Enfin, le Canada a « déploré » la démission de M. Annan, exhortant le Conseil de sécurité à imposer des sanctions économiques et un embargo sur les armes vis-à-vis de Damas.

 

L'actu sur le terrain

Intenses combats à Alep et Damas

 

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