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Économie

Roy Badaro, ou comment offrir du rêve aux Libanais

Liban - Rencontre C’est dans un contexte de marasme socio-économique complet, une espèce de tunnel dont les Libanais ne voient plus le bout et n’y croient plus de toute manière, que Roy Badaro, expert de la chose économique, propose de se lancer avec un groupe de fervents téméraires dans un chantier de réformes structurelles. Objectif : prendre avantage des élections de 2013 pour enclencher un véritable chantier
de réformes nationales.
Rana ANDRAOS | OLJ
04/08/2012
Propos recueillis par Rana ANDRAOS

C’est un homme au regard vif, mi-passionné, mi-curieux et surtout très ambitieux. C’est un expert de la chose économique qui croit dur comme fer qu’un citoyen est d’abord et avant tout un consommateur. De services publics. Des services qui sont aujourd’hui et depuis des décennies humiliants, pour ne pas dire inexistants. C’est un entrepreneur qui se veut ingénieur de base du tissu socio-économique dans toutes ses composantes. Si l’initiative est pour le moins (très) ambitieuse, elle en vaut le détour.
Roy Badaro, cofondateur du Rassemblement des chefs d’entreprise libanais (RDCL) en 1986, ne perd pas le nord : les élections législatives de 2013 sont pour lui un point d’inflexion dont il faut profiter pour remettre sur pied, voire créer des politiques fiscales, salariales, des services urbains dignes de ce nom, des plates-formes technologiques de pointe, des opportunités d’emploi qui freineraient éventuellement l’émigration des jeunes, ainsi que toute une batterie de réformes des secteurs public et privé. C’est ainsi qu’est né LEAD (Lebanese for Economy and Developement), une ONG qui se veut catalyseur de réalisations sociales et économiques véritables. En somme, une association qui regroupe plusieurs experts économiques appartenant à la société civile, au monde académique et à celui des affaires et qui croient fermement dans le potentiel inexploité des secteurs productifs et de la main-d’œuvre libanaise. « Il faut commencer par rêver puisque sans rêve il n’y a pas d’ambitions et que sans ambitions il n’y a pas d’objectifs, donc pas de réalisations », explique Roy Badaro qui part du principe qu’un citoyen est d’abord et avant tout un consommateur, « un conso-citoyen » comme il l’explique ; une notion qu’il faut nourrir dans les esprits des générations à venir à travers la mise en place d’une révolution culturelle et d’une éducation nouvelle, qui prendrait racines dans les écoles. Les réformes dont LEAD se veut le précurseur sont, comme l’envisage Roy Badaro, axées sur le moyen terme, mais aussi sur des changements immédiats.

Des solutions aux problèmes quotidiens
Celui qui a bataillé pour que le Liban fasse partie d’Euromed et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’engage à se pencher sur « les problèmes quotidiens des Libanais », à savoir la sécurité, notamment au niveau des quartiers, de l’électricité, de l’approvisionnement d’eau et du cauchemar absolu qu’est le trafic. Il préconise ainsi de renforcer la sécurité des quartiers en engageant des gardes municipaux, de décentraliser la production et la distribution de l’électricité en encourageant la concurrence entre la production privée et la production publique. Selon Roy Badaro, il faudrait au grand maximum 6 mois pour permettre à toutes les régions d’avoir le courant électrique en continu, grâce notamment à des générateurs nouvelle génération qui ont déjà été testés en Irak et qui pourraient fournir entre 500 et 1 000 mégawatts supplémentaires. De plus, ce type d’électricité pourrait être produit à raison de 10 cents le kilowatts/heure. Quant à l’eau, il est grand temps, selon cet intrépide rêveur, de mettre fin au gaspillage qui coûte autant aux citoyens qu’aux ressources naturelles. Pour lui, les réformes passent aussi par des projets à moyen terme.

Augmenter le pouvoir d’achat des ménages
Selon Roy Badaro, le pouvoir d’achat des ménages est une affaire qui ne se traite pas uniquement par l’augmentation de la grille des salaires, mais par la mise en place d’une réelle politique salariale qui prendrait en considération « toutes les composantes qui ont un impact direct ou indirect sur les salaires ». Pour cela, l’expert préconise de réviser la base de calcul du salaire minimum ; un salaire qui selon lui devrait être basé sur la région et sur le secteur auquel appartient le salarié. « Il faut une amélioration de la mobilité sectorielle », explique-t-il avant d’ajouter : « Les négociations salariales doivent se faire sur base intersectorielle et non globale. »
Par ailleurs, Roy Badaro indique qu’il faut impérativement réformer la politique fiscale et que cela passe par un rééquilibrage du budget dans un horizon de 10 ans, avec une limitation du taux d’inflation structurelle à 3 %. Parallèlement, il recommande d’augmenter les taxes sur les transactions, d’éliminer ou de ramener à 3 % l’impôt sur la succession (de l’ordre de plus de 40 % aujourd’hui). Le programme de réformes de M. Badaro comporte également plusieurs modifications de l’impôt sur la propriété, les sociétés, les salaires, etc.
Pour ce qui est de la fonction publique, il faudrait « éliminer la notion de postes à vie et instaurer un e-gouvernement plus efficace », souligne-t-il.
En somme, un programme exhaustif qui touche toutes les branches de l’économie. Utopie, diront les plus dubitatifs. « Par manque de confiance en elles et dans les autres », répond Roy Badaro. Pour réaliser ce chantier de réformes une seule approche à adopter, résume-t-il : « Investir quelques moments pour le bien public. » Le pari en vaut la peine.

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Antoine-Serge KARAMAOUN

Ou bien, de l'hyper libéralisme Capitaliste Sauvage pur jus !

Noujaim Robert

Je partage pleinement ton opinion, all ant plus loin en corrigeant la diffusion DES sommes allouees aux travail d infrastructure, aux regions ou ells song puisees. Il set temps de reviser les Lois et d appliance les reflex de decentralization administrative, et meme dis ales. Robert Noujaim .economiste

SAKR LEBNAN

L'intention, certes, est de bonne foi, mais les rêves restent des rêves. Si on n'accepte pas de Dialoguer qu'à ses conditions, si un Pays UNI signifie, pour certains, hégémonie et mainmise, et si UNI à la Suisse veut dire, contre toute vérité et logique, partition car adieu les rêves d'hégémonie et de mainmise ; comment voulez-vous que des réformes structurelles soient possibles ? Bâtir des châteux sur le sable des mers ? Le Dialogue, proposé par le Chef de l'Etat, est primordial et devrait réussir... si TOUS... sont vraiment des Libanais !

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