« Enfant, je venais souvent jouer dans le cimetière. C’était comme un jardin. Mais avec l’embargo contre l’Irak dans les années 90, tout a commencé à aller de travers », soupire Misac Jabbar Abdallah, 34 ans. « L’état du cimetière est allé de pair avec les relations entre l’Irak et le Royaume-Uni. Au temps de la monarchie irakienne, il était très bien conservé. Puis la république a été proclamée (en 1958, NDLR) et il a été laissé à l’abandon. Et cela n’a cessé de s’aggraver depuis 2003 et la chute de Saddam Hussein », note Moussana Hassan Mehdi, spécialiste de l’histoire de Kout. Aujourd’hui, les quelques pierres tombales encore debout sont dissimulées derrière des roseaux sauvages. En grattant la terre, on devine un bout d’épitaphe : « A accompli son devoir. Pour toujours dans nos pensées. Caporal H.E. Hawkett. Infanterie. Mort le 20 décembre 1915. 23 ans. »
Si le cimetière britannique ressemble à une jungle urbaine, son pendant turc, un peu à l’écart de Kout, a tout d’une oasis. « Martyrs turcs. La nation vous est reconnaissante », clame, en turc, à l’entrée du cimetière une plaque en cuivre qu’on imagine régulièrement astiquée.
Impossible de savoir combien de soldats de l’Empire ottoman sont enterrés ici, « des centaines, voire des milliers », explique M. Mehdi, l’historien de Kout. Eux aussi sont tombés pendant le siège de 1915-16. Mais ici, la pelouse est manucurée et le drapeau turc flotte au vent. Car c’est la Turquie qui paye pour l’entretien, indique Ahmad Hashim Anbar, un Irakien, qui, avec son oncle, perçoit 300 dollars par mois pour s’occuper du cimetière. « Les seuls visiteurs que nous voyons sont des Turcs, souligne M. Anbar. Eux prennent soin de leur patrimoine. »
Témoin de cet abandon, une des plus vieilles maisons de Kout, dont le général britannique Townshend avait fait son quartier général pendant le siège de 1915-1916, et qui paraît s’affaisser sous le poids de ses 129 années. Des chauves-souris ont élu domicile dans une chambre et dans la cour intérieure s’entassent ordures et pneus « entreposés par des voisins », constate son propriétaire Hussein Hassan. Plus personne n’y habite depuis le milieu des années 80. « Seul le gouvernement a assez d’argent pour les travaux », explique M. Hassan. Mais pour l’heure, ni le gouvernement de Bagdad ni celui de la province de Wasit, dont Kout est la capitale, ne lui ont fait de propositions.
Pourtant, à la commission des Affaires culturelles de Wasit, on assure s’intéresser à la maison de M. Hassan. « Nous envisageons d’acheter la maison. Nous aimerions la transformer en musée », explique Haider Jassim Mohammad, directeur de la commission. Hussein Hassan n’est pas convaincu. « Saddam (Hussein) n’en avait que pour la guerre. Et de toute façon, l’Irak n’est pas l’Égypte. Ici, on se fiche du patrimoine », fulmine-t-il.
(Source : AFP)


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